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Introduction à une phénoménologie de la perception ostéopathique dans le champ crânien

Roche Emmanuel - Texte rédigé dans le cadre d’un “cercle de réflexion universitaire informel sur les fondements de l’ostéopathie’’
 
Créé le : lundi 4 août 2014 par ROCHE Emmanuel

Dernière modificaton le : vendredi 14 janvier 2022

Roche Emmanuel

Introduction à une phénoménologie de la perception ostéopathique dans le champ crânien

La fonction symbolique, la qualité, la forme des images mentales invoquées et proposées au corps vivant semblent nous permettre de rentrer en résonance et en communication plus ou moins profonde avec le corps du patient, son anatomie, ses fonctions, ses rythmes et son espace. Plus loin dans sa progression l’ostéopathe peut, à travers sa perception consciente, découvrir l’existence d’une présence intelligente cachée derrière les mécanismes du corps. Plus il deviendra conscient de la présence de cet esprit de vie qui centre et anime son patient, plus il obtiendra de cette intelligence active une collaboration efficace. Ce partenaire silencieux peut alors devenir un véritable interlocuteur actif et comme dans toute communication la qualité de la réponse sera fonction de la forme et de la clarté de la demande. Si je n’ai pas l’image préalable de ce que je perçois, je ne perçois que le comportement d’un ensemble indistinct à la signification floue « .


 Présentation


«  L’homme est la machine de toutes les machines [… ] Et c’est l’Esprit de Vie qui commande cette machine et son action involontaire » A.T Still (1).
« Si vous vous avez compris le mécanisme, la technique est simple  » W. G Sutherland (2).


Durant sa vie professionnelle, l’ostéopathe accomplit une véritable odyssée perceptive au cours de laquelle il explore et approfondit, étape par étape, sa connaissance du corps vivant et son habilité à rétablir la santé de son patient en corrigeant les interférences mécaniques entravant le libre flux des forces et des nourritures entre les parties (3).
D’abord formé à la biomécanique, il développe un sens palpatoire lui permettant d’appréhender et de traiter par manipulations et mobilisations les déséquilibres de mobilité du corps physique. Plus tard, abordant l’ostéopathie dans le champ crânien, il découvre au-delà des sens physiques la possibilité d’écouter, de voir, de ressentir, d’avoir un “toucher connaissant” (4) lui permettant de travailler plus profondément et efficacement avec les forces naturelles de l’organisme (5).
Au fur et à mesure de ses progrès perceptifs et de son exploration, l’ostéopathe fait l’expérience d’un dévoilement qui lui révèle graduellement sa capacité à communiquer avec le corps et ses fonctions (6).
L’histoire de la pratique ostéopathique est ainsi proprement l’histoire de l’exploration et de la progression des possibilités de percevoir, directement sans médiation instrumentale, l’anatomie et ses fonctions.
Entré en “communication corporelle’’ empathique (7) l’ostéopathe va jusqu’à ressentir sur lui-même plus ou moins consciemment comme en écho (8) le schéma corporel de son patient (9).
Divisant son attention (10) entre l’objet anatomique qu’il explore et son propre fond perceptif, entre le tout et la partie (11), il crée un espace réceptif intérieur capable d’intelligence sensible (Voir encadré J. Lusseyran).
C’est l’observation vigilante des réactions et variations de son continuum perceptif intérieur sensible qui constitue pour l’ostéopathe l’organe perceptif essentiel, sa boussole.
L’ostéopathe fait ainsi, plus ou moins consciemment, une expérience phénoménologique (voir l’encadré : Phénoménologie) en devenant plus conscient des aspects invariants qui structurent sa perception.
Dans l’approche de l’ostéopathie dans le champ crânien, il devra apprendre à « laisser la fonction physiologique manifester son potentiel inhérent plutôt que d’utiliser une force aveugle venue de l’extérieur » (Sutherland).
Longtemps, il devra se battre avec une tendance naturelle à “vouloir faire’’ sans l’intelligence préalable d’une véritable écoute, lui permettant d’établir une vraie communication. Identifié à ses mains il devra peu à peu apprendre à ne pas se confondre avec le patient ; libérer ses mains, les rendre transparentes et trouver la juste distance lui permettant de connaître plus clairement le corps de son patient.
Au-delà de l’analyse des sensations et informations physiques, apportées par la seule palpation et l’observation visuelle, la tradition ostéopathique enseigne (12) donc de façon plus ou moins consciente à ressentir par empathie et à connaître directement l’état du corps du patient.
Cela est rendu possible par la synchronisation et l’union “co-active’’ des systèmes nerveux de l’ostéopathe et de son patient. L’échoïsation du schéma corporel du patient sur lui-même informe et anime la capacité de l’ostéopathe à connaître directement à mesure de sa culture anatomique consciente l’organisation anatomique du corps et son fonctionnement (13).
Il faut alors distinguer la sensation donnée par la palpation à travers le tact, de l’image anatomique consciente ressentie et animée par empathie que cette palpation informe et vérifie.

Notes

1. Cette citation est une recomposition de Jacques Andréva Duval à partir de plusieurs citations de AT STILL. Jacques Andreva Duval proche élève de Rollin Becker et auteur de Techniques ostéopathiques d’équilibre et d’échanges réciproques aux édition Sully (2008) la donne p 18. Cette phrase est construite à partir de plusieurs citations de AT Still tirées de son Autobiographie. Jacques Andréva Duval écrit dans l’avant propos de sa deuxième édition : « L’homme est la machine de toutes les machines,écrit il alors.Et c’est l’Esprit de Vie qui commande cette machine, et son action est involontaire. »
La première partie se trouve chez Still, Autobiographie, p 110 de la version PDF The Still Project eBook : “When I wanted to talk of man as a machine containing within all the varied parts and principles of life and the wisdom of Godin His work as found, and how beautifully all worked together, he reasoned that man was the machine of all machines, and all others were only imitations of the parts and principles found in him”.
La deuxième partie de la citation provient probablement de la page 129 de la version PDF The Still Project eBook :
What runs the heart, doctor ?”
“I suppose the spirit of life runs it.”
Is it voluntary in its action, doctor ?”
“It is involuntary and runs by life’s forces.”
“Perhaps some electricity helps to run the heart, don’t it ?”
“Well, I must say,” said the doctor, “the actions and ‘whys’ of animal life are not yet fully understood. There is much to be learned about life’s action.” ability of God was to do work to a finish.
2. « Soyez Immobile et connaissez. Il vous faut revenir à la cause …Le SOUFFLE DE VIE est le principe fondamental’’ de la science de l’ostéopathie. Si vous avez compris le Mécanisme, la technique est simple. »
3. « L’Ostéopathie est une science qui enseigne que le corps humain est capable de produire à l’intérieur de lui-même toutes les substances nécessaires à la construction et la réparation des tissus humains, pourvu qu’il n’y ait pas d’interférence mécanique avec l’appareil circulatoire ou le système nerveux. La correction de telles interférences mécaniques permet un libre flux de forces et de la nourriture entre les parties, ce qui restaure la normalité des tissus et rétablit l’harmonie des conditions et des actions que l’on appelle santé. » Pr M.A LANE, Professor of Pathology in American School of Osteopathy at Kirksville, Doctor Still as a therapeutist, Osteopathic health, Chicago, December 1916, Number 6.
« Osteopathy is a science which teaches that the human body is capable of producing within itself all substances necessary for the building and repairing of human tissues, provided there is no mechanical interference with the circulatory or nervous systems. Correction of such mechanical interference permits a free flow of forces and nourishment between the parts, which restores normal tissues and re-establishes the harmony of conditions and action know as health. » Pr M.A LANE, Professor of Pathology in American School of Osteopathy at Kirksville, Doctor Still as a therapeutist, Osteopathic health, Chicago, December 1916, Number 6. https://archive.org/stream/dratstillfounde00lanegoog#page/n6/mode/2up
4. « By knowing, l mean not information gained by physical senses but a knowledge that comes from getting as far as one can from the physical sense. So, along the way l have been searching here and there. » WG Sutherland in Contributions of thought final lecture 25 april 1948 p 210, Rudra Press.
« Par connaître, je ne veux pas dire des informations obtenues par les sens physiques mais une connaissance venant le plus loin possible du sens physique. Ainsi, c’est le long de cette voie que j’ai été cherché ici et là. » Rollin E. Becker, La vie en mouvement - La vision ostéopathique de Rollin E. Becker, sous la direction de Rachel Brooks - Édition Sully 2012
5. « It has been my endeavour to get as far away from the physical senses as l possibly could, that is, to a point where one begins to expérience, to realize, “Be Still and Know”. » WG Sutherland in Contributions of thought, p.210 Rudra Press.
« Je me suis efforcé de m’éloigner le plus possible des sens physiques et cela jusqu’au point à partir duquel on commence à expérimenter et à réaliser “apaise toi et sache” ».
6. « Le praticien qui prend sur lui pour acquérir ce type de pratique va devenir un praticien-chercheur au sein de son propre cabinet. À l’instar du Dr Sutherland qui passa de longues années à apprendre les vérités qu’il obtint à partir du travail effectué sur lui-même et à partir de ses observations faites sur les patients, chaque praticien trouve des voies d’explorations et d’étude n’étant présentées dans aucun manuel ni publication de la littérature contemporaine. L’Autorité concernant de nombreux problèmes devant être résolus chez le patient sera trouvée au sein des complexités de la physiologie du corps de chaque patient et au sein de la conscience astucieuse qu’a le praticien du potentiel pour apprendre de ces problèmes. L’enseignement du Dr Sutherland et l’œuvre qu’il nous a laissée ne représentent que le début d’une approche plus profonde, les fondements d’une future plate-forme de savoir établi et de réelles vérités qui demanderont à être testées et testées de nouveau jusqu’à pouvoir émerger pour être utilisées par tous . » R Becker « Apaise toi et sache » in La vie en mouvement, Sully, 2012, p 67, trad. Pierre Tricot.
7. L’idée d’empathie est la traduction de la notion allemande d’Einfühlung qui désigne littéralement l’acte de sentir fülhen de dedans ein. Brunel Marie Louise et Cosnier Jacques L’empathie, un sixième sens, Presse Universitaire de Lyon, 2012.
8. La notion d’échoïsation corporelle d’autrui est au cœur de la notion d’empathie et de la théorie de la perception motrice des affects d’autrui développée notamment par le Pr Jacques Cosnier http://icar.univ-lyon2.fr/membres/jcosnier/publications.htm . La découverte en 1996 des réseaux de neurones miroirs par Giacomomo Rizzolatti et son équipe n’a fait que renforcer l’importance de l’empathie dans la compréhension de l’ensemble des phénomènes de communication. www.unipr.it/arpa/mirror/english/staff/rizzolat.htm.
J’ai commencé à réfléchir à ce phénomène d’échoïsation ou de “mirroring’’ du schémas corporel du patient ressenti par l’ostéopathe plus ou moins consciemment à travers son propre corps dès 1990 lors du travail de recherche effectué pour un mémoire d’ostéopathie soutenu en 1992 devant un jury national de la collégiale académique : Le test kinésiologique de localisation thérapeutique dépiste-il la lésion ostéopathique ?
10. « L’attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l’objet, maintenir en soi-même à proximité de la pensée, mais à un niveau inférieur et sans contact avec elle, les diverses connaissances acquises qu’on est forcé d’utiliser. » SIMONE WEIL, Attente de Dieu, Paris, Livre de poche, 1963, p. 85.
11.« Les cellules ont deux choses en commun : une philosophie et un but.
Leur philosophie est universelle, non spécifique.
À ce niveau, toutes obéissent aux mêmes lois.
C’est au niveau du but qu’elles sont spécifiques.
En tant que praticiens ostéopathes, nous acceptons la spécificité de leur but et nous travaillons avec leur universalité » R Becker.
12. « L’ostéopathie a été pendant très longtemps honteusement cachée et, cache encore – pour différentes raisons – son plus Grand Mystère et ses ressources qui sont de reconnaître une Sagesse Suprême à l’œuvre afin de percevoir plutôt que de palper. C’est l’Âme de l’ostéopathie. Une Âme qui ne compromet en rien la beauté et la conscience qui s’étend au-delà de notre intellect. Au sein du Dynamic Stillness, nous sommes guéris sans procédé ou durée. Par le Souffle de Vie (Breath of Life), une matrice est renouvelée à chaque instant. La Marée (Tide) nous apporte et nous rappelle la puissance de la Vie. La Marée nous “nourrit’’. La puissance de vie s’équilibre par la réponse des fluides et, actionne adroitement un continuum vers des proportions parfaites. » James Jealous D.O.US.
13. Pr Susan A Stuart Phd University of Glasgow ; The union of two nervous systems : Neurophenomenology, Enkiaesthesia, and the Alexander Technique.


