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La Dysfonction Somatique

Zachary COMEAUX
lundi 6 janvier 2020 par Zachary COMEAUX

La Dysfonction Somatique – Une réflexion sur le champ d’application de la pratique ostéopathique.

Traduction : Jean-Hervé Francès Ostéopathe (DO MROF) Le Bono le 30 Janvier 2006

Article reproduit avec l’autorisation de Zachary Comeaux.

Titre orignal : Somatic Dysfunction – A Reflection on the Scope of Osteopathic Practice
Article paru dans l’AAO JOURNAL - Volume 15 - N°4 - Décembre 2005
Official publication of the American Academy of Osteopathy

AAO JOURNAL - Volume 15 - N°4 - Décembre 2005

 Résumé

La mise au point d’un consensus concernant la terminologie ostéopathique a servi de point de départ aux initiatives et efforts entrepris dans le but d’exprimer l’intention, la méthode et la compréhension scientifique sous l’aspect du diagnostic et du traitement manuel.
C’est dans ce contexte que l’usage du terme « Dysfonction somatique » est apparu.
Pour la profession Ostéopathique en plein essor et qui cherche simultanément à maintenir son unité, un réexamen de l’histoire, de la pertinence et de l’avenir de cette définition semble opportun.
Cet article fait le tour de la question, avec l’intention d’élever la discussion vers un consensus international prenant en compte l’implication biophysiologique de la définition de la Dysfonction Somatique.
Mots Clés :Somatique, dysfonction, ostéopathie, lésion, musculosquelettique, fonction, articulaire, fonctionnel, état de tension, cohérence, oscillation, crânien.

 Introduction

Malgré la revendication du Dr Still à présenter l’ostéopathie comme une science éternelle (Still, Autobiographie), et comme l’étude de l’Esprit de Dieu dans la Nature (Still Autobiographie, 1986), le public et de nombreux praticiens ont besoin d’une mise au point plus précise.
Alors que notre compréhension a continué à évoluer, la cible du traitement qui était la « lésion ostéopathique, » est devenue depuis 1968, la « dysfonction somatique ».
La question soulevée dans cet article est de savoir si sa définition actuelle exprime ou non l’étendue complète de la pratique ostéopathique, alors que celle-ci continue à s’affiner.

Début historique de la définition

Le terme et la définition de la dysfonction somatique sont inclus dans le glossaire de la terminologie ostéopathique dans : Fondements de la Médecine Ostéopathique, texte de référence publié sous les auspices de l’Association Américaine d’Ostéopathie (Ward R., 2003), le glossaire depuis sa première publication en Avril 1981 (Ward R., Sprafka S.), a été parrainé par le Conseil Pédagogique des Principes Ostéopathiques, et aujourd’hui, sous les auspices de l’Association des Collèges de Médecine Ostéopathique.
Une amélioration du glossaire est en cours, et toute contribution internationale est acceptée par le comité responsable du glossaire de la World Osteopathic Health Organization. (WOHO).

La définition actuelle de la dysfonction somatique est la suivante :

Dysfonction Somatique :

Fonction compromise ou modifiée dans ses composants somatiques (structure corporelle) : structures squelettiques, articulaires et myofasciales, et leur composants vasculaires, lymphatiques, et neurologiques connexes.

La dysfonction somatique est prise en charge par le biais du traitement Manipulatif Ostéopathique (OMT) [1].
La meilleure façon de décrire une dysfonction somatique consiste à définir au moins un de ces trois paramètres, relatifs au positionnement et à la mobilité.

  1. La position d’un élément du corps, déterminé par palpation, par rapport à une structure contiguë déterminée.
  2. Les directions dans lesquelles le mouvement est libre
  3. Les directions dans lesquelles le mouvement est restreint

Voir aussi : T.A.R.T. et aussi : S.T.A.R. [2].

La définition originale de 1981 diffère de celle-ci uniquement dans son renvoi final : « Voir aussi lésion (complexe de la Lésion ostéopathique) »
La définition affiche un parti pris clair pour le système mécanique musculosquelettique.
Bien que la définition la plus précoce reflète la vision de nombreux individus et organisations impliqués dans l’enseignement de l’Ostéopathie, ce sont essentiellement les travaux de réaffirmation du Comité d’Assistance de l’Hôpital de l’Académie d’Ostéopathie Appliquée présidée par Ira Rumney, DO. (Rumney I., 1969) qui l’emportent.
De manière préemptive, le comité avait mis en place les définitions des diagnostics et traitements ostéopathiques, destinés à être inclus dans l’adaptation pour le milieu hospitalier de la Classification Internationale des Maladies, issue d’un effort international continu dans le but d’identifier et de définir le soin médical approprié.
Sans cette initiative, la profession ostéopathique aurait accepté les définitions et diagnostics, avec leurs numéros de codes associés, imposés de l’extérieur à la communauté ostéopathique.
Les compagnies d’assurance et un public critique exigeant des critères spécifiques permettant de définir un service, la définition de la dysfonction somatique fut mise sur pied dans ce but.
Cette mise en œuvre fut donc motivée par des impératifs économiques médicaux.

Problématique – Établissement d’un consensus interne

Les praticiens ostéopathes sont conscients de l’épreuve que représente la description verbale de l’expérience existentielle, y compris l’énorme variabilité des conclusions et de la dynamique, que représente la rencontre avec le patient.
Avant que le terme « dysfonction somatique » ait été accepté par le Comité d’Aide de l’Hôpital de l’AAO, et depuis lors, l’expression était perçue comme un compromis sémantique.
Le débat sur la meilleure terminologie possible a mêlé les éléments tirés d’expérience personnelle et de modèles de pensée philosophiques, ainsi que différentes approches des sciences biologiques.
Malgré l’évidente stérilité de l’expression, elle ne fut pas inventée lors d’un symposium scientifique.
Irvin Korr (1948), avait, tel qu’en lui-même, logiquement influencé le débat sur la terminologie en utilisant la phrase « composant somatique du processus pathologique », pour aider à développer le champ d’application et d’effet du diagnostic et du traitement.
Cole (1952) utilisa à son tour le terme « dysfonction spinale » en présentant un rapport sur l’état pathologique induit par traumatisme sur des animaux de laboratoire.
Le mariage des deux a donné naissance au terme actuel. (Rumney, 1975)
Quoiqu’il en soit, le débat à propos de la terminologie correcte à adopter en Ostéopathie n’était pas plus nouveau qu’il ne l’est aujourd’hui.
On pourrait considérer comme un résultat, le fait que cette définition établisse un équilibre entre l’anatomie et la physiologie.
L’approche biomécanique de l’unité fonctionnelle du corps était un concept clé d’Andrew Still et ceci était exprimé en insistant auprès des étudiants sur la nécessité d’observer la somme des fonctions de chaque articulation.
Rapidement, le dysfonctionnement articulaire, empêchant la fonction physiologique saine et normale, fut appelé lésion ostéopathique.
Dès 1915, le nombre de variations d’interprétation était tel que plusieurs enseignants de technique ostéopathique commencèrent à discuter, adapter et recommander l’admission d’une liste de définitions de 43 termes commençant tous par le mot :
« Lésion – (Latin : laesus, de laedere : blesser), une lésion peut être n’importe quel dérangement structurel, lequel en plus d’être une condition pathologique, avec ses signes et symptômes, est une cause intrinsèque de maladie, avec ses effets à distance ». (Forbes H, 1915).
Afin de mettre au point un plus large consensus sur ce projet de terminologie, l’AOA nomma l’année suivante un comité présidé par M.C. Hardin, pour présenter une terminologie latine pour l’ostéopathie, en accord avec la terminologie médicale internationale en cours. (Rumney I., 1971), comme on le mentionnera plus loin, ce groupe ne rendit pas le moindre rapport.
Quelques années plus tard, Mac Connell (1922), tenta d’imposer la primauté du traitement spécifique de la lésion primaire par opposition au traitement général, mais en tenant compte en même temps de l’importance des muscles et ligaments dans la perte de mobilité articulaires vertébrale.
Manifestement, existait un débat centré sur le diagnostic et le traitement.
Depuis 1916 aucune commission de travail n’est parvenue à un consensus ; en 1932 une commission sous les auspices des Collèges d’ostéopathie Associés s’est remise au travail sur une liste d’expressions revue, corrigée et définie de la façon suivante :
« La lésion ostéopathique articulaire est une modification des rapports anatomiques et physiologiques de structures articulaires, résultant en des perturbations fonctionnelles locales ou distantes. » (Pritchard, W. et al 1933)
L’accent est mis de toute évidence sur l’articulaire, la chaîne causale est claire, mais la phrase « relations physiologiques » implique beaucoup plus.
Halliday (1936) se dit que le terme « modification » tient compte aussi bien de ceux qui préfèrent le diagnostic positionnel (point de vue articulaire osseux), que de ceux qui utilisent une approche plus physiologique (point de vue musculaire, ligamentaire, squelettique), dans leurs tests de mobilité.

Tout est-il inclus pour autant ?

 La Dimension Clinique

Ce défi, pour être précis, et défendable, sans pour autant générer d’exclusion, ne doit pas être pris à la légère.

Le Dr Still était confronté au même problème ; malgré ses déclarations audacieuses décrivant le corps comme une machine, il reconnaissait les limitations de ces analogies. Il décrit la nature complexe de la personne comme une Trinité, constituée des différents corps physique, mental et spirituel. (Still, 1986 p.16), Dans son chapitre sur le Biogène, il explora l’arène du Vitalisme (Still, 1986 p. 251), ainsi que la puissance du nerf (Still, 1986 p.40). Il décrit le corps comme une machine mais effectue une mise au point : « le corps humain est une machine animée par la force invisible qu’on appelle la vie. » (p.184) [3].
A la fin de cette grande « digression », sur le sujet du Biogène, Still résume ainsi : « Nous avons proposé quelques idées sur cette ligne de vie, en espérant que les ostéopathes reprendront le sujet et poursuivront la route un peu plus loin en direction de la fontaine de cette immense source de connaissance, et en appliqueront le résultat au soulagement et au réconfort des affligés qui viennent les consulter. » (Still p.258)

William Sutherland, étudiant de Still, pensait qu’il y avait plus ; malgré ses débuts avec le concept biomécanique crânien, il évolua du dynamisme du liquide céphalo-rachidien, vers son potentiel pour expliquer ce qu’il observait.
Par la suite et pour des raisons pragmatiques il décrivit la force vitale comme une « lumière liquide », ceci lui permettant ainsi de défendre ses descriptions les plus évidentes (articulaires et membraneuses). (Sutherland, 1967, p.347)

Rollin Becker, étudiant de Sutherland, aborde la difficulté en décrivant verbalement le critère dimensionnel de son diagnostic par l’affirmation de « l’Unité intrinsèque anatomo-physiologique du corps du patient. » (Becker, 1997, p.155)
« Le mécanisme anatomo-physiologique et l’interaction structure/fonction sont porteurs du déroulement complet de la maladie et de la santé rétablie. » (p.155)
« Je ne parle pas des unités anatomo-physiologique des tissus, je parle de la cinétique des champs d’énergie qui préparent ce modèle de tension. Les unités tissulaires anatomo-physiologiques manifestent cette énergie cinétique et expriment cette dysfonction sous forme de changements tissulaires et de symptômes. » (p.162)

Robert Fulford, autre étudiant de Sutherland, tout en reconnaissant la réticence de son maître à décrire complètement l’étendue de son modèle, adapta la terminologie en partant de « médecine énergétique » pour décrire plus avant l’activité et le potentiel de l’intervention ostéopathique sur la personne humaine. Il nomma ce qu’il considérait comme l’équivalent de la dysfonction somatique : « le siphon énergétique » (Comeaux 2002)

Nicholas Handoll analyse l’expérience palpatoire et les potentialités incluses dans une compréhension plus poussée du champ d’application de la pratique ostéopathique, en y introduisant le point de vue de la physique.

La théorie générale de la relativité et les observations de la physique quantique permettent des implications quant à l’interprétation du toucher et de la sensation de restriction de mobilité.
Ceci peut nous amener à réexaminer nos prémisses à propos du bien-être, les limites patient-praticien et l’efficacité réelle des traitements actuels.
Dans le présent exposé la dysfonction reflète une suspension du processus d’auto-régulation du corps, accessible à de multiples niveaux d’organisation. (p.145)

.En développant un modèle appelé FOR : Facilitated Oscillatory Release [4], Zachary Comeaux (2003) applique le concept énergétique, en pratique cela veut dire oscillation et vibration.
En construisant sur le phénomène de synchronisation de la résonance de phase lors de l’influx neuronal sur la fonction nerveuse et musculaire, et sa perturbation dans la dysfonction, le FOR étend ce concept aux autres tissus du corps, pour peu qu’il soit en accord avec les modèles de cohérence de l’organisation du corps que nous allons décrire ci-dessous.
A partir de ce point de vue sur la coordination de la mobilité corporelle, la dysfonction somatique représente une arythmie proprioceptive, que l’on peut traiter par stimulation des oscillateurs endogènes
Cette utilisation de vibration et d’oscillation n’est pas ici unique en ostéopathie, ce type de moyen a été utilisé dans divers contextes, bien que rarement mis en valeur. (Comeaux, 2000)

 La conceptualisation scientifique.

Andrew Taylor Still proposait que l’ostéopathie repose sur des bases scientifiques, nous avons évoqué plus haut l’intérêt du Dr Still, mais aussi sa difficulté à exprimer l’interaction entre les fonctions biomécaniques, viscérales, neurologiques, vasculaires et vitales.
À cause de la complexité rencontrée à décrire la fonction humaine dans son ensemble, ses étudiants ont eu tendance à se focaliser sur les sous-ensembles de cette interaction,.
Pour Still l’étude scientifique était synonyme de dissection anatomique.

Halliday, Fryette, Hulette, McConnel, et d’autres tentèrent à tour de rôle, d’établir une compréhension plus scientifique des relations anatomo-physiologiques.
Les tout premiers travaux entrepris pour établir les bases physiologiques de la « lésion ostéopathique », devinrent des études sur les animaux.
W. Cole (1952) fournit un rapport et un résumé complet des 50 premières années de la recherche ostéopathique. Citant le travail de Louisa Burns et d’autres qui après avoir provoqué des lésions sur des animaux, en firent l’analyse histologique.
Cole insiste sur le fait que la lésion ostéopathique n’est pas une fixation strictement articulaire, mais implique un complexe tissulaire solidaire de l’articulation concernée. Il s’agit d’une réponse inflammatoire, qu’il dénomme Syndrome.
Il met en évidence le rôle primaire, dans la lésion ostéopathique, de la coordination neuronale de la réponse tissulaire au traumatisme.
De plus il insiste sur l’effet des réflexes somato-viscéraux et viscéro-somatiques qui dépendent largement de l’équilibre automatique responsable à la fois de la tonicité musculaire péri-articulaire et de la fonction viscérale.
Bien que Cole fasse état par ailleurs des travaux de Denslow (1948) et de Korr (1945) sur l’application de ces principes basés sur cette hypersensibilité diffusée par le système sympathique (facilitation médullaire), Korr poussa plus loin sa contribution qu’il laissa à l’appréciation de la génération suivante, quant au rôle de la coordination neurale dans la dysfonction somatique.
Les travaux de Denslow et Korr reposent en grande partie sur le rôle croissant de l’instrumentalisation de la mesure des effets et de la contrainte et du traitement, mais majoritairement chez des sujets normaux.
Dès le début de sa collaboration avec Denslow sur le modèle de facilitation, Korr poussa plus loin l’hypothèse de l’existence d’un autre facteur ; un dérèglement dans la boucle alpha / gamma, afférent / efférent, dans le maintien de l’hypertonie musculaire, un des phénomènes cliniquement observables associé à la dysfonction somatique.

Pour citer Korr : « une nouvelle théorie nous est offerte pour… élaborer une modélisation sur la théorie fonctionnelle du fuseau musculaire, et l’on comprend mieux pourquoi la « boucle gamma » est souvent considérée comme un servomécanisme à haute « accumulation », et les neurones gamma comme le potentiomètre de contrôle du système.
« Je pose l’hypothèse que dans la zone en lésion « l’accumulation » a été augmentée dans les fuseaux d’un ou plusieurs muscles ».
Il apporte cependant la nuance suivante :
« L’hypothèse dit seulement que le segment en « lésion » se comporte comme si l’activité du motoneurone gamma (l’accumulation) avait été augmentée.
En soumettant cette hypothèse, que celle-ci s’avère fondée ou non, je souhaite qu’elle stimule les essais et les questionnements en pratique clinique aussi bien qu’en laboratoire, entraînant une meilleure compréhension, des théories plus solides, et plus d’efficacité dans l’exercice en cabinet. » (Korr 1974)

Cette hypothèse fut citée par la suite comme un aspect important de la dysfonction, par Lawrence Jones et Fred Mitchell Jr., respectivement auteurs de « Strain and Counterstrain » et des « Techniques d’Energie Musculaire », travaux majeurs s’il en fût. (Jones Mitchell)
Grâce à une explication scientifique défendable, basée sur l’observation clinique et sur la réaction au traitement, la théorie paraît satisfaisante à beaucoup de professionnels ostéopathes ; les réactions somatiques en rapport à un état viscéral particulier fut d’un grand intérêt, comme l’atteste l’explication exhaustive et les diagrammes contenus dans un article de Robert Schaefer, Hannah Bailey et H. George Grainger (11. 12. 13).

Quoiqu’il en soit, curieusement, Mitchell ajoute un démenti : « Au jour d’aujourd’hui, dans l’attente de recherche de laboratoire plus pertinentes, la théorie sur les MET (Techniques d’Energie Musculaires) repose sur l’empirisme clinique. »
Pour beaucoup, pourtant, l’hypothèse a été prise pour argent comptant et comme reposant sur des faits.
Cette hypothèse est remise en cause par le modèle nociceptif, qui est un autre aspect de l’héritage contemporain légué par le concept de « segment facilité » par voie parasympathique.

Une hypothèse concurrente sur la cause de la facilitation segmentaire en amont de la Dysfonction, a été avancée par Richard Van Buskirk (1990), suggérant que la cause primaire de l’hypertonie musculaire persistante était consécutive à un facteur afférent nociceptif, plutôt qu’à une cause proprioceptive.

Courant de pensée soutenu par Franck Willard (17), citant les travaux d’Anderson et Winterson pour réfuter l’hypothèse de la boucle Gamma.
Dans l’exposé de Willard, la persistance de la contraction par le biais des Alpha-Gamma ne pourrait se produire après résection de la racine dorsale des nerfs spinaux, condition de l’expérimentation en question.
Plus récemment Willard conteste le concept du « segment facilité » par voie parasympathique, pouvant justifier la dysfonction somatique, insistant plutôt sur le rôle d’une sensibilisation centrale, comme facteur causal dans la douleur chronique associée à la dysfonction somatique.
Cette dernière modélisation inclut et élargit une partie des travaux de Steinmetz et al. (1982, 1985), destinés à affiner le modèle de la facilitation, en supposant une sensibilisation spinale neuronale, comme une cause de la douleur persistante, telle qu’observée sur les modèles animaux.

Dans une optique totalement différente, plusieurs équipes ont travaillé à la validation des observations cliniques du mouvement oscillatoire crânien, sur son rapport avec la dysfonction somatique, et son traitement ostéopathique.
Des interactions mesurables dans les changements entre le volume intracrânien et la pression intra vasculaire correspondant à des changements dans les phases de flexion / extension, ont été rapportés par des ostéopathes à orientation crânienne. (Moskalenko, et. al. 2003)
En outre, des chercheurs en Ostéopathie sont en train d’évaluer les lois physiologiques et des phénomènes tels que l’oscillation de Traube-Heering-Mayer sur lesquels reposent le diagnostic et le traitement ostéopathique. (Nelson et al 2002)

 Modélisation Biologique Approfondie

Recherche et pratique ostéopathique ne s’effectuent pas en vase clos, et le défi à relever consiste à incorporer le spectre de pensée le plus large possible incluant les sciences physiques et biologiques.
En complément du principe ostéopathique consistant à travailler avec un individu en le considérant comme un tout indivisible, existent deux possibilités parallèles de modélisation biologique qui, selon l’auteur, présentent une très forte analogie avec une vision élargie de la dysfonction somatique.

La première est la synthèse de Ingber (2003) et d’autres, citée comme le modèle de tenségrité [5], et la seconde est le modèle de cohérence de communication et d’organisation biologique décrit par Ho (1998) et Oschman (2003).
Ingber est motivé par un sentiment de besoin d’un modèle biomédical sophistiqué, basé sur la recherche actuelle qui privilégie l’aspect physique de la maladie par opposition aux modèles biomoléculaires de maîtrise génétique.
Ingber réduit le concept architectural d’organisation structurelle en éléments de tension et de compression pour décrire un plan d’organisation plus sophistiqué de l’organisme, en partant de la molécule la plus petite pour arriver au niveau de la forme anatomique la plus grossière.
Parce qu’il présente la relation structure/fonction des tissus comme une continuité, y compris au niveau intracellulaire, le modèle d’Ingber est facilement transposable au travail myofascial ostéopathique, moyennant une approche adaptée.
La matrice de tissu conjonctif du corps est ininterrompue jusqu’au niveau de la membrane cellulaire et plus loin jusque dans les microtubules intracellulaires.
Cette matrice fournit un lien de communication ainsi qu’une forme structurale aux structures différenciées au sein de la cellule (mitochondries, vacuoles etc.), noyau et autre espace intracellulaire.

À ce modèle structural Ho (1998) fournit un complément fonctionnel supplémentaire ; Mae-Wen Ho, une biomécanicienne intriguée par la physique ainsi que l’optique quantiques, insiste sur le rôle de ce réseau, comme système de communication.
Un de ses concepts clés, pour citer un aspect de sa recherche, est que la vitesse de nombreux processus et réactions complexes dans le corps ne sont pas en accord avec le paradigme qui attribue à tous les processus du corps des voies de communication physiques ininterrompues, ramenaent tous les activités à des évènement chimiques, dépendant du transfert d’énergie par le biais de la liaison moléculaire (Ho P.114).
Elle présente le mécanisme destiné à de nombreuses communications, comme un système dans lequel le tissu conjonctif, matrice du corps, se comporte comme une structure cristalline dont les composants agissent en semi conducteurs, permettant la distribution instantanée des électrons et autres entités chargées.
Loin de se défausser de la carte de la microbiologie moléculaire, Ho ajoute un autre point de vue sur l’interprétation de la relation structure/fonction.
En plus du transfert d’énergie réelle, la cohérence doit être le véhicule de la conscience, au sein de laquelle l’harmonie est la mesure de la santé physique, émotionnelle et mentale du système ; un concept très compatible avec l’ostéopathie (Ho p.246).

Dans ce contexte, la dysfonction somatique est un manque de cohérence, de résonance, parmi les activités entrant en résonance.
Voilà qui est très favorablement comparable à la conceptualisation de Still sur l’interaction entre les fonctions physiques, mentales et spirituelles du corps.
Il est facile d’étendre ces réflexions concernant la communication physique et cependant énergétique, au niