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Hommage à Thomas George DUMMER, DO.

Créé le : mercredi 20 octobre 2021 par Philippe Brousseau

Dernière modificaton le : mercredi 20 octobre 2021

Hommage à Thomas George DUMMER, DO. - Specific Adjusting Technic / S.A. T. 

Article paru dans ApoStill n° 5 – Janvier 2000, p. 59-63 - Reproduit avec l’autorisation du Président de l’Académie d’Ostéopathe de France - Académie d’Ostéopathie de France


AUTEUR


Philippe Brousseau a été l’élève et l’ami de Tom Dummer. J. O. Dummer, épouse de ce dernier, l’a aidé à mettre en forme cet article et c’est avec son autorisation qu’il nous présente ce portrait de T Dummer et de Parnell Bradbury, tous deux aujourd’hui décédés. Nous la remercions tout particulièrement pour l’aide qu’elle a bien voulu apporter. Ce travail se veut une introduction à la Technique d’Ajustement Spécifique, et un hommage à Tom Dummer qui nous a quitté le 17 mai 1998.

Philippe Brousseau a débuté sa carrière professionnelle comme kinésithérapeute. Il entreprendra des études d’ostéopathie, d’abord à l’Institut de psychocinésiologie et d’ostéopathie en France, pour être ensuite diplômé de l’École européenne d’ostéopathie (EEO/ESO) à Maidstone (G.-B.). Enfin, il est certifié et membre du John Wernham College of Classical Osteopathy (Maidstone, G.-B.). Outre une activité d’enseignant, après douze ans d’exercice comme ostéopathe en Loire-Atlantique, il est actuellement installé à Barcelone depuis 1996


THOMAS GEORGE DUMMER, DO.


Specific Adjusting Technic / S.A. T. 

Si Parnell Bradbury fut l’un des premiers à contester le dogme des disciples de John Martin Littlejohn concernant les lésions primaires des sacro-iliaques, Tom Dummer, ex-principal de l’École européenne d’ostéopathie de Maidstone, sut développer, dans la plus pure tradition stillienne, le concept d’un traitement minimum qui s’adresse plutôt aux vertèbres atypiques que sont Cl, C2, C3, L5 et au sacrum, et donner priorité aux lésions positionnelles traumatiques. Sur la fin de sa vie, il s’intéressa plus particulièrement aux Techniques Fonctionnelles et à leurs adaptations, donnant à cette approche des perspectives d’avenir intéressantes.

Qu’est-ce que le SAT ?

Nous commencerons en précisant ce qu’est le « SAT » à travers la littérature ostéopathique :

Le traitement a minima est recherché ; à ce sujet beaucoup d’auteurs contemporains de Still, ont rapporté qu’il traitait a minima. Il a d’ailleurs déclaré : « Find it, fix it and leave it alone. »
L’attention portée à l’élément positionnel diverge de l’habituelle importance accordée à la perte de mobilité :

« En technique, nous tentons de suivre les méthodes du Docteur Still, c’est-à-dire, obtenir le point de relâchement, sans mouvement, puis permettre aux agents naturels de ramener les pièces osseuses dans leurs relations et positions normales. »

L’approche et la technique sont résolument fonctionnelles :

« L’application que fait le Dr Still de la technique est une exagération douce de la lésion permettant aux agents naturels de ramener les éléments osseux à leur place. » (Sutherland, 1967).

Historique de la technique fonctionnelle

Le docteur Andrew Taylor Still identifia des dysfonctions somatiques par une approche manuelle. Il fut l’un des premiers à intégrer efficacement les domaines fonctionnel et structurel dans le concept de santé et de maladie.

Le terme de « technique fonctionnelle » a d’abord désigné la thérapie ostéopathique en elle-même. Puis, Still, Fryette père et Hoover ont essayé de trouver des justifications à l’approche fonctionnelle, ou « ostéopathie », en utilisant des terminologies structurelles.

Le docteur Irvin M. Korr remarque que la dysfonction somatique, nommée jusqu’alors lésion ostéopathique, possède un support neurologique. Une nouvelle conception du terme technique fonctionnelle est en train de naître et ce concept va évoluer diversement selon les écoles jusqu’à nos jours.