 Les images & les modèles


La fonction symbolique, la qualité, la forme des images mentales invoquées et proposées au corps vivant semblent nous permettre de rentrer en résonance et en communication plus ou moins profonde avec le corps du patient, son anatomie, ses fonctions, ses rythmes et son espace.
Plus loin dans sa progression l’ostéopathe peut, à travers sa perception consciente, découvrir l’existence d’une présence intelligente cachée derrière les mécanismes du corps. Plus il deviendra conscient de la présence de cet esprit de vie qui centre et anime son patient, plus il obtiendra de cette intelligence active une collaboration efficace (14). Ce partenaire silencieux peut alors devenir un véritable interlocuteur actif et comme dans toute communication la qualité de la réponse sera fonction de la forme et de la clarté de la demande.
Si je n’ai pas l’image préalable de ce que je perçois, je ne perçois que le comportement d’un ensemble indistinct à la signification floue. Les modèles théoriques et philosophiques utilisés et enseignés traditionnellement dans les différentes approches ostéopathiques fonctionnent donc comme autant de cadres conceptuels qui influencent et finalement déterminent la perception ostéopathique.
Si l’arbre ostéopathique a déployé beaucoup de branches différentes, toutes les approches authentiquement ostéopathiques sont nées d’un tronc central commun constitué à sa base par la philosophie ostéopathique du fondateur AT Still à la fin du 19e siècle et à son sommet par le développement de l’ostéopathie dans le champ crânien à partir de 1939 (15) par WG Sutherland.
À travers ces modèles, des ostéopathes expérimentés témoignent du chemin perceptif et pratique qu’ils ont parcouru. Plus tard, empruntant la même voie, leurs élèves ont la joie de vivre les mêmes expériences d’élargissement de leur conscience et de leur capacité thérapeutique.
Durant ces moments heureux résonne l’enseignement de leurs professeurs qu’ils n’avaient jusque-là compris que dans sa forme et non dans son fond. La similitude et la justesse descriptive de ce qui est alors vraiment connu font reconnaître par l’élève la valeur de la tradition transmise (16).
Il existe aujourd’hui, pour simplifier, trois grands modèles conceptuels ostéopathiques (17) : un modèle bio-mécaniste renvoyant à une approche dite structurelle, un modèle vitaliste dans lequel s’inscrit l’ostéopathie dans le champ crânien et enfin un modèle spiritualiste dont l’approche bio-dynamique est le meilleur exemple.
Ces modèles sont évoqués ici afin de présenter les différentes approches techniques ostéopathiques en rapport avec les grands cadres conceptuels qui les sous-tendent. Mais la plupart des approches ostéopathiques ne se limitent pas à être purement “bio-mécanistes’’, vitalistes ou spiritualistes. Elles contiennent nécessairement, en proportions variables et plus ou moins explicitement des éléments des trois modèles.
C’est même là, le critère permettant de distinguer les approches véritablement ostéopathiques d’approches n’ayant d’ostéopathique que l’étiquette.
La philosophie ostéopathique est fondamentalement holistique (18) et s’adresse à un patient ayant un corps, une âme et un esprit. La philosophie médicale ostéopathique (Voir encadré Holisme) transcende donc ces modèles en les conciliant tous et est tout à la fois bio-mécaniste, vitaliste (19) et spiritualiste (20).
Une expérience perceptuelle complète de l’ostéopathie commence naturellement par assimiler l’approche ostéopathique mécaniste et à travers elle l’anatomie de l’homme « machine de toutes les machines » (21) puis à travers l’ostéopathie dans le champ crânien l’ostéopathie vitaliste ouvrant à la perception des “fluides” et enfin le modèle spiritualiste biodynamique qui en prolonge et complète les possibilités en élargissant la connaissance de « l’Esprit de Vie qui commande cette machine, et son action involontaire » (A.T. Still).
Un ostéopathe qui serait d’emblée et seulement formé à l’approche vitaliste et biodynamique sans assimiler d’abord l’approche mécaniste et l’anatomie se serait construit comme une maison sans fondations solides pour sa perception à venir et risquerait de s’égarer.
Comme Icare, il court le danger de se perdre dans le ciel et de se brûler les ailes au soleil (22).
À chacun de ces modèles correspond une représentation particulière de la physiologie, de la pathologie, de la complexité vivante et des possibilités thérapeutiques offertes par l’ostéopathie. En prédéterminant les informations qu’il sera nécessaire de recueillir, afin d’évaluer les fonctions du patient et donc sa santé, les modèles déterminent l’orientation et la qualité de la perception que développe l’ostéopathe.
En voyageant du modèle mécaniste au modèle spiritualiste biodynamique en passant par le modèle vitaliste, nous découvrirons qu’au travers de ces cadres conceptuels, les ostéopathes expérimentent et approfondissent leur perception consciente en passant successivement d’un modèle dominé par la perception de la forme sensible puis par celle de la forme imaginale (23) et enfin à un modèle ouvrant la perception vers la forme intelligible et au-delà.

 Notes

14. « Soudain, vous devenez le second par rapport à la chose sur laquelle vous travaillez. Le grand chef est à l’intérieur. Le grand patron est en vous et en vos patients. Le médecin en second va apprendre à le comprendre et à le mettre à contribution. (…) Notre responsabilité en tant que médecin en second, est d’œuvrer avec le médecin en chef existant de manière inhérente chez nous et chez nos patients pour permettre à la fonction physiologique inhérente au patient de manifester son potentiel inhérent infaillible – d’amener le schéma de santé à émerger à la surface. » Rollin Becker : « Un Profond Océan d’Étude » - issu de Life In Motion – Rudra Press-1997. – Rollin E. Becker, La vie en mouvement - La vision ostéopathique de Rollin E. Becker, sous la direction de Rachel Brooks - Édition Sully 2012.
15. Date de publication de son premier ouvrage “The cranial bowl” faisant état de recherches et réflexions débutées en 1929.
16. « Tout progrès est une éclosion comme la croissance d’une plante. On a d’abord un instinct, puis une opinion, et enfin la connaissance, de même que la plante a des racines, des boutons et enfin des fruits. Faites confiance à l’instinct jusqu’au bout même si vous ne pouvez le justifier intellectuellement. Il serait vain d’accélérer les choses. En suivant son idée jusqu’au bout, elle parviendra à maturité et deviendra une vérité, et vous pourrez alors comprendre pourquoi vous croyez. » Essai d’Emerson sur « L’Intellect » - Avec des doigts qui pensent - Adah S. Sutherland. Éditions Sully 2014.
17. Comme il existe traditionnellement une représentation anthropologique ternaire : corps âme esprit, voir Michel Fromaget : Corps, âme et esprit selon Michel Fromaget – Son livre La Lampe de l’homme rebelle - Introduction à l’anthropologie Corps-Ame-Esprit est en vente sur le Net au format numérique (10 €). Site de Michel Fromaget.
18. « I feel that twenty-five years of constant study on the parts of man, separated and combined, has prepared me fairly well to enter the higher classes as a beginner to study the active laws of life—to inquire into the hows and whys of the workings and failures of the whole being. » Autobiography of A. T. Still.
« We look at the body in health as meaning perfection and harmony, not in one part, but in the whole. » Philosophy and Mechanical Principles of Osteopathy.
19. « Nous parlons de la vie, mais ne la connaissons qu’en voyant des corps animés par la vie lovée dans la matière visible. La Nature possède-t-elle une matière plus subtile, invisible, mais qui anime tout ce qui est visible pour nous ? À coup sûr, la vie est une substance très subtilement préparée, force animatrice de la Nature, ou encore, force qui anime toute la nature, des univers aux atomes. Elle semble être une substance contenant tous les principes de construction et de mouvement, possédant le pouvoir de doter ce qu’elle construit des attributs nécessaires à transformer l’objet conçu à partir de la matière en être vivant. Nous pensons qu’il n’est pas déraisonnable de conclure que la vie est matière en mouvement, dotée de l’aptitude à transporter sa qualité et de la transmettre à d’autres corps. » (Still, 2001, 219).
20. « Jusqu’à présent, nous ne voyons dans la matière que vie en sommeil. Même le corps humain, à nous si familier, est matière appelée à s’arrêter et se reposer. C’est une vie d’ordre inférieur, se soumettant aux édits d’une vie supérieure, laquelle entretient le mouvement grâce à la combustion des substances terrestres au sein du corps. Cette combustion est conduite, préparée et mise en action par le laboratoire d’affinement, dont la seule production est la substance active connue comme vie. Amenée vers une plus haute condition de déploiement, cette substance vivante est prête à occuper sa juste place et à poursuivre la merveilleuse action du principe qui, une fois mené par la Nature à un incompréhensible degré de subtilité, devient ce que nous appelons l’esprit. Cette subtilité connue comme esprit, dont l’existence festoie et s’épanouit sur les eaux de l’océan de l’intelligence universelle, dit et prouve l’intelligence de Dieu, le plus avisé de tous les chimistes, Lui qui a contrôlé l’union des substances nécessaires pour réunir la matière dotée de l’action et de la possibilité de poursuivre le processus de raffinement, jusqu’à l’apparition en l’homme de l’esprit, l’incompréhensible, couronnement de la sagesse de ce chimiste des plus avisés, connu comme Dieu, Nature, Inconnaissable ou Génie éternellement vivant de l’univers. » (Still, 2001, 219-220).
21. « L’homme est la machine de toutes les machines. Et c’est l’Esprit de Vie qui commande cette machine, et son action involontaire. » A .T Still.
22. http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chute_d’Icare.
23. « La fonction du mundus imaginalis et des Formes imaginales se définit par leur situation médiane et médiatrice entre le monde intelligible et le monde sensible. D’une part, elle immatérialise les formes sensibles, d’autre part, elle « imaginalise » les formes intelligibles auxquelles elle donne figure et dimension. Le monde imaginal symbolise d’une part avec les Formes sensibles, d’autre part avec les Formes intelligibles. C’est cette situation médiane qui d’emblée impose à la puissance imaginative une discipline impensable là où elle s’est dégradée en « fantaisie », ne secrétant que de l’imaginaire, de l’irréel, et capable de tous les dévergondages. » Henry Corbin Corps spirituel et Terre céleste, le Prélude à la deuxième édition (1978) s’intitule « Pour une charte de l’Imaginal » Buchet/Chastel. 


 A. Le modèle ostéopathique bio-mécaniste : le modèle structurel


On soigne à travers le traitement de la mobilité articulaire et tissulaire. L’action est mécanique et la réaction espérée est une réponse réflexe neurologique d’autorégulation ayant un impact général sur la santé.
Ainsi le modèle mécaniste développe un point de vue assimilant la dysfonction somatique ostéopathique à une rupture d’équilibre dans l’architecture des forces mécaniques composant et animant le corps. Il invite donc à rechercher et évaluer, par la palpation et des tests cliniques, la mobilité mécanique des éléments qui le composent.
Ici, l’accent sera mis sur une perception des informations recueillies par la palpation manuelle et la mobilisation articulaire ou tissulaire. Outre les éléments pathognomoniques (24), analysés classiquement en médecine, seront recherchées des variations anormales ou relatives de la symétrie corporelle, de la densité, de la dureté, de l’élasticité, de la mobilité…
Dans ses tests biomécaniques, comme dans les techniques thérapeutiques ostéopathiques manuelles qu’il met en œuvre, l’ostéopathe utilisant le modèle biomécaniste cherche essentiellement à évaluer et modifier les qualités de barrières de tension articulaires ou tissulaires.
Afin d’évaluer ces qualités, l’ostéopathe fait appel à son expérience et à sa mémoire palpatoire. Son expérience clinique lui sert de référence et lui permet de comparer les qualités perçues. Comme un facteur réglant un piano, c’est parce qu’il connaît les qualités biomécanique du corps en bonne santé qu’il peut en dépister les anomalies. Sa conscience perceptive compare les qualités perçues aux qualités de références de tissus en bonne santé.
Les manipulations correctrices résultent d’une mise en tension articulaire ou tissulaire obtenue par l’action d’un ou plusieurs bras de levier appuyés sur un fulcrum (25) mécanique fixe ou en mouvement relatif. L’expérience fait acquérir au praticien utilisant les techniques de mobilisation et de manipulation à basse, moyenne ou haute vélocité, un sens du mouvement et du rythme juste permettant un passage efficace des forces à travers l’articulation ou le tissu dont il désire restaurer la mobilité.
Le modèle bio-mécaniste est le modèle scientifique et légal de référence et correspond à une conception restrictive de la médecine ostéopathique qui se confond ici avec la vision orthopédique et rhumatologique des thérapies manuelles. Soucieux de correspondre au modèle scientifique dominant, le modèle ostéopathique bio-mécaniste cherche plus une cohérence scientifique lui permettant de communiquer, qu’une cohérence avec la profondeur de l’expérience perceptive et clinique vécue par les ostéopathes intégrant nécessairement à terme des éléments du modèle vitaliste.
Le corps physique tout entier peut être ainsi abordé et perçu en terme de densité masse, mobilité et traité en tant que tel.
Les fondements physiologiques du modèle ostéopathique mécaniste font essentiellement appel à des notions neuro-physiopathologiques qui expliquent la dysfonction somatique par des troubles réflexes affectant les tissus articulo-ligamento-musculaires et plus loin toutes les fonctions en relation avec le système nerveux central, périphérique et autonome. Ici la mission de l’ostéopathe est de rétablir à travers ses manipulations l’intégrité fonctionnelle du corps articulo-ligamento-musculo-squeletto –nerveux conçu comme un système complexe en tenségrité. La clé de l’efficacité est ici d’agir sur le système nerveux et ses boucles réflexes segmentaires afin d’obtenir une équilibration de fonctionnement du système nerveux autonome permettant une restauration de la mobilité articulaire et une amélioration de la vascularisation (26) tissulaire et organique.
L’académie américaine d’ostéopathie a, en 1981, substitué à la vieille notion de lésion ostéopathique la notion de dysfonction somatique (Voir encadré La dysfonction) et peu à peu, notamment sous l’influence d’impératifs économiques et légaux, a modifié sa définition de la dysfonction somatique en prenant un parti exclusif pour le modèle bio-mécaniste musculo-squelettique.
Nous pouvons craindre qu’en se réfugiant ainsi, honteusement derrière le paradigme dominant, la médecine ostéopathique renonce à se développer et à se réaliser dans sa vraie dimension de médecine holistique pour rester confinée principalement dans le seul traitement des troubles musculo-squelettiques.
C’est en assumant sa dimension vitaliste et en approfondissant le cœur de son art qui est de percevoir et de communiquer plus consciemment avec l’esprit de vie qui anime le mécanisme vivant que la médecine ostéopathique offre sa plus grande richesse thérapeutique et peut enfin réaliser le vrai dessein de son fondateur le Dr AT STill.

Notes

24. Signalant la présence d’une inflammation, d’un traumatisme ou de quelques autres symptômes médicaux.
25. Point d’appui, littéralement la lame du couteau sur lequel repose une balance.
26. En référence à la fameuse loi de l’artère de AT Still.


 B. Le modèle vitaliste


Philosophiquement et historiquement les grands principes de l’ostéopathie posés par AT Still renvoient à une conception essentiellement vitaliste (26) (voir l’encadré Vitalisme) de la médecine ostéopathique.
C’est le développement par le Dr WG Sutherland D.O, à partir de 1929, de l’ostéopathie dans le champ crânien qui va donner à l’ostéopathie l’opportunité d’explorer plus clairement son fondement vitaliste.
D’abord expérimentée dans un cadre conceptuel bio-mécanique, l’ostéopathie dans le champ crânien, connaît un changement majeur en 1948, 6 ans avant la mort de son fondateur en 1954.
Ce tournant majeur est l’abandon par WG Sutherland d’une approche exclusivement mécaniste dans le champ crânien au profit d’une pratique découvrant et explorant les possibilités thérapeutiques que confère l’accès direct au principe vital, puissance immobile perçue à travers les fluides.
Pour des raisons, essentiellement liées au contexte politique de la difficile reconnaissance professionnelle de l’ostéopathie américaine dans les années de la guerre froide, les élèves de WG Sutherland, soucieux de ne pas bousculer trop la majorité de leurs confrères D.O, ont préféré ne pas communiquer clairement au début des années 1960 sur l’approche vitaliste dite fluidique de l’ostéopathie dans le champ crânien.
Ainsi, le manuel de référence en ostéopathie dans le champ crânien, le Harold Magoun, a-t-il connu plusieurs éditions (27) qui l’ont progressivement expurgé de ses éléments scientifiquement gênants et donc politiquement incorrectes.
C’est à une relecture attentive de la première édition du Harold Magoun, contenant le plus clairement une approche vitaliste, que les ostéopathes dans le champ crânien ont du se consacrer à partir des années 1990 pour continuer l’exploration d’une voie dont ils avaient perdue les clés d’accès.

C’est cette redécouverte, par le Dr James Jealous D.O, qui est à l’origine de l’élaboration dans les années 90 du programme d’enseignement bio-dynamique de l’ostéopathie dans le champ crânien.
Ainsi donc, à partir des années 40, confrontés à une perception et à une expérience clinique dont le modèle mécaniste ne rendait pas compte, WG Sutherland et ses élèves, au premier rang desquels Rollin Becker, ont relu AT Still entre les lignes et ont poursuivi l’exploration qu’il avait initié.
Pour explorer la micro-mobilité des sutures crâniennes et du système nerveux central, WG Sutherland a su développer une très fine palpation aux limites de laquelle on découvre l’importance de la perception par visualisation consciente et la possibilité, au-delà de la palpation, de communiquer consciemment avec les tissus à travers la Vie qui les anime.
Ainsi déclare-t-il, dès 1943, dans une correspondance :

« La construction d’une image mentale peut vous aider à reconnaître et à sentir le mouvement des hémisphères. Une façon de le faire est de plonger à l’intérieur du crâne mentalement et de prendre un poste d’observation assis sur le foramen magnum et donc d’avoir une position de visualisation (28) de l’activité ainsi que de la sentir. L’une des clés diagnostic et technique fondamentale est la capacité d’obtenir et de visualiser de l’intérieur du crâne mentalement toutes les activités en cours » (29)

WG Sutherland, en 1948, après 50 ans de pratique arrête les tests de mobilité (30) des os, diagnostique et traite en collaborant avec la Puissance intelligente de la Marée.
Il commence à expérimenter le Still-point et déclare : « Soyez aussi loin que possible de votre toucher physique ; ayez le toucher profond, la sensation spontanée, sentir sans palper. »
L’apprentissage des bases de l’ostéopathie dans le champ crânien se fait d’abord dans le cadre d’un modèle mécaniste rassurant, il s’agit de mobiliser les os du crâne, leurs sutures et de “faire lâcher’’ des densités.
Mis au défi de percevoir des micro-mouvements l’ostéopathe découvre à travers l’apprentissage de l’écoute tissulaire, au-delà du contact physique, l’effet de son attention et de son intention sur les réactions tissulaires.
L’approche tissulaire (Voir encadré Approche tissulaire) développée indépendamment par Pierre Tricot D.O arrive elle aussi par une réflexion originale et des chemins parallèles à se déployer dans le cadre d’un modèle à la fois mécaniste, vitaliste et spiritualiste et à l’idée que tout le corps est conscient. Celui-ci s’appuie, au-delà d’une lecture attentive des textes de la tradition ostéopathique dont il est en France le principal traducteur, essentiellement sur la réflexion d’auteur comme Arthur Koestler dans Janus, Edgar Morin dans La méthode et de Stéphane Lupasco dans Les trois matières.
Ensuite, mis au défi de sentir le mécanisme respiratoire primaire animant, d’après WG Sutherland et ses élèves, rythmiquement le corps tout entier, l’ostéopathe quitte peu à peu les sens physiques du toucher pour découvrir le toucher connaissant (voir l’encadré) décrit par WG Sutherland.

Le toucher connaissant.
« That is why I have so much to say about information gained solely through laboratory tests and informations often gained through the application of erring or unreliable physical senses . How many of you have the same degree of vision ? The same degree of touch ? You saw me making that diagnosis during the application of seeing - feeling - thinking- fingers that endeavour to get away from the sensation of physical touch, wherein you have the knowing touch. » WG Sutherland in Contributions of thought, “final lecture” 25 april 1948, p. 210, Rudra Press.
« C’est pourquoi j’ai tellement de choses à dire au sujet des informations obtenues uniquement par le biais des tests de laboratoire et des informations souvent acquises grâce à l’utilisation des sens physiques peu fiables et trompeurs ? Combien d’entre vous ont le même degré de vision, le même degré de toucher ? Vous me voyez faire ce diagnostic lors de l’application de doigts voyants – sentants – pensants qui tentent de sortir de la sensation du contact physique, dans lequel vous avez le toucher connaissant ». WG Sutherland in Contributions of thought, “final lecture”, 25 april 1948, p 210, Rudra Press.

Notes

26. « La Vie est une Substance, une Substance universelle, illimitée ; elle remplit chacun des atomes et tous les espaces de l’univers. La Vie est la sagesse, la puissance et le mouvement de tout. La vie dans l’homme est elle-même un homme, et le corps est l’empire qu’il contrôle… Pourquoi alors ne pas utiliser cette Puissance, qui le peut et qui le veut… ? » A.T. STILL.
27. 1951, 1966 et 1976
28. Mis en italique dans l’édition originale WG SUTHERLAND, Contribution of Though, edited by Adah Strand Sutherland and Anne L. Wales D.O, second Edition SCTF inc 1998 Rudra Press p.143.
29. « The construction of a mental picture might help you in the recognition of the feel of the movement of the hemispheres. A way of doing this is to crawl insinde the cranium mentally and assume a reserved seat on the foramen magnum and thus have a position for visualizing the activity as well as feeling it . One of the fundamental keys to diagnosis and technique is a ability to get within the cranium mentally and visualize all activities going on. » WG SUTHERLAND, Contribution Of Though, edited by Adah Strand Sutherland and Anne L. Wales D.O, second Edition SCTF inc 1998 Rudra Press p.143.
30. Contribution of though, op.cit., p. 141.


 Des doigts qui sentent, voient, pensent et savent


Ce toucher connaissant, WG Sutherland y fait constamment référence à travers sa fameuse formule des « doigts qui sentent, voient, pensent et savent  ». Comme le dit Isabelle Schmidt (31) : « Il étend, d’emblée, la notion palpatoire à une notion perceptive, incluant les considérations de Merleau-Ponty (32), à savoir l’unité du corps et de l’esprit. »
Voici les qualités que W.G.Sutherland attribue aux doigts :

Les doigts qui sentent :

« Votre but doit être de ressentir les tissus. Qu’il s’agisse de la sensation d’un fin parchemin, d’une sensation de fruit mûr, d’une délicate sensation de dentelle, ces sensations vous disent quelque chose sur ce qui se trouve à l’intérieur des tissus et peuvent servir à votre diagnostic ou à votre technique. C’est grâce à cela que vous pouvez pénétrer les tissus et voir l’image de ce qu’ils sont. » (33)

Les doigts qui voient :

La visualisation est un outil majeur de W.G.Sutherland. L’exemple le plus significatif est « la Promenade du Vairon » (34) - « the Tour of the Minnow  » (35). Il en existe plusieurs versions, car W.G.Sutherland a improvisé cette « promenade touristique » à la fin de certains cours sur le concept crânien, mais l’idée générale reste la même. Elle permet aux auditeurs de visualiser l’anatomie et la physiologie du mécanisme crânio-sacré.
Voici comment débute ce périple :

« Enfants, nous démontrions fréquemment une vigoureuse faculté : l’aptitude à déployer notre imagination. Le Créateur de l’Univers avait de l’Imagination, imagination avec un grand « I ». Sans elle, aucun Univers n’eût été créé. Je vous demande maintenant de faire usage de cette faculté et de m’accompagner dans un périple touristique. Une traversée dans le fluide cérébro-spinal, ce grand corps liquide puissant et fluctuant. Éveillez cette imagination, la vôtre, et venez avec moi escorter un petit vairon, un vairon fluorescent, capable d’allumer ou d’éteindre sa lumière à volonté, pendant qu’il explore, cherche et raisonne. Il progresse grâce à ses nageoires et réalise que ses mouvements font fluctuer le fluide cérébrospinal… » (36)

Nous pouvons noter que A.T. Still, lui aussi a eu recours à ce type d’exploration. Voici un extrait de l’exploration proposée par A.T. Still :

« Une exploration. Nous devons lancer notre vaisseau d’exploration au niveau de l’aorte et flotter dans ce courant vital, observer le capitaine lorsqu’il décharge les provisions pour le diaphragme et tout ce qui est sous lui. Nous devons le suivre et regarder quel bras de cette rivière mène à un petit ou gros orteil ou aux confins du pied. Nous devons traverser les eaux de la mer Morte en passant par la veine cave, et observer les bateaux chargés de sang épuisé et usé, comment il est chargé et ramené vers le cœur, avec tout ce qui vient de sous le diaphragme. Examinez attentivement le vidage des grandes et petites veines azygos avec les veines des bras et de la tête, dans lesquelles se déversent de grandes et petites rivières jusqu’à la veine innominée sur leur trajet jusqu’au grand hôpital de la vie et de la nutrition, dont le cœur est l’officier d’intendance, dont le mécanisme final est le poumon … » (37)

Les doigts qui pensent :

« L’ostéopathe est un penseur, non un bricoleur, ses doigts, lorsqu’ils sont bien entraînés possèdent à leurs extrémités, l’art de penser intelligemment. Pour cette raison, la technique ne peut pas être démontrée à travers une série de manipulations. » (38)

Les doigts qui savent :

« Vous m’avez vu faire ce diagnostic pendant l’application des doigts qui voient – sentent – pensent – ces doigts qui cherchent à s’éloigner du toucher physique, qui vous mènent au toucher connaissant (39). » (40)

Notes

31. Isabelle Schmidt 2001 mémoire : « Évolutions des perceptions chez W.G Sutherland ».
32. Merleau-Ponty – Phénoménologie de la Perception – p 34.
33. « You aim must be to get the feel of the tissue ; the different sensations, wheter it has the “feel” of dry parchement… is mushy feeling… perharps a delicate lacy feeling. That “feel” tells you something on the inside… In your diagnosis, in your technic. You must get in there and see -the picture all the way. » With Thinking Fingers – p 14.
34. Le vairon est un petit poisson ,un amphysostome.
35. Contributions of Thought – p 334.
36. « In childhood days, we frequently demonstrated use of a lively faculty which was ours, the ability to stretch our imagination. The Creator of the Universe had Imagination – imagination with a capital « I ». Without it, no Universe would have been created. I ask you now to make use of this faculty and embark with me on a sightseeing tour ; a swim it will be in that great body of potent fluctuant fluid, the cerebrospinal fluid. Spark that imagination of yours and along with me accompany a little minnow, a fluorescent minnow, who can turn his light on or off at will as he explores, searches and reasons. He swims with fins an realizes that his movement fluctuates the cerebrospinal fluid... » Contributions of Thought, p 334.
37. A. T. Still – Philosophie de l’Ostéopathie – p 111.
38. « The osteopath is a thinker, not a tinker – his fingers, when properly trained, possess the art of thinking intelligently at their digital tips. Therefore, technique cannot be taught through demonstration of a series of manipulations. Contributions of Thought – p 16.
39. « You saw me making that diagnosis during the application of seeing-feeling-thinking fingers – fingers that endeavor to get away from the sensation of physical touch, wherein you have the knowing touch.  » Contributions of Thought – p 210.
40. Isabelle Schmidt 2001 mémoire : « Evolutions des perceptions chez W.G Sutherland » qui utilise et approfondit intelligemment la chronologie sensorielle de WG Sutherland établie par le Dr James Jealous D.O au début des années 1990.


 Le corps fluidique


Superposée et au-delà du corps physique apparaît avec WG Sutherland et en continuité avec AT Still, la perception d’un corps fluidique recélant une puissance. Épousant intimement la forme du corps physique, sa perception rend intelligible l’animation du corps anatomique par le souffle de vie. Ressentie comme un plasma ductile, un champ énergétique opposant une résistante élastique le corps fluide désigne une réalité sensible au contour palpable, mais peu intelligible.
C’est en passant d’une conscience extérieure des fluides dans leurs formes à une conscience en accord avec la respiration primaire qui les anime que l’ostéopathe pénètre dans le royaume de la vision plus consciente de l’anatomie vivante et de ce qui entrave l’expression de la Santé de son patient.
Cette transition, que WG Sutherland décrit à la fin de sa vie, est l’étape centrale qui permet de pénétrer vraiment dans la science médicale ostéopathique (Voir ci-dessous) rêvée par AT Still et WG Sutherland.

« Osteopathy is here to stay . osteopathy is a science . The cranial concept is osteopathy . It therefore is a science . It is not an integral part of osteopathy, it is osteopathy . It is not a ’’therapy’’ .That is why i feel so intensely about the term therapy .For this is a science that deals with the natural forces of the body. You have seen evidence of this week in the application of diagnosis and in the application of techniques. Was this ’’therapy ?’’ No ! It is scientific knowledge and it is what Dr Still endeavoured to leave with us . »WG Sutherland in Contributions of thought “final lecture”, 25 april 1948, p. 210, Rudra Press.

« L’ostéopathie est là pour rester. L’ostéopathie est une science. Le concept crânien est l’ostéopathie. C’est donc une science. Ce n’est pas une partie intégrante de l’ostéopathie c’est l’ostéopathie. Ce n’est pas une thérapie. C’est pourquoi j’insiste si fort au sujet du terme thérapie. Car c’est une science qui traite avec les forces naturelles de l’organisme. Vous avez vu la preuve cette semaine dans l’application du diagnostic et dans l’application des techniques. Était-ce une thérapie ? Non ! C’est une connaissance scientifique et c’est ce que le Dr Still a essayé de nous léguer. WG Sutherland in Contributions of thought, « final lecture », 25 april, 1948, p. 210, Rudra Press.

 La porte pour entrer dans cette réalité imaginale (41), passe par la capacité d’établir une division de l’attention partagée entre la création d’une image symbolique et la conscience de l’influence qu’en réponse la réalité objective exerce sur cette image devenue vivante.
La clé permettant d’ouvrir cette porte est la capacité à synchroniser son attention avec « l’activité du fluide » sans la perturber. Cela peut se comparer, nous dit Anne Wales, « au problème qui se pose à un cavalier désirant monter un cheval en mouvement. Le cavalier doit être lui aussi en mouvement afin de trouver ce moment de tranquillité relative (stillness) qui lui permettra de monter avec adresse. Une fois en selle, il s’adapte lui-même à l’allure du cheval au moment où il saisit les rênes » (42).
En observant ainsi le corps vivant, l’ostéopathe découvre que loin d’être stable l’image ressentie est animée par un véritable rythme cyclique passant comme une respiration de la dilatation au repos de l’espace dans lequel elle s’inscrit . WG Sutherland décrit-il ainsi une respiration primaire au sein de laquelle le corps tout entier et ses parties répondent à cette respiration spatiale par des rotations internes ou externes et des flexions extensions (Voir ci-dessous Apaise-toi et sache…).

Apaise-toi et sache… – Extraits

« Lorsque nous posons nos mains sur un patient en bonne santé, nous percevons une impression de bien-être général. Nous sentons les cycles de sa respiration. Nous percevons la flexion et l’extension de ses structures médianes, ainsi que les mouvements de rotation interne et externe de ses structures latérales en fonctionnement. Nous percevons tout mouvement volontaire exécuté par le patient et de nombreux mouvements involontaires provenant des différents systèmes organiques du corps. Lorsque nos mains sont posées sur son crâne, nous pouvons sentir les mouvements du mécanisme articulaire crânien, les mouvements de va et vient de la membrane de tension réciproque et la fluctuation du liquide céphalorachidien, tous intégrés au sein du mécanisme en fonctionnement. À travers la totalité du corps, nous pouvons sentir une autre chose, qui n’est généralement pas mentionnée dans les manuels actuels de physiologie et d’anatomie. Il s’agit d’un mouvement global de flux et de reflux animant le corps tout entier. C’est comme si le corps, fonctionnant comme une unité, répondait à une force comparable à celle qui provoque le mouvement des marées de l’océan. Il s’agit d’un mouvement rythmique animant tous les liquides du corps. Malgré son calme apparent, il est plus puissant que tout autre fonctionnement physiologique existant au sein du mécanisme corporel, plus important et plus puissant que le cycle respiratoire, que les mouvements volontaires ou involontaires, ou que tout autre mouvement que nous prenons habituellement en considération. Notre toucher perspicace apprend à discerner ces différentes composantes œuvrant au sein d’un fonctionnement inhérent à toutes les parties de la physiologie du corps que nous examinons. C’est une fluctuation rythmique, en fonctionnement physiologique, avec son Élément le plus noble connu et son Potentiel inné » Rollin Becker, La vie en mouvement, « Apaise toi et sache », Vannes, Sylly, 2012, p. 54. Trad Pierre Tricot.

Notes

41. « Que l’on entende pas le mot « images » au sens où de nos jours on parle à tort et à travers d’une civilisation de l’image ; il ne s’agit jamais là que d’images restant au niveau des perceptions sensibles, nullement de perceptions visionnaires. Le mundus imaginalis ( …) est un monde qui n’est plus le monde empirique de la perception sensible, tout en n’étant pas encore le monde de l’intuition intellective des purs intelligibles. Monde entre-deux, monde médian et médiateur. » L’imagination créatrice dans le soufisme d’ibn Arabî Henry Corbin Flammarion 1977.
42. La fluctuation du LCR , maniements, réponses et effets systémiques, Anne Wales, présenté à la convention de l’OCA à Chicago en 1950 et publié dans la revue de l’association d’ostéopathie crânienne de 1953 . Traduction dans le mémoire de Gabrielle Marges et Jean-Marie Lège .
43. Rollin Becker « Apaise toi et sache » in La Vie en mouvement, op.cit., p 55. tab Fulcrum


 Le fulcrum


Comme le dit Rollin Becker : « Notre compréhension des mécanismes corporels s’améliorant, nous nous rendons compte que toute activité normale au sein des différentes structures du corps – qu’il s’agisse des os, des ligaments, des membranes, des fascias, des organes ou des liquides –, semble opérer à partir de points d’appui en suspension capables de déplacements automatiques » (43), les Fulcrums.
L’idée selon laquelle la Puissance réside dans ce point pivot ou fulcrum (44) immobile sur lequel s’appuie le bras de levier est un principe mécanique et perceptif fondamental de la philosophie clinique ostéopathique.
Nous devons comprendre que cette idée a été étendue par WG Sutherland du mécanisme articulaire et membraneux au corps fluide :

« Je désire que vous attachiez vous aussi de l’importance au fulcrum, pas seulement à celui qui se trouve dans le mécanisme articulaire membraneux, mais plus spécialement le Still-point de la fluctuation du liquide céphalo-rachidien. Vous arriverez là plus près de la compréhension de ce que le Dr Still voulait dire quand il parlait de l’élément le plus noble connu dans le corps humain vivant  » (45).

Inspirée par son ami le physicien Walter Russel (Voir encadré W. Russel), le Dr Sutherland fait sienne l’idée que le mécanisme respiratoire primaire est régi par une loi d’échange rythmique équilibré (46) sur des fulcrums entre toutes ses composantes et son environnement :

« Un levier bougeant sur ses fulcrums, exprime l’idée de puissance par le mouvement, mais l’idée de puissance est dans le fulcrum immobile, source de puissance. Elle n’est pas dans le levier en mouvement. S’il ne possède pas l’immobilité du fulcrum à partir duquel prolonger l’apparence de la puissance, le levier est à la fois sans puissance et sans mouvement. » (Russell 1994, 39).

Ainsi le Dr Sutherland déclare-t-il :

« Un fulcrum est un mécanisme immobile ; le levier bouge sur lui et en tire sa puissance. En cours d’utilisation, la position du fulcrum sur le levier peut se trouver modifiée mais il demeure un mécanisme d’équilibre immobile à partir duquel le levier opère et obtient sa puissance. Lorsque le technicien crânien visualise clairement le fonctionnement de ce mécanisme, et ressent le toucher connaissant, il a l’impression que tout devient vivant » (47).

C’est la capacité d’écoute et de synchronisation avec les fulcrums tissulaires ou fluidiques qui confère à l’ostéopathe sa capacité à influencer et améliorer les échanges rythmiques équilibrés au sein du corps.
En synchronisant son attention avec la puissance immobile résidant au sein du fulcrum, l’ostéopathe permet à l’ensembles des forces considérées de parvenir à un point d’équilibre à travers lequel le souffle de vie peut démarrer ou re-démarrer le mouvement et la fonction.
L’utilisation clinique de cette notion fondamentale en ostéopathie dans le champ crânien a été le mieux formulée dans son principe dans un article du Dr Thomas Schooley D.O, Le fulcrum (48) :

« Si toute matière est en mouvement, et
Si tout mouvement est fluctuant dans sa phase primordiale, et
Puisque la fluctuation est composée de deux cycles
(49), un d’expansion et un de contraction,
Alors la fluctuation est forcément rythmique.
Si une phase est opérée par l’autre, alors il doit exister un échange mutuel de quelque facteur énergétique entre les deux phases de fluctuation.
Si la fluctuation se produit à tout coup, il doit exister un point central d’où elle naît ; ce point ne présente par conséquent aucun mouvement et peut donc être appelé le Fulcrum.
De la même façon, on peut considérer qu’existe un fulcrum pour chaque atome, chaque molécule et chaque masse de matière.
Si le Fulcrum du mouvement fluctuant se trouve au centre d’une masse donnée, cela prouve qu’aucune autre force n’est en train d’agir pour interférer avec son échange rythmique normal d’énergie et qu’on peut le considérer en état d’équilibre avec son environnement.
Si, à l’inverse, une force est appliquée à la surface de la masse de matière qui n’est plus alors en équilibre à chaque point de sa surface, le centre de fluctuation (ou de mouvement) s’éloigne du point d’application de la force d’une distance suffisante pour maintenir ses propres conditions d’existence. Cela déplace cependant le fulcrum du mouvement vers une autre localisation dans la masse de matière.
Si le fulcrum est le centre du mouvement, il est aussi le centre de la force ou énergie produite par ce mouvement.
Si nous tenons le raisonnement qu’il n’y a pas de mouvement au fulcrum mais seulement de l’énergie, nous devons admettre qu’il ne peut exister de perturbation fonctionnelle de la matière au fulcrum puisque la fonction nécessite du mouvement. Donc, si nous pouvons démarrer ou RE-démarrer tout mouvement et toute fonction à partir du centre ou fulcrum de tout mouvement, nous sommes alors à même de maîtriser la masse de matière et de la forcer à fonctionner selon l’état naturel de SON être propre (la façon dont elle a été créée pour fonctionner).
Cela se fait en déplaçant le centre ou fulcrum vers la zone de perturbation fonctionnelle et en laissant le mouvement S’AJUSTER LUI-MÊME à son état naturel »
(50).

Notes

44. Fulcrum est mot d’origine latine. Fulcra traduit en anglais par fulcrum, désigne un point d’appui, un pivot, un couteau d’une balance Roverbal et par extension le centre d’une roue.
45. « Ce fulcrum suspendu est comparable à celui existant dans les anciennes balances, que l’on suspendait au plafond. J’ai vu une telle balance reproduite dans une réplique du premier comptoir commercial au Cap Code. Le fulcrum autour duquel agissait la balance était le point immobile, le point de force dans la fonction du mécanisme. Il suffisait d’une petite secousse pour la faire balancer, tellement elle était sensible. » (Sutherland, 1998, 346).
46. « L’échange rythmique équilibré est la loi sous-jacente à la Création se manifestant dans toutes les actes de la Nature. Sur cet unique principe repose la permanence de l’univers. C’est également l’unique principe sur lequel reposent la continuité des actes de l’homme, sa santé et son bonheur. » (Russell 1994, 106).
47. WG Sutherland, 1998, 238.
48. Publié dans la revue d’ostéopathie crânienne de 1953 et partiellement repris dans la première édition de Ostéopathie dans le champ crânien édité par H I Magoun, p 102, Ed Sully, Vannes.
49. En fait un seul cycle de deux phases (N. du T.).
50. Texte publié p 31 dans le « Journal of the osteopathic cranial association » de 1953 publié par The Osteopathic Cranial Association, organisation affiliée à l’Academy of Applied Osteopathy . Traduction Guy Renou D.O . Cet article a été partiellement repris dans la première édition de Ostéopathie dans le champ crânien éditée par H I Magoun, p 102, Ed Sully, Vannes. En téléchargement (format pdf) sur le site de l’Approche Tissulaire de Pierre Tricot : www.approche-tissulaire.fr/images/stories/fichiers_pdf/ts-le-fulcrum.pdf 


 Le still-point


Pour l’ostéopathe dans le champ crânien, plus grande et plus profonde sera sa faculté d’écoute de l’immobilité, de la tranquillité et du silence au sein des fulcrums, plus grande et plus profonde sera sa puissance thérapeutique (51) et sa capacité à utiliser les fulcrums comme des portes de la perception.
Au-delà des fulcrums l’ostéopathe découvre en outre que lorsqu’il observe ainsi le mouvement présent infusé par la respiration primaire dans le corps et son anatomie il rentre en résonnance avec lui et l’augmente.
La précision du travail synchronisé de cette façon avec les fluides est quasi chirurgicale. Grâce à l’espace d’écoute plus conscient déployé dans la division de l’attention, l’ostéopathe peut avoir de l’anatomie vivante une vision à la fois précise et signifiante. WG Sutherland nous dit alors que des mouvements d’un millième d’un pouce (l’épaisseur d’une feuille de papier) semblent agir sur la puissance ou sur le fluide (52).
L’augmentation par résonnance de cette respiration est un bras de levier pouvant mettre en mouvement un schéma de tension tissulaire et fluidique vers un nouvel équilibre correcteur signalé par un temps de repos du mouvement, le still-point (Voir ci-dessous).

Le still-point

« Il existe des points d’appui fluidiques dans l’ensemble du corps pour toutes formes d’activités fluidiques. Nous pouvons ralentir la fluctuation du liquide céphalo-rachidien jusqu’à une période courte et rythmique permettant d’atteindre un still-point, c’est-à-dire un temps de repos. Nous savons qu’à ce moment précis, nous avons atteint un de ces points d’appui (fulcrum point) propre au liquide céphalo-rachidien. Le Dr Sutherland nous a appris que c’est à ce moment-là que s’exerce l’influence de l’« Élément le plus noble connu » qui produit un échange entre tous les liquides du corps allant même jusqu’au sein de toutes les cellules osseuses. Tandis que le corps réagit à ce processus et tend vers une activité plus équilibrée, nous pouvons noter un changement dans le mouvement fluctuant de tout le mécanisme corporel par rapport à ce que nous percevions au début de notre examen. » Rollin Becker, « Apaise toi et sache », in La vie en mouvement, op.cit., p 55-56.

C’est durant ce moment d’immobilité et de tranquillité que semblent être communiquées aux tissus une vitalité et une capacité à retrouver une meilleure fonction.
On parle ici d’une transmutation des forces contenues potentiellement dans les fluides.
L’ostéopathie dans le champ crânien, décrit la perception d’un champ d’énergie débordant le corps anatomique mais prenant naissance dans un axe central électrique, la ligne médiane. C’est au contact de cet axe énergétique que le LCR et à travers lui tous les liquides et fonctions du corps reçoivent une vitalité visible dans le corps fluide comme un “fluide dans le fluide’’. Celui-ci lorsqu’il est consciemment perçu apparaît comme une lumière liquide (53).
Au contact de ce champ électromagnétique et au-delà de sa lente circulation physique dans l’enceinte contenant le LCR, une fluctuation longitudinale se manifestant comme une marée naît à partir du coccyx et remonte vers le crâne en luttant contre la gravité. C’est cette onde de nature énergétique que l’on peut, en portant son attention, entre autre, dans l’espace circonscrit entre une couche joignant la dure mère et l’arachnoïde et une couche constituant la pie-mère percevoir comme un ruisseau sous la glace (54).
WG Sutherland compare la perception de ce potentiel électrique contenu dans le liquide céphalo-rachidien à celui contenu dans le liquide d’une batterie de voiture.
C’est la présence et l’utilisation de cette fonction énergétique essentielle cachée au sein du Liquide-Céphalo-Rachidien et de tous les autres fluides baignant le corps qui rend possible une véritable transmutation énergétique de la force vitale (55).
Ce champ de force vitale fluidique est respiré selon un rythme de 2 à 3 cycles par minute et WG Sutherland le compare à une marée, “a tide’’ (56).

Afin de diagnostiquer et traiter efficacement l’ostéopathe doit dans le champ crânien apprendre à “percevoir’’ distinctement et évaluer précisément la réponse au mouvement respiratoire primaire des différents éléments composant le mécanisme respiratoire primaire décrit par WG Sutherland :

1. La puissance inhérente produisant la fluctuation longitudinale centrale et la force vitale comme une batterie, en évaluant sa qualité on peut mesurer et remédier à la capacité de réaction au traitement du patient.

2. La fonction des membranes méningées et de leurs duplications en faucilles organisant leur tension réciproque autour du Fulcrum de Sutherland, suspendue le long du sinus droit, qui se comporte comme un levier de vitesse équilibrant l’ensemble du mécanisme entre un schéma inhalatoire d’ouverture en rotation externe et un schéma exhalatoire de fermeture en rotation interne.

3. La motilité du système nerveux central et périphérique qui bouge comme un têtard s’inclinant en avant lorsqu’il inhale la puissance vitale et se redressant lors de l’exhalation du mécanisme respiratoire primaire, le cerveau s’enroulant autour de ses cavités ventriculaires et le canal médullaire se raccourcissant lors de l’inhalation et s’allongeant à l’exhalation.

4. La mobilité suturale des os du crâne en particulier et le mouvement intra osseux du squelette dans son ensemble accompagnant la motilité du système nerveux central et la tension réciproque des membranes méningées qui le protège en l’enserrant. Organisée autour de la symphyse sphéno-basilaire la respiration du crâne osseux offre l’image plus ou moins symétrique de l’éclosion d’une fleur lorsque que sa tige monte et d’une fermeture lorsque cette même tige descend.

5. Et enfin la mobilité involontaire du sacrum et du coccyx entre les iliaques reflète la qualité fonctionnelle du bassin et de son contenu viscéral.

Comme un chef d’orchestre l’ostéopathe doit avoir une vision à la fois globale et analytique de l’activité du mécanisme. Il doit en ressentir et respecter la puissance, le tempo et le ton. Alors son action thérapeutique s’accordera à l’esprit de vie qui commande ce mécanisme.
Plus loin, quittant la perception du seul corps anatomique et fluidique, l’ostéopathe commence à connaître plus consciemment, dans les pas du Dr WG Sutherland et du Dr Rollin Becker une expérience plus large concernant la nature du principe vital animant son patient. À partir de ce point c’est l’approche dite bio-dynamique de l’ostéopathie dans le champ crânien qui décrit le mieux le chemin qu’emprunte l’ostéopathe.
Conciliant les éléments mécanistes et vitalistes contenus dans l’enseignement du Dr WG Sutherland D.O et du Dr Rollin Becker D.O. l’approche bio-dynamique permet à l’ostéopathe de reconnaître la nature spirituelle du principe vital qui anime et centre son patient.
Arrivée à ce point, l’expérience perceptuelle ostéopathique décrit par les Dr WG Sutherland et Rollin Becker s’effectue dans un cadre conceptuel fondamentalement spiritualiste.

Notes

51. « Le Fulcrum n’a pas de personnalité, il n’est ni vous, ni le patient. Il est. Il est universel : pas d’espace, pas de temps, rien ; si ce n’est la puissance. Hors de votre immobilité, vous devez le rencontrer. S’il n’y a pas de problème, il travaille avec l’univers : vous ne sentez que le vide. (Sutherland disait déjà : « Dans tout patient, trouvez d’abord le Fulcrum Spirituel. ») R Becker in Stillness In life Stillness press.
52. « A thousandth of an inch » Nov 1050 in Contribution of thought, p 244 .
53. « If you recognized the real element , the breath of light in the fluctuation of the cerebrospinal fluid,I think you would begin to come closer to successof Dr Still in his knowledge of human body. »Contribution of Thought , Tallk at the clinical Conference : Kirksville ,p 291 SCTF 2 edition 1998.
« Si vous reconnaissez l’élément réel, le souffle de lumière dans la fluctuation du LCR , je pense que vous commenceriez à vous rapprocher de la connaissance du corps humain que possédait le Dr Still. Il possédait non seulement la connaissance matérielle au travers de dissections et autres expériences réalisées alors, mais également l’expérience clinique pratique, grâce à son expérience comme chirurgien dans l’armée. En outre, il reconnaissait l’existence de l’élément le plus noble connu dans le LCR. On pourrait dire qu’il était comme le rayon x ; il pouvait regarder à travers vous et voir des choses, vous dire des choses, sans même avoir posé les mains sur votre corps. Je l’ai vu faire cela ! Et à de nombreuses reprises ! Lorsque l’un des professeurs faisait un cours de clinique avec sa classe, cherchant à localiser la lésion, le Vieux Docteur, venant du fond de la classe, s’approchait et disait : la lésion est ici. Comment faisait-il cela ?” G Sutherland, Contribution of Thought, Talk at the clinical Conference : Kirksville, p. 291. SCTF 2 edition 1998.
54.« Mais si je place doucement ma main sur la table et que j’imprime une vibration, pas une secousse, l’eau vibrera au centre…Le LCR est comme ce verre d’eau. Quand vous parvenez à cette phase de “ralenti’’, vous détectez un changement immédiat, une impression de sentir sous vos doigts de l’eau sous une mince couche de glace, non seulement dans les mains, les extrémités, mais aussi à travers les viscères, le tissu conjonctif et les fascias. » Contribution of Thought, lecture on cranial osteopathy, p. 195. SCTF 2 édition 1998.
55. « En dirigeant la puissance du LCR , nous dirigeons non seulement une puissance , mais une puissance qui a en elle une intelligence … "un ensemble de liquide" , tel "un corps fluidique", qui bénéficie de la présence du Souffle de vie …, qui a "quelque chose" d’invisible , pas seulement de puissance, mais une Intelligence avec un grand "I" majuscule . Au sein de cette puissance de la fluctuation, vous avez une force intracrânienne et intraspinale qui en tant que force motrice, agit vers la normale pour corriger les lésions … » Contribution of Thought ,Diagnosis and treatment Using the tide p202 SCTF 2e édition 1998.
56. Il faut distinguer la notion de marée à laquelle WG Sutherland n’a jamais attribué de rythme des différentes recherches menés sur le Cranial Rythmic Impulse donné en général à entre et 6/12 CPM www.cranialacademy.com/research.html. C’est le Dr Jame Jealous DO le premier qui a attiré l’attention sur le rythme de 2,5 CPM vraiment thérapeutique qu’utilisent souvent inconsciemment les ostéopathes.


 C. Le modèle spiritualiste


L’approche dite biodynamique de l’ostéopathie dans le champ crânien et le travail avec le partenaire silencieux enseigné par le Dr Rollin Becker D.O.
Elaboré par le Dr James Jealous D.O, le modèle biodynamique (Voir ci-dessous) rend compte de l’enseignement et de la pratique tardive de WG Sutherland.

Le programme biodynamique de l’ostéopathie

« Ce cursus a été développé et a été enseigné depuis plusieurs années aux États-Unis par le Dr James Jealous D.O. La beauté de la Respiration Primaire est devenue une réalité perçue à chaque moment de sa vie grâce aux enseignements de ses professeurs exceptionnels et à ses recherches personnelles. Comme agent thérapeutique, la Respiration Primaire n’est complète uniquement que par son Entièreté. Elle est toute forme d’Art de Guérison.
Les fondements de ce cursus reposent sur le pouvoir thérapeutique du « Dynamic Stillness », du Souffle de Vie (Breath of Life), de la puissance de la marée (tide), des fluides et des autres Lois Naturelles qui supportent, restaurent, génèrent et régénèrent la Vie.
Aucune technique n’est enseignée, seule l’entière collaboration avec le Mécanisme Vivant et son intention du moment nous guident. Il s’agit ni de l’équilibration des tensions membraneuses, ni de l’utilisation de leviers, ni de correction articulaire. Ces approches ont leurs propres paramètres. Ce programme est d’explorer et de discriminer la Marée (the Tide) à l’œuvre. La Marée est une source première de diagnostic et de traitement sans faire appel à une force manipulatrice venant de l’opérateur agissant sur une lésion ostéopathique, somato-émotionnelle ou psycho-émotionnelle.
Ce programme s’intitule Biodynamique parce qu’il met l’accent sur le contact avec les forces de la marée/Marée pendant leur échange interactif spécifique. C’est un contact Vivant avec la Vie. »
=> Source : Faculté francophone d’enseignement modèle biodynamique en ostéopathie : Le programme biodynamique de l’ostéopathie.

Reprenant dans un parcours pédagogique efficace les principaux éléments de l’ostéopathie dans le champ crânien, il prolonge et approfondit les recherches de WG Sutherland et de R Becker.
Arrivé à cette étape de son voyage, l’ostéopathe doit apprendre à s’en remettre à l’esprit de vie qui commande la machine humaine afin de participer plus consciemment à un traitement dirigé par l’intelligence du partenaire silencieux que le Dr Rollin Becker D.O évoquera fréquemment à la fin de sa vie.
C’est en comprenant grâce au Dr Rollin Becker D.O l’importance d’attendre avant de débuter un traitement que le patient abandonne sa volonté à celle de la Marée (57) que J. Jealous a formulé l’idée du neutre alchimique du patient. Parvenu à un véritable état de réceptivité dans lequel le corps physique, le corps Fluide et le corps de Puissance du patient apparaissent unifiés et disponibles, l’intelligence et la volonté de l’esprit de vie peuvent enfin être engagés.
Le neutre du patient établit, le modèle biodynamique décrit ensuite la possibilité de prendre conscience et d’agir sur les grands carrefours embryologiques (58) de l’anatomie à travers la perception des forces embryogéniques toujours à l’œuvre et reliées au souffle de vie.
Le Dr Jealous D.O relève la similitude des schémas de forces ressenties dans le corps fluide avec les schémas de forces épigénétiques observées dans l’embryogénèse par l’embryologiste Dr E. Blechschmidt (59).
La perception de cette anatomie embryologique et des forces qui l’animent réclame une élévation de la qualité d’attention et la conscience d’un fluide dans le fluide que WG Sutherland désigne comme étant une lumière liquide.
C’est notamment en traitant son patient comme s’il s’agissait d’un nourrisson que l’ostéopathe aura la surprise de voir apparaître dans son espace intérieur “imaginal” une anatomie embryonnaire révélant tout à la fois la grande unité tissulaire et fonctionnelle dynamique du corps et la relation vivante que celui-ci entretient avec l’environnement naturel dont il fait partie.
En faisant plus de silence mental, en ralentissant et en prenant plus de champ et toujours par division de l’attention, on peut observer la totalité du patient en équilibre dans son espace fluidique répondre à l’influence extérieure de la grande marée (60).
Ici la clé permettant d’entrer est de porter son attention divisée sur la ligne médiane électrique que l’on peut sentir reliée de l’intérieur du 3e ventricule au coccyx.
En plongeant notre attention dans cette ligne nous pouvons percevoir qu’elle est lumineuse et qu’autour et à partir d’elle se diffuse une lumière liquide au sein même du fluide.
L’image de grande marée désigne la perception d’une force plus profonde que la marée perçue à l’intérieur du corps fluide. C’est une modalité plus ample et plus lente (61) de l’influence exercée par la grande force respirant à travers toute la nature et que le Dr James Jealous D.O désigne comme la Présence extérieure de la respiration primaire.
Utilisant une métaphore océanique déjà utilisée par le Dr Rachel Carson Phd, pionnière de l’écologie américaine, dans son célèbre livre "The Sea around us", (62) WG Sutherland décrit l’homme plongé dans l’influence de son environnement comme une maison de verre qui serait immergée dans l’océan toutes fenêtres ouvertes.
Cette possibilité thérapeutique mentionnée par WG Sutherland lorsqu’il indique la possibilité de travailler dans des espaces intermédiaires de l’anatomie : the Space between (63).
Poursuivant son exploration au-delà de la perception du corps anatomique et du corps fluidique on découvre un corps plus subtil centré par une ligne médiane ressentie comme possédant un potentiel inhérent (voir ci-dessous) et une intensité électrique.

L’immobilité dans la Marée

« Dans notre discussion, nous nous sommes jusqu’à présent intéressés au fonctionnement de la Marée du corps et aux nombreux points d’appui (fulcrums) opérant dans la physiologie corporelle. Il est maintenant temps de mentionner une autre chose proposée par le Dr Sutherland pour approfondir notre compréhension. Il s’agit de l’immobilité dans la Marée. Il ne s’agit pas de la fluctuation longitudinale des vagues de la Marée, mais de l’immobilité apparaissant au point d’appui situé au sein même de cette Marée. Il existe un Potentiel inhérent au sein de cette immobilité. Lorsque nous essayons de comprendre ce travail, l’idée d’immobilité nous plonge dans la perplexité. Comment peut-il exister un Potentiel inhérent, une force ou une énergie dans de l’immobilité ? Le Dr Sutherland utilisait souvent l’analogie de la transmission d’une vibration dans un verre d’eau, où l’on pouvait observer que la surface présentait en son centre un still-point. Il attirait l’attention sur le fait que c’était un fulcrum à l’intérieur du verre d’eau et il le comparait au point d’appui ou fulcrum que nous atteignons en amenant la fluctuation du liquide céphalo-rachidien à son still-point au cours de la compression du quatrième ventricule ou de toute autre technique de contrôle de la Marée. C’est l’immobilité de la Marée que nous recherchons, disait-il, car c’est dans cette immobilité que réside le Potentiel inhérent à la Marée ».
R Becker in « Apaise toi et sache », p 43 de La vie en mouvement, op.cit., p. 57-58.

Et au-delà enfin on peut percevoir directement le souffle de vie.
Aussi WG Sutherland déclare-t- il : « Regardez cet espace entre l’anatomie. Qu’est ce qu’on y trouve ? Le fluide. Et si vous regardez dans l’espace entre le fluide, vous trouverez autre chose. Puis si vous regardez dans l’espace "entre cela" vous trouverez l’expression matérielle de la vie qui revient. »
La découverte de chacun de ces corps est accessible par un ajustement de la perception qui doit s’accorder à une qualité de Stillness (voir ci-dessous) ou quiétude toujours plus complète et plus profonde (64).

Stillness versus Immobilité

Le terme « immobilité » est la traduction commune mais incomplète du mot anglais stillness. En effet, stillness , outre l’idée d’immobilité, évoque également le sentiment de tranquillité et de calme. Sa racine indoeuropéenne, ST(h)el qui porte principalement l’idée d’élévation indique que le chemin menant à l’expérience de la tranquillité, au calme et à la connaissance, passe par l’élévation préalable de l’esprit vers le centre ou, en d’autres termes, vient après que l’esprit se soit dégagé du courant mental afin de recevoir la vue intérieure ainsi que l’explique Andrew Taylor Still dans cette citation qui lui est attribuée : « Il y a une façon de mettre l’esprit en accord avec le rythme de la puissance universelle. Dirigez les énergies sur le centre, accordez l’esprit en étant à l’écoute, ensuite élevez vous. Nous devons tendre vers le haut, alors il revient comme un écho, un rebond, une réaction qui apporte la vue intérieure à l’esprit. Nous pouvons sortir de toutes les difficultés, de tous les désordres qu’ils soient du corps ou de l’esprit. Dans la hauteur se trouve la vertu et également l’endroit d’où nous revenons, avec la guérison pour le corps, et la vue intérieure pour l’esprit. » Cf. R. Grandsaignes d’Hauterive : Dictionnaire des racines des langues européennes, p. 205. Ed Larousse ISBN :2-03-340335-1.

Lorsque l’activité mentale du patient s’est apaisée, que l’activité de son système nerveux autonome s’est équilibrée émerge pour l’ostéopathe la possibilité de percevoir le mouvement respiratoire primaire involontaire qui anime naturellement le corps du patient.
La Santé peut alors apparaître à l’ostéopathe comme une puissance, une réalité tangible insufflant inlassablement vie et mouvement présent au corps .
D’abord éprouvée comme une tranquillité et une immobilisation du corps fluide (65), l’expérience perceptive de la tranquillité peut être ressentie à l’extérieur du patient. L’espace environnant semble alors se figer devenant habité par une grande paix. James Jealous parle alors d’un Stillness avec un grand S ou d’un dynamic stillness (66).
Afin de permettre l’exploration des relations que le corps entretient avec l’espace environnant, le modèle pédagogique biodynamique invite l’ostéopathe à élargir sa division de l’attention.
Plus la conscience perceptive extérieure de l’universel s’élargit plus sa conscience du corps et de ses fonctions s’approfondit comme un télescope dont on augmente la focale (67).
Ainsi au cours de la progression pédagogique l’ostéopathe est-il amené à écouter simultanément son patient, son corps fluide et l’espace contenu dans la pièce où il se trouve.
Plus tard et plus loin sur son chemin à certains moments lorsque ce conditionnement perceptif tombe c’est la nature comme un grand océan qui semble se déverser dans la pièce dont les murs s’évanouissent.
Plus loin encore la conscience des formes disparaît et c’est la Présence de l’être qui habite son patient, lui-même et la nature qui prend alors pour l’ostéopathe le plus d’importance.
La puissance inhérente perçue à travers le fulcrum des fluides se dévoile comme une présence intelligente, lumineuse et active. Afin de collaborer le plus consciemment et efficacement possible avec cette source vivante de Santé, l’ostéopathe doit laisser se développer en lui une relation de confiance avec cette Présence.
À mesure qu’il apprend à devenir véritablement attentif (68) à la Présence du souffle de vie au sein du patient, il apprend à s’effacer et à connaître, aimer et servir la Santé de son patient. À mesure qu’il s’en remet de plus en plus consciemment et avec foi à cette Présence, c’est elle qui lui prête ses yeux, son intelligence et partage le poids de la responsabilité thérapeutique.
Il peut alors reconnaître que l’homme est fait à l’image et à la ressemblance de Dieu (69) et comme AT Still voir Dieu dans la forme et le visage de son patient.
Ou comme WG Sutherland réaliser que « le grand secret n’est pas de penser à vous, à votre courage ou à votre désespoir, à votre force ou à votre faiblesse, mais de penser à CELUI pour qui vous travaillez (70) ».
Rollin Becker a le mieux témoigné de cette expérience en parlant du travail avec le partenaire silencieux (voir Stillness) à l’intérieur du patient.

Notes

57. e Dr Rollin Becker D.O s’adressant au Dr James Jealous. Témoignage direct du Dr Jealous. « Not start a treatment until the patient’s will had surrendered to the will of the Tide ! » « Ne commencez pas un traitement avant que la volonté du patient ne se soit abandonnée à la volonté de la Marée ».
58. Décrits par l’embryologiste E. Blechshmidt (1904-1992) dans Bioketics and Biodynamics of human différentiation, North Atlantic Books, Reprint 2012.
59. The ontogenetic basis of human anatomy : a biodynamic approach to development from conception to birth.Erich Blechschmidt Brian Freeman. North Atlantic Books 2004.
60. « Quelle est l’utilité de faire bouger les os, les muscles, et les ligaments ? » Et il reconnaîtra : « J’ai alors souhaité arrêter la chasse aux parties et aux détails de la machine, et j’ai placé mon télescope dans une position plus élevée pour obtenir une plus grande connaissance des “comment” et des “pourquoi” du travail de ce produit de l’esprit de l’infini ». AT Still cité par Jacques Andréva Duval.
61. Décrite par R Becker comme un petit train qui revient 6 fois en 10 minutes.
62. http://en.wikipedia.org/wiki/The_Sea_Around_Us, http://fr.wikipedia.org/wiki/Rachel_Carson.
63. « Aujourd’hui les scientifiques regardent l’espace et nous entendons parler de théories atomiques et de physique nucléaire. Espace. Chacun essaie de regarder entre les lignes d’une petite chose avec un microscope très puissant. Avez-vous vu l’espace entre les lignes que vous pouvez trouver ? Espace . Pensez-vous que vous pouvez trouver quelque espace entre les lignes de ce tissu fascial ? Le fasciae lui-même, blanc, de forme inélastique ? Oui, vous pourrez trouver l’espace entre, si vous avez la capacité de regarder entre. Un microscope assez puissant pour voir l’espace entre ». Sutherland 1998, 295.
64. « C’est l’utilisation de l’esprit. C’est l’aptitude à réaliser, à connaître, à expérimenter l’immobilité et cela doit passer par l’éveil et la conscience de l’esprit. » Rollin Becker « Utiliser l’immobilité », trad. et commentaires E. Roche et P. Tricot 2000.
65. « Ceux d’entre nous qui ont eu le privilège d’assister à ses cours alors qu’il abordait ce sujet ont pu vivre l’expérience de toute une classe devenant tout à coup très calme. Il attirait notre attention sur ce phénomène et nous affirmait que cela se produisait régulièrement en cours lorsqu’il était question de cette notion de Potentiel inhérent à la Marée. Cela se produisait spontanément, sans avoir été planifié ni prédéterminé. Ceux qui ont vécu cette expérience ont pu ressentir cette impression de calme, d’immobilité. Le Dr Sutherland nous demandait alors : « Arrivez-vous à ressentir le changement dans le mouvement de la Marée ? » Cela durait un certain temps, puis l’impression disparaissait. Nous parlons donc d’une chose qui se produit au sein d’un mécanisme vital à un certain moment, lorsque tous les éléments nécessaires à son apparition s’accordent pour cela. Cette immobilité s’accompagne-t-elle d’une sensation d’inertie faisant penser à l’absence de vie ou de vitalité ? Non, c’est une chose pleine de vie portant en elle une sensation de force et de Potentiel inhérent. Elle ne peut pas être expliquée parce qu’il n’existe pas de mots pour la décrire, mais elle se produit et elle est bénéfique. » R Becker in « Apaise toi et sache », p 43 de La vie ne mouvement, op.cit., p.58.
66. « Vous n’avez pas besoin de quitter votre chambre. Restez assis à votre table et écoutez .Vous n’avez pas besoin même d’écouter, il suffit d’attendre. Vous n’avez même pas besoin d’attendre, tout simplement d’apprendre à devenir calme, apaisé et solitaire. Le monde s’offrira librement à vous pour être démasqué. Il n’a pas le choix ; il va rouler en extase à vos pieds. ».
67. « J’ai alors souhaité arrêter la chasse aux parties et aux détails de la machine, et j’ai placé mon télescope dans une position plus élevée pour obtenir une plus grande connaissance des “comment” et des “pourquoi” du travail de ce produit de l’esprit de l’infini . » AT Still.
68. Jacques Lusseyran : « À chaque instant je connais du monde juste ce que je mérite d’en connaître. La mesure de ma connaissance est celle de mon désir, de mon attention. Cette fois nous tenons le fil. Et pas seulement le fil d’un objet particulier, mais celui qui noue l’univers et son réseau vivant. L’attention seule commande : c’est elle qui fait l’univers. Je vais donc essayer de rendre ma main attentive, ou plutôt de me rendre attentif à travers elle. Pour cela, il n’est, à ma connaissance, qu’un seul moyen : ne pas transporter les idées de ma tête jusque dans ma main. » Le monde commence aujourd’hui , Paris, Siléne.
Simone Weil : « La capacité de faire attention à un malheureux est chose très rare, très difficile ; c’est presque un miracle, c’est un miracle. Presque tous ceux qui croient avoir cette capacité ne l’ont pas. La chaleur, l’élan du cœur ne suffisent pas. (...) Ce regard est d’abord un regard attentif, où l’âme se vide de tout contenu propre pour recevoir en elle-même l’être qu’elle regarde tel qu’il est, dans toute sa vérité. Seul en est capable celui qui est capable. »Attente de Dieu, Paris, Livre de poche, 1963, p. 85 à 97. Ce livre est télécchargeable à archive.info (format pdf).
69. « But we were taught the truth that man is made in the image and likeness of god , the creator. i think that Dr Still saw that man ; i think you will find him pointing to that man if you will get between the lines and get his thought .That is what i mean by thinking osteopathy , not thinking osteopathically . » WG Sutherland in Contributions of thought, "final lecture", 25 april 1948, p 210 Rudra Press.
« Mais nous avons appris la vérité que l’homme est fait à l’image et la ressemblance de Dieu, le Créateur. Je pense que le Dr Still a vu cet homme, je pense que vous le trouverez désignant cet homme, si vous lisez entre les lignes et saisissez sa pensée. C’est ce que je veux dire en pensant ostéopathie ne pas penser ostéopathiquement. » WG Sutherland in Contributions of thought final lecture, 25 april 1948, p. 210 Rudra Press.
70. Le Dr Sutherland cite ici un texte qui lui fut envoyé pour son soixante dix septième anniversaire. Ce texte est un extrait d’une méditation : Va avec cette force que tu as (juges 6.14) rédigé en prison en 1933 par Philippe Vernier, un pasteur français, qui réclamait une loi sur l’objection de conscience et un service civil en lieu et place du service militaire alors obligatoire. En cellule, il s’astreint à rédiger chaque jour une méditation à partir de sa lecture de la Bible. Souvent, il n’avait pas d’autre papier que l’intérieur des enveloppes des lettres que l’Administration pénitentiaire lui transmettait et un petit bout de crayon qu’il conservait précieusement. Dès 1940, ces textes ont commencé à être publiés à son insu. L’extrait cité par le Dr Sutherland fait partie de la toute première méditation publié dans un recueil intitulé “Avec le Maître” édité par les éditions LLb. 2003. Valence. Cité par le Dr WG Sutherland D.O dans Enseignements dans la science de l’ostéopathie, p.8, « Des connaissances plutôt que de l’information ». Ed 2002 SCTF.


 Le Partenaire silencieux


« Je peux en parler, mais je ne peux pas dire ce que c’est. Je peux seulement dire que mon Partenaire Silencieux, c’est le pur "Je" représentant qui je suis réellement. C’est le même Partenaire Silencieux que le vôtre, le même Partenaire Silencieux que celui qui est dans la pièce et le même Partenaire Silencieux que celui de l’insecte que je vois ramper au sol. C’est le même Partenaire Silencieux et l’accepter, s’en remettre à lui, doit devenir une expérience consciente. Le Partenaire Silencieux n’est pas anthropomorphique, il est lui-même. Il faut juste établir un éveil, une connaissance consciente, mais à la seconde même où vous trouvez quelque chose sur quoi poser votre index mental intellectuel, ce n’est pas lui. Pourtant, c’est quelque chose qui existe ».
« Le Partenaire Silencieux est, et c’est tout ce qu’il y a à en dire. Donc, pourquoi ne pas l’appeler à agir ? Quand à évoquer la manière dont on y recourt, je vous ai donné la meilleure réponse possible, et lorsque je contacte le mien, je n’ai pas plus d’idée sur ce que je contacte que sur l’homme dans la lune. Parce que si je le savais, ce ne serait plus le Partenaire Silencieux. Cela le ferait être une partie de même nature que le monde limité ou tout ce que notre mental peut appréhender. Je le contacte, je m’en remets à lui et c’est aussi simple que cela. Si vous compliquez cela, vous êtes mort. Rien ne se produit. C’est tout ce qu’il y a à faire. » C’est ce qu’évoquait A. T. Still lorsqu’il parlait de : « Dieu, l’esprit de la nature. » C’est à cela qu’il se référait.

Question : cela voudrait dire qu’une partie de notre travail consiste à s’ouvrir à cela, à s’en remettre à Dieu ?
En fait, cela se résume à quoi ou à qui vous vous en remettez. Votre Partenaire Silencieux est un point d’appui ; il est absolument immobile. Il n’y a pas d’énergie en mouvement dans le Partenaire Silencieux, aucune. Il est tout énergie, mais elle n’est pas en mouvement. C’est en fait la source de l’énergie, l’état duquel vient l’énergie. Ce n’est pas de l’énergie en mouvement, c’est un pur potentiel. C’est omnipotent. Il n’y a aucun mouvement et c’est pourtant tout mouvement. C’est, tout simplement, et vous vous en remettez à lui. Sentez la tranquillité qui s’est développée dans cette pièce. C’est la même tranquillité et vous pouvez la ressentir mais ce n’est pas quelque chose auquel vous travaillez. Si vous y travaillez, vous le ratez. C’est une tranquillité vivante dont notre conscience en éveil peut être consciente. Cette conscience en éveil est avec notre grand Esprit, non pas notre petit esprit. La conscience, l’éveil, c’est l’acceptation de quelque chose.
Bien que cela puisse vous paraître ésotérique, c’est une expérience tangible. De temps en temps, lorsque je traite des patients dans mon cabinet, on pourrait prendre la tranquillité régnant dans la pièce, la couper au couteau, et en faire un igloo – ça vous donne une idée de cette tranquillité. Qu’est-ce que ça met en scène ? Je n’en ai pas la moindre idée, pas plus que de qui soigne. C’est là pour rencontrer le besoin de quelque chose qui suit son cours pour cet individu particulier. D’où ça vient et où ça va ? Ce n’est pas important. C’est un mode de vie, un mode de Vie avec un « V » majuscule. Voilà, ce que c’est. Ne le compliquez pas. Vous pouvez dès maintenant contacter votre Partenaire Silencieux, ainsi que celui de quelqu’un d’autre, puis vous en remettre à eux. Tout le monde peut faire ça. Nous avons tous les mêmes ressources.
Il est possible d’apprendre à vivre dans la « présence », comme la nomme Joël Goldsmith, 24 heures sur 24. Mais nous l’oublions sans cesse, distraits que nous sommes par le monde qui nous entoure. Mais, en dépit du fait que nous marchons dans le monde, il est possible de s’abandonner à cette chose avec laquelle il suffit d’établir un contact. Le problème consiste juste à continuer de s’abandonner dans une expérience d’éveil conscient ; cela devient alors une habitude. Il est pratiquement impossible pour nous de le faire en permanence, parce que nous sommes des êtres humains qui vivons ce monde. Je suis fatigué, et en rentrant à la maison, quelqu’un me bloque et je deviens fou. Ainsi, c’est dur de le faire, mais c’est aussi simple que ça, un abandon conscient, personnel, supra-personnel, même, à cette tranquillité qui est une partie de notre être. »
=> Extrait du recueil de textes de Rollin Becker The Stillness of Life, Stillness Press, 2000, pp. 28-39. Traduit par Pierre Tricot, 2011.www.approche-tissulaire.fr/images/stories/fichiers_pdf/rb_partenaire_silencieux.pdf.


 The Stillness of Life


Question : Can you talk about what you call the "Silent Partner’’ ?
Well, if I talk about it,that isn’t what it is . One can only say that the pure "I’’ that represents me is my Silent Partner. It is the same Silent partner as yours , the same Silent Partner that is in this room , and the same Silent Partner the insect I saw walking around has . It’s all the same Silent Partner, and accepting and surrending to it has to become a conscious expercience .The Silent Partner is not anthropomorphic-it is itself. It has to be made a conscious awareness or knowing, but just the second you’ve got something that you can put your mental, intellectual finger on , that isn’t it . But still it is something that is.
The Silent Partner can deliberately be appealed to or contacted on one-on-one basis .why and how it works,I don’t know , and if I did know , that wouldn’t be it . It’s easier to demonstrate than it is to talk about . right now I’m going to contact mine , and while keeping an awareness of mine, I’ll contact yours. Now, I’m going to quit .If I contact yours and then quit contacting yours , I haven’t changed it one way or the other. But it’s more than an ordinary contact . Can you feel the difference ? It is instant communication. And all that you are aware of is not it .
Througt its transmutation , it has aroused an electrical potential, and I am aware of the system working in your body . I am not aware of the system working in your body .I am not aware of the exact details, but I am aware of something going on within you because it has been activated. By what ? The only source of power there is –the Cause. I contact the Cause first. Why do I contact the Cause first ? because I also am Cause .If you are going to be a patient of mine, and I can for the short period of time you’re going to be with me, then why not play whith the Boss instead of playing with the secretary ?
When you have contacted a patiet in this way , you have not taken on the responsibility for that person with that contact . You are simply tring to say to that individual, “Look, Boss, you’re already Boss in that area, and I know that when you do your work, you’re going to do it just exactly the way you want it done . Now I would like you to wake up and do that work , although I’m not going to sit here and watch you do it” I approach it this way , because your Boss is far more knowledgeable and efficient than I am for whatever problem you’ve come to me for .I’ve aroused its antennae , and I’m asking it to go to work. But I’m not going to dictate how it’s going to do its work, and it isn’t up to me to sit there and watch it or concentrate on it .The quicker you can get away from it and just go back to pure surrender, the better.
All right, let’s take this one step further .L’ll contact my Silent Partner , then I’ll contact yours, and then I’m going to surrender to it .Something happened didn’t it ? There ‘s a difference .All of sudden , you have the same process working for you , and I’ve lost my responsibility for it . It’s going to be working , and now it’s my job to get in there and do what I’ve got to do . See ? You can talk about it , but there’s nothing to talk about.
One thing you have to get over is idea of relating to problems. Just like when we said the body isn’t thre point , it’s also the case that disease is not the point . If you relate to problems, or you think about things in terms of problems , then all you’ve got are problems. All you have is one effect on top of another effect .You never get to the cause. So forget about problems.
The silent Parner is and that’s all there is to it . So why not call it to action ? When you get to talking about how to use it ,I have given you the simplest answer that there is to give , and I haven’t any more idea when I’m contacting mine what I’m contacting than I know about the man in the moon . Because if I did know , then it wouldn’t be a Silent Partner . That would be making it part of the same limited-effect world that everything else our mid can touch is .I’m contacting it and surrendering to it –it’s as simple as that . If you make it any more complicated , you’re dead –nothing’s happening .That’s all there is to it. That’s what A T Still is talking about when he says, "God, of the mind the nature". That’s what he refering to.

Question : So it seems like part of our job is to open to that , to surrender to God ?
Actually it boils down to what do you surrender to now ? Your Silent Partner is a fulcrum point ; it’s absolutely still. There’s not energy in motion in the Silent Partner, none.It’s all energy , but it’s not a motion . Actually it is the source of energy, the state from which energy comes . Itisn’t energy in motion ,it’s just pure potency .It’s omnipotent .there is no motion , and yet it’s all motion .It just is , and you surrender to it . Feel the stillness that has developed in this room.It’s the same stillness . Can you feel it ? It’s all the same stillness , and you can feel it , but it’s not something that you work at. If f you work at it ,you’re missing it .It’s living stillness that our conscious awareness can be aware of . This conscious awareness is with our big mind , not our little mind. Awareness is the acceptance of something.
While this may sound esoteric , it is a tangible experience .Once in a while when I’m treating patients in my office , you can take thez stillness in that room, cuti t with a knife , and make an igloo out of it-it gets that quiet.What brings it on ? I haven’t any idea , and who cares ? It is there to meet the need for something that going on for that particular individual. Where it comes from and where it disappears to is not important. It’s a way of life, a way of life with a capital "L" So that’s what it is .Don’t make it complicated.You can contact your own Silent Partner right now , and you can contact someone else’s and then surrender to theirs . Everybody can do it ; we all have the same source.
It is possible to learn to live in the "presence’’, as Joel Goldsmith calls it , 24 hours a day . But , we’re always forgetting this , being distracted by the world we’re walking around in.But it’s possible , in spite of the fact we’re walking through this world , always to be in constant surrender to this thing you just made contact with . It’s simply a matter of continuing to surrender as a conscious awareness experience , and it gets to be a habit . It is pratically impossible for us to do this always because we’re human being and live in this world.I get tired, and while I’m driving home , someone cuts me off and I get mad . So it’s hard to do it , but it’s as simple as that-a conscious, personal, even super-personal surrender to this stillness that’s part of our being.
=> Becker Rollin The Stillness of life Edited by Rachel E Brooks,MD 2000 Stillness Press p 28-31 extract from Ann Arbor Seminar.

Là, l’ostéopathie s’arrête et commence la guérison
spirituelle et le domaine privé de la Foi.


 Conclusion


Pour conclure, l’ostéopathie est donc pour moi une médecine et une philosophie clinique à la fois mécaniste, vitaliste et spiritualiste. C’est une véritable science, un chemin et un enseignement traditionnel balisant les différentes étapes et obstacles que l’ostéopathe doit traverser dans l’approfondissement conscient de sa perception et ce afin de parvenir à la puissance thérapeutique nécessaire pour servir au mieux la Santé de ses patients.
Emmanuel Roche, DO


 L’auteur


Emmanuel Roche, D.O. (Dijon, France)
Site : http://dijon.osteopathie.org/emmanuel-roche/
À l’origine, ce texte a été rédigé dans le cadre d’un “cercle de réflexion universitaire informel sur les fondements de l’ostéopathie’’ qui a rassemblé en 2010 des enseignants chercheurs de l’université catholique de Lyon et de l’université de Bourgogne.
Ce texte a ensuite été utilisé dans différents contextes et a donc connu plusieurs versions. La présente version a été révisée pour le Site de l’Ostéopathie en juillet 2014.
Une version raccourcie de cet article traduit en anglais a contribué au Embodied Mind Project 2013 et est disponible à cette adresse . www.percro.org/embodied2013/
Une version est publiée sur le site du ROF (format pdf).


 Jacques Lusseyran (1924-1971)


Devenu aveugle suite à un accident à l’âge de 8 ans témoigne de l’existence d’un tel espace et d’une lumière intérieure lui donnant par vision attentive une connaissance profonde des êtres et des choses : extraits de Et la lumière fut et de Le monde commence aujourd’hui.
« Je voyais encore. L’opération ne se produisait plus par l’intermédiaire de mes yeux, cela est vrai. Mais elle se produisait. Elle avait lieu au-dedans de moi, dans un espace intérieur qu’il est difficile de circonscrire, mais, après tout, ni plus ni moins que l’espace extérieur. J’insiste. Toute chose qui venait à ma rencontre était aussitôt vue, vue et non touchée ou entendue. Elle se dessinait, prenait forme et couleur sur un écran interne. Et cela, sans que je fisse rien, pour déclencher le phénomène. Au reste comment aurais-je fait quoi que ce fût, moi qui n’avais encore que huit ans. »
« Voir, c’est un acte fondamental de la vie, un acte indéchirable, indestructible, indépendant des outils physiques dont il se sert. Voir, c’est un mouvement que la vie fait en nous, avant les objets, avant toute détermination extérieure. Avant les objets, et après eux si, par accident, les instruments matériels de la rencontre viennent à manquer. C’est au-dedans de vous que vous voyez. »
« Ce qui doit être simplement compris c’est que le fait de voir n’est pas seulement le travail des yeux. La capacité de voir doit exister avant que son instrument physique, les yeux, puisse agir. Aussi longtemps que les hommes oublieront ce fait, ils ne feront que rencontrer l’illusion et l’échec. Ils seront impatients. Ils voudront voir de plus en plus. Et ils ne sauront plus qui est celui qui est confronté avec une telle masse d’impressions et les voit. »
« Tous nos sens à mon avis se joignent en un seul. Ils sont des étapes successives d’une perception unique et cette perception est toujours une perception de toucher. C’est pourquoi l’ouïe peut remplacer la vue et la vue peut remplacer le toucher. Ainsi aucune perte n’est irréparable. À partir de là, je me demande si ce que nous appelons attention ne pourrait pas être la forme psychologique de ce contact fondamental, une forme basée sur le ressenti autant que sur l’intellect. En d’autres mots, l’attention ne pourrait-elle pas être une sorte de toucher ? »
« À chaque instant je connais du monde juste ce que je mérite d’en connaître. La mesure de ma connaissance est celle de mon désir, de mon attention. Cette fois nous tenons le fil. Et pas seulement le fil d’un objet particulier, mais celui qui noue l’univers et son réseau vivant. L’attention seule commande : c’est elle qui fait l’univers. Je vais donc essayer de rendre ma main attentive, ou plutôt de me rendre attentif à travers elle. Pour cela, il n’est, à ma connaissance, qu’un seul moyen : ne pas transporter les idées de ma tête jusque dans ma main. »

Bibliographie de J. Lusseyran

- Et la lumière fut, Paris, Le Félin, 2005
- Le silence des hommes, La Table ronde, 1959 (épuisé)
- Georges Saint-Bonnet, Maître de joie, éditions A.G.I 1964
- Ce que l’on voit sans les yeux, éditions A.G.I 1977.
- La lumière dans les ténèbres, Editions Triades, 2002
- Conversation amoureuse. De l’amour à l’Amour. Éditions Triades 2006
- Le monde commence aujourd’hui, Paris, Silène 2012

=> Source de l’image : www.l-illusion-du-handicap.com/article-jacques-lusseyran-un-homme-aveugle-voyant-45584803.html..


 La Phénoménologie


« À la fin du XIXe siècle, apparaît un courant philosophique connu sous le nom de Phénoménologie. Husserl (1859-1938) pose les fondements de ce courant ; Merleau-Ponty (1908-1961), dans la lignée de Husserl, sera le philosophe prépondérant du courant phénoménologique.
La phénoménologie montre l’absurdité de la scission entre le monde extérieur et la conscience intérieure. Il définit une interaction permanente entre l’environnement et l’homme. Merleau-Ponty donne à la perception un statut éminent ; l’expérience vécue est primordiale, elle est l’opération par laquelle se noue la relation de l’homme au monde.

Notons que la science positiviste du XIXe siècle avait relégué les perceptions à un niveau secondaire, car elles menaient à l’erreur. Cette science se fonde sur des exemples, tels que le phénomène de la terre qui tourne autour du soleil, alors que nos perceptions nous mènent à la déduction inverse. Néanmoins ils ne rejettent pas les informations reçues par les sens, mais l’esprit doit retrouver la vérité au-delà des perceptions.

Pour Merleau-Ponty, l’homme qui observe le soleil tourner autour de la terre, constitue une réalité, mais c’est une vérité relative. Pour Merleau-Ponty, la perception éveille l’attention ; l’attention développe la perception et l’enrichit. Il souligne également que la sensation présuppose les sédiments d’une constitution préalable, ce qui signifie qu’elle nécessite un référentiel. » Isabelle Schmidt, Mémoire 2001 : « Évolutions des perceptions chez W.G Sutherland  ».


 Holisme


Dans un article très récent du Journal of International Médecine (1), le Dr Steve Paulus D.O, qui est sans doute le meilleur spécialiste américain actuel de l’œuvre de AT Still, décrit « les principes fondamentaux de la philosophie ostéopathique » et pose comme principe premier :Les êtres humains fonctionnent de manière holistique dans un état dynamique d’unités interconnectées.

Stephen Paulus, Les principes au cœur de la philosophie ostéopathique

Le terme "d’holisme” n’a pas rejoint la terminologie avant 1926 et n’a pas été communément utilisé avant les années 1960. L’holisme est basé sur la philosophie d’Aristote qui stipule que « le tout est plus grand que la somme de ses parties ». Le concept d’holisme est, dans son essence, une loi de la nature. C’est l’expression de l’équilibre écologique pour les êtres humains intégrés à leur environnement. D’une manière très proche d’Aristote, Still parle d’holisme lorsqu’il affirme que « Nous regardons le corps dans son état de santé comme signifiant une perfection et une harmonie, non pas comme une partie, mais comme un tout ».Le concept d’holisme imprègne l’ensemble du travail de Still et c’est un élément indispensable à la philosophie Ostéopathique de base. Voici de nombreux termes correspondants, ou mots clés, qui ont été identifiés comme se référant à l’holisme et que Still utilisait : 

Unité interconnectée, harmonie, le tout, la totalité de l’être, corps entier, système entier, un tout commun, le corps humain comme un tout, perfection et harmonie du corps entier, corps fonctionnant de manière unie, la globalité avec une action harmonieuse, combinaison harmonieuse, unie dans la forme, pas une partie mais le corps entier, complet dans sa forme, universalité du fascia, harmonie mécanique, l’homme dans sa forme complète, et équilibre normal.

L’expression la plus fascinante dans la perception de l’holisme par Still est celle de l’unité interconnectée. Ce terme est enfoui dans un obscur paragraphe de Philosophie et Principes Mécaniques et le concept est en résonnance avec la façon dont Still met l’accent sur l’harmonie, la plénitude, l’universalité, "l’en-équilibre’’, l’équilibre des forces , et l’interconnexion des systèmes

Still, A. T. (1892) Philosophy and Mechanical Principles of Osteopathy, Kansas City, Missouri : Hudson-Kimberly Publishing Co ; (Reprinted Kirksville, Missouri : Osteopathic Enterprises ; 1986). Bateson, Gregroy, La Peur des anges, Paris : Seuil, 1989. 2-02-010893-3. pp. 242-246.

1. Stephen Paulus, Les principes au cœur de la philosophie ostéopathique. Article paru dans l’International Journal of Osteopathic Medicine, Volume 16, Issue 1, pages 11-16, Mars 2013.


 La Dysfonction


On ne parle plus actuellement de lésion ostéopathique. Cette notion a été remplacée en 1981 par la notion de dysfonction somatique : voir à ce sujet l’excellent article de Zachary Comeaux : Somatic Dysfunction – A Reflection on the Scope of Osteopathic PracticeArticle paru dans l’AAO JOURNAL - Volume 15 - N°4 - Décembre 2005 . La Dysfonction Somatique – Une réflexion sur le champ d’application de la pratique ostéopathique. Auteur : Zachary COMEAUX (December 2005) Traduction : Jean-Hervé Francès Ostéopathe (DO MROF) Le Bono le 30 Janvier 2006.

« La définition actuelle de la dysfonction somatique est la suivante : Dysfonction Somatique : fonction compromise ou modifiée dans ses composants somatiques (structure corporelle) : structures squelettiques, articulaires et myofasciales, et leur composants vasculaires, lymphatiques, et neurologiques connexes. La dysfonction somatique est prise en charge par le biais du traitement Manipulatif Ostéopathique (OMT) La meilleure façon de décrire une dysfonction somatique consiste à définir au moins un de ces trois paramètres, relatifs au positionnement et à la mobilité. La position d’un élément du corps, déterminé par palpation, par rapport à une structure contiguë déterminée. Les directions dans lesquelles le mouvement est libre Les directions dans lesquelles le mouvement est restreint Voir aussi : T.A.R.T. et aussi : S.T.A.R.

La définition originale de 1981 diffère de celle-ci uniquement dans son renvoi final : « Voir aussi lésion (complexe de la Lésion ostéopathique) ». La définition affiche un parti pris clair pour le système mécanique musculosquelettique. Bien que la définition la plus précoce reflète la vision de nombreux individus et organisations impliqués dans l’enseignement de l’Ostéopathie, ce sont essentiellement les travaux de réaffirmation du Comité d’Assistance de l’Hôpital de l’Académie d’Ostéopathie Appliquée présidée par Ira Rumney, DO. (Rumney I., 1969) qui l’emportent. De manière préemptive, le comité avait mis en place les définitions des diagnostics et traitements ostéopathiques, destinés à être inclus dans l’adaptation pour le milieu hospitalier de la Classification Internationale des Maladies, issue d’un effort international continu dans le but d’identifier et de définir le soin médical approprié. Sans cette initiative, la profession ostéopathique aurait accepté les définitions et diagnostics, avec leurs numéros de codes associés, imposés de l’extérieur à la communauté ostéopathique. Les compagnies d’assurance et un public critique exigeant des critères spécifiques permettant de définir un service, la définition de la dysfonction somatique fut mise sur pied dans ce but. Cette mise en œuvre fut donc motivée par des impératifs économiques médicaux.

Au sujet de la dysfonction, voir le dossier complet sur ce sujet par P. Renaudeau : La lésion ostéopathique [Note du Webmestre]


 Le Vitalisme


Le vitalisme est une tradition philosophique pour laquelle le vivant n’est pas réductible aux lois physico-chimiques1. Elle envisage la vie comme de la matière animée d’un principe ou force vitale, qui s’ajouterait pour les êtres vivants aux lois de la matière. Selon cette conception, c’est cette force qui insufflerait la vie à la matière.

En biologie, ce cadre théorique revient régulièrement dans l’histoire des sciences. Au sens strict, le terme désigne l’école de Montpellier (Paul-Joseph Barthez (1734-1806)).

Selon André Lalande (1897-1963), « le vitalisme est une doctrine d’après laquelle il existe en chaque être vivant un principe vital, distinct à la fois de l’âme pensante et des propriétés physico-chimiques du corps, gouvernant les phénomènes de la vie ». Le vitalisme est donc le mouvement philosophique qui tend à poser un concept immanent dont le fondement est la conciliation du matérialisme d’avec l’idéalisme ; tous deux pris dans leur vision grossière : le prima de la matière ou le prima de l’esprit sur le sens des choses. Le vitalisme est une alternative à toutes sortes de dichotomies, qui, toujours selon André Lalande, sont des facilités philosophiques. C’est aussi ce qu’on appelle un monisme.

Voir également «  Repenser le vitalisme  » sous la direction de Pascal Nouvel. Puf science histoire et société.

Source : Wikipédia


 L’approche tissulaire, point de départ


Citons Rollin Becker :

Les cellules ont deux choses en commun : une philosophie et un but.
Leur philosophie est universelle, non spécifique.
A ce niveau, toutes obéissent aux mêmes lois.
C’est au niveau du but qu’elles sont spécifiques.
En tant que praticiens ostéopathes, nous acceptons la spécificité de leur but
Nous travaillons avec leur universalité. [1]

Philosophie cellulaire ?

Quelle peut bien être la philosophie d’une cellule, son essentiel, si ce n’est simplement : être ?
Et parler d’être, n’est-ce pas parler de conscience ?
Evidemment, au niveau du système corporel, il s’agit de consciences élémentaires.

Les techniques tissulaires travaillent selon le concept
que toute structure vivante est consciente
et mettent en application ce principe pour aider les tissus vivants en difficulté.

Corps vivant, corps conscient

Voilà l’hypothèse à partir de laquelle s’est développée l’approche tissulaire en ostéopathie.

- Concevoir le système corporel comme conscient oblige le praticien à modifier complètement sa manière de l’aborder : d’objet sur lequel agir, il devient sujet avec lequel communiquer.
- Le système corporel n’est pas seulement conscient, il est également extraordinairement complexe. Reconnaître, accepter, composer et communiquer avec cette complexité oblige à collaborer avec le vivant pour l’aider à recouvrer harmonie et santé.
- En s’adressant au vivant comme à une conscience le praticien englobe et unifie le système corporel.

Cette approche prend sa source en même temps qu’elle fonde la philosophie d’A. T. Still et de W. G. Sutherland qu’elle éclaire d’un jour nouveau, mettant en lumière la pensée visionnaire et le génie des deux hommes.

Deux livres traitent de l’approche :

Approche tissulaire de l’ostéopathie - Livre 1 (octobre 2003)
Approche tissulaire de l’ostéopathie - Livre 2 (avril 2005)
Publiés chez Sully, ils décrivent en détails la philosophie, la théorie et la pratique de l’approche.

Source de l’encadré : Site de Pierre Tricot : Approche tissulaire - Point de départ.


 Walter Russell


« Walter Russell (1871-1963) fut un autodidacte (il quitta l’école à dix ans) particulièrement réussi dans de multiples domaines : peinture, sculpture, architecture, science physique et philosophie. “ En 1921 pendant presque un mois, il vécut une expérience mystique d’illumination qui lui révéla comment l’univers a été créé. ” (Clark, 1996, 34). Russell a passé le reste de sa vie à mettre en oeuvre et à transmettre les lois universelles dont il avait reçu la révélation. Son oeuvre écrite exprime cette connaissance sous forme de textes vulgarisateurs The Secret of Light (1947), scientifiques : A New Concept of the Univers (1953) et même épiques : The Divine Iliad (1948). Proche de Franklin Roosevelt et de Paderewski, il fréquenta des personnages éminents de son époque : Rudyard Kipling, Thomas Edison, George Bernard Shaw et beaucoup d’autres. Ses peintures lui valurent une renommée internationale, ses sculptures ornent les parcs des plus grandes villes d’Amérique, les appartements qu’il a conçus et construits font partie du patrimoine architectural de la ville de New York, tandis que nous profitons aujourd’hui encore de ses trouvailles en matière d’immobilier. Il fut également à l’origine de découvertes scientifiques majeures (Clark, 1996).

D’après Robert Fulford, il attira particulièrement l’attention sur la Loi de l’Équilibre : « La loi universelle d’équilibre est le principe d’échange égal entre toutes les choses en création préservant à la fois l’unité et la continuité de l’Univers. L’équilibre est le principe de l’unité et de l’identité. De lui vient la stabilité. L’échange équilibré est le principe d’égalité de distribution entre des paires d’opposés mobiles et non équilibrées. L’échange rythmique et équilibré constitue le principe de la continuité de l’effet. La loi de l’équilibre est la loi d’amour sur laquelle l’univers est fondé, par conséquent, le principe fondamental de la nature, et l’échange rythmique équilibré est la note dominante de son expression à travers l’action » (Fulford, 1979). »

Extrait du très intéressant article de François Bel D.O : « William Garner Sutherland a-t-il été influencé par Walter Russell ? » publié dans la revue Apostill – Journal de l’Académie d’Ostéopathie- N°6 – Mars 2000.


Télécharger l’article d’Emmanuel Roche :
Introduction à une phénoménologie de la perception ostéopathique dans le champ crânien

(format PDF, 397.4 ko)


Introduction à une phénoménologie de la perception ostéopathique dans le champ crânien
Emmanuel Roche

Le L’Ostéo4pattes-Site de l’Ostéopathie remercie notre confrère, Emmanuel Roche, de nous avoir autorisé à publier ce travail.



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