Curieusement, le docteur Tee, Parnell Bradbury, puis Thomas Dummer, émirent l’hypothèse de l’existence d’un médiateur chimique. Là encore, on retrouve l’idée que l’ajustement serait le déclencheur de phénomènes physiologiques. Tom Dummer avait déjà intégré que la réponse adaptative était sous la dépendance du système neuro-immuno-endocrinien et mis en place son approche fonctionnelle telle que nous la connaissons.

Les hommes

Parnell Bradbury

Parnell Bradbury

Parnell Bradbury est né le 14 janvier 1904. Ce fut un ostéopathe hors du commun et un écrivain prolifique, acteur et compositeur de pièces de théâtres dont certaines sont encore jouées en Grande-Bretagne. Il est, entre autre, l’auteur de Healing by hand (Chiropractic, 1957), Adventures in healing (Ostéopathie et Chiropraxie, 1965), The mechanics of healing (Spinologie, 1967), The role of the chemical mediator.

« P.B. », ainsi que l’appelait son entourage, fut prothésiste dentaire avant d’être diplômé en ostéopathie à la British School of Osteopathy (BSO) de Londres à la fin de l’ère de John Martin Litllejohn. Il fut fasciné par le hole in one [La dimension holistique du « tout en un ».] de la technique d’ajustement spécifique des cervicales supérieures de B. J. Palmer.

En opposition à Littlejohn et à son école, il prôna que la lésion primaire pouvait être repérée aux deux extrémités du complexe rachidien et postula que ces lésions étaient souvent positionnelles. Jusqu’alors, la littérature ostéopathique n’avait pas souligné l’importance des vertèbres atypiques de la région cervicale haute et de la région lombo-sacrée qui, de par leurs caractéristiques, prédisposaient à de telles lésions lorsqu’elles subissaient des forces macro traumatiques. Il n’avait pas plus été souligné qu’une approche différente s’imposait.

Sur la fin de sa vie, Parnell Bradbury développa une forme bien particulière d’ajustement spécifique. Tom Dummer releva ce fait intéressant : « Il existe une similitude entre l’ostéopathie pratiquée selon le principe de Still, "Find it, fix it, and leave it alone", et le modèle de l’ajustement spécifique proposé par Parnell Bradbury. Ou, autrement formulé, Parnell Bradbury a redécouvert le modèle originel du traitement minimal. Bien sûr, l’histoire montrera d’autres exemples de ce phénomène. »

Thomas George Dummer

Thomas George Dummer

Thomas George Dummer est né en 1915. Il débuta sa carrière professionnelle dans les années trente, comme pianiste de jazz (Cf. photographie p. 59). Son engouement pour l’ostéopathie résulta de sa rencontre avec Ronald Leish, ostéopathe DO.MRO et naturopathe. En 1952, il reçoit son diplôme en naturopathie et l’année suivante, celui d’ostéopathe délivré au British College of Naturopathy (BCN), devenu depuis le British College of Naturopathy and Osteopathy (BCNO).

De 1957 à 1965, il enseigne à l’École française d’ostéopathie, fondée par Paul Geny en 1951, et qui sera transférée en Grande-Bretagne pour devenir en 1974, l’actuelle École européenne d’ostéopathie (EEO/ES0). Il en fut le cofondateur en assura la charge de Principal jusqu’en 1987. Durant cette période d’intense activité politique et académique, il ne cessera de pratiquer l’ostéopathie tout en assumant entre autre les responsabilités de membre fondateur de la Société d’ostéopathie, de membre du Registre des ostéopathes, de Président de la British Naturopathic and Osteopathic Association, de membre du Board of Governors de la BCNO, puis de l’ESO, de membre de la Société des auteurs ; il sera diplômé honoris causa du Collège d’études ostéopathiques de Montréal (Canada).

En 1977, il se rend à Dharamsala pour réaliser un vieux rêve : étudier la médecine tibétaine. Profitant pleinement de ses expériences auprès des docteurs tibétains et de l’actuel Dalaï Lama, il écrit à son retour Médecine tibétaine et thérapies holistiques, traduit en anglais, français et japonais. Ce livre vient s’ajouter à ses nombreuses autres publications telles que Out of fringe (Max Parrish,1963), Specific Adjusting Technic disponible en anglais, français, allemand et très bientôt en espagnol, Textbook of Osteopathy, publié en anglais, français, allemand et espagnol, et A Vajrayana Student’s Notebook.

Jusqu’à ses derniers jours, il n’a cessé de pratiquer l’ostéopathie et d’assister ses élèves les plus proches. Il examina et expérimenta toutes les tendances de l’ostéopathie pour finir par privilégier l’approche fonctionnelle.

Perspectives d’avenir fondées sur le passé

L’évolution de l’ostéopathie a connu quatre étapes :

- La première, totalement holistique, conçue par Still comme un système alternatif à la médecine allopathique de l’époque, et peut-être, telle que nous la concevons aujourd’hui ;
- L’ère mécaniste qui se termine vers 1950 et qui connaît aujourd’hui quelques résurgences ;
- L’ère fonctionnelle consécutive aux travaux et enseignements de William G. Sutherland ;
- Le retour aux sources, enrichi par cent ans d’évolution et de mutation.

Ces inévitables aller et retour vers les opposés démontrent le dynamisme d’une vie à la recherche constante de son point d’équilibre, jamais durablement atteint. La quatrième étape n’échappe pas à cette règle. Elle correspond à un nouveau départ. Au XIXe siècle, A. T. Still mit en place les principes de l’ostéopathie. Au XXe siècle, période où la science tente d’expliquer chaque chose matériellement, les contemporains de Still et ses successeurs, ont développé l’ostéopathie selon un concept mécaniste influencé par la pensée orthopédique, orientant diagnostic et technique dans ce sens. Le recentrage débute avec la troisième période, celle de Sutherland. La quatrième période bénéficie des synthèses ultérieures et exprime l’apogée d’approches holistiques comme celle du SAT, bien que son appellation puisse a priori sembler réductrice du concept. Poser des limites de cette période serait par trop réducteur.

La technique d’ajustement spécifique (Specific Adjusting Technic)

Les 3 unités impliquent toutes les biomécaniques et reflètent les physiologies.

Avant d’aller plus loin, j’aimerais formuler quelques remarques. D’abord la proposition de ne pas vous arrêter aux termes utilisés, car nous nous sommes appliqués à conserver ceux de nos maîtres ! J’insisterai également sur l’utilisation de la physiologie comme premier outil scientifique. Elle est nécessairement multidisciplinaire puisqu’elle concerne à la fois la structure et la fonction. Alors que certains tentent encore de dissocier l’âme et le corps, le rapprochement de la psychologie et des neurosciences a permis de renouveler l’examen des fonctions cérébrales en suivant des paradigmes complexes. Ceci est à souligner si l’on veut comprendre toutes les facettes d’un ajustement qui sollicite les perceptions. Le toucher joue un rôle particulier, car il révèle la richesse des interactions multi-sensorielles et permet des prolongements que justifie la neurophysiologie (Berthoz, 1997).

La lésion positionnelle se définit par

- Sa spécificité : comme nous l’avons fait remarquer dans l’introduction, elle concerne les vertèbres atypiques, à cause de leurs caractéristiques anatomiques, mais également à cause de leur physiologie, qu’elle soit articulaire - et nous n’oublions pas ici la biomécanique de Littlejohn, neuroendocrinienne ou posturale - entendue dans le sens de l’activité tonique posturale (Capman, Favre, 1998).
- Sa position : la technique ostéopathique dans son application classique se préoccupe plutôt de rendre la mobilité, mais sans considérer étroitement l’élément positionnel. La technique Bradbury/Dummer est une adaptation de la technique ostéopathique dans laquelle la priorité a été réévaluée et se porte sur la normalisation des lésions positionnelles qui répondent à des forces macro traumatiques, principalement de la tête et du bassin.
- Les points clefs de son diagnostic : l’anamnèse ostéopathique, avec recherche du whiplash ; la palpation à la recherche d’une lésion positionnelle avec examen des trois unités (fig. 1) ; l’examen radiologique positionnel, très différent de l’examen médical ou chiropratique.

Son ajustement

- Principes : il procède d’une représentation mentale de la lésion couplée à une intention thérapeutique, dans le but de rendre au mouvement son amplitude normale. Ses caractéristiques sont l’orientation fonctionnelle, le positionnement du patient, la visualisation, la haute vélocité et l’utilisation du recoil et du toggle.

- Technique : l’ajustement cervical, en position assise ou en décubitus ventral, et le toggle sacré ont un caractère non traumatique.

- La technique fonctionnelle convient au déroulement des lésions positionnelles qui, en raison de la pathologie, ne peuvent être ajustées. La reproductibilité des schémas lésionnels, des déroulements thérapeutiques et des réactions cliniques, bien souvent psycho-émotionnelles, rend compte de son caractère holistique, mais également scientifique.

Cas clinique

Fig. 2 et 3 - Sylvie C., 26 ans, whiplash.

Nous réduisons volontairement ici le protocole radiologique pour cette introduction du SAT et la nomenclature C3/C2 est consciemment différente de l’écriture classique.

Tom Dummer aimait évoquer l’ostéopathie de l’an 2000 en ces termes : « Il nous faut adopter une attitude préventive ; nous ne devons pas traiter des symptômes ou des douleurs, ou des parties du corps, ni même le système musculo-squelettique, mais des personnes. »

Aux étudiants, il avait coutume de dire : « Étudiez d’une manière complète, sérieuse et d’un point de vue moderne, comment chaque patient maintient son homéostasie, et appliquez-le cliniquement aux principes de notre père, Andrew Taylor Still. » Ou encore : « En première intention, adoptez toujours une approche holistique adaptée 0 la situation clinique, à la personne et à son environnement. »

« Maintenant que je suis vieux, sage et éprouvé, la vie me semble une valeur positive et je ne peux pas me plaindre » fut encore l’un de ses mots. Dans les quinze derniers jours de sa vie, il nous confia que, malgré son engagement spirituel, il considérait la vieillesse comme une bien dure épreuve et qu’elle constituait un champ d’application trop peu exploré par l’ostéopathie.


RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES


Berthoz A., Le sens du mouvement, Odile Jacob, Paris, 1997.
Bradbury Parnell, The mechanics of healing, Peter Owen, Londres, 1967, 98 p.
Bradbury Parnell, « The problem of the deficiency syndrome », in Year book 1958, The Maidstone College of Osteopathy, p. 61.
Brousseau Philippe, « Les fonctions oro-faciales, leur incorporation dans un schéma holistique », mémoire d’ostéopathie, European School of Osteopathy, 1992, p. 115-119.
Ceccaldi A., Favre J.-E, Les pivots ostéopathiques, Masson, Paris, 142 p.
Ceccaldi A., Moreau G. H., Bases biomécaniques de l’équilibration humaine et orthèse podologique, Compiègne, 1975, p. 247 et suiv.
Capman S., Favre J.- F., « Aspect postural particulier d’un tireur de boxe française. Étude de l’armé du fouetté d’après radiographies et statokinésigrammes » (1ère partie), Cinésiologie, 1998, p. 101.
Conway C., « Whiplash in a litterature review of SAT. The positional lesion, and the osteopathic significance of stress and trauma, specially related to whiplash injuries », Bsc. osteopathy, European School of Osteopathy, 1996, 1 : 3-6.
Dummer Thomas G., Tibetan medicine and other holistic health-care systems, Penquin Arkana, édition japonaise : Shunju Sha Publishing Co., 1958.
Dummer Thomas G., Out on the Fringe, Max Parrish, 1963.
Dummer Thomas G., Specific Adjusting Technic, Jotom Publications, Hove Sussex, 1995, 5 : p. 15-19. Autres langues : français et espagnol aux Éditions Spirales, Montréal (Canada), hollandais et allemand par the International Academy of Osteopathy, Gent (Belgium).



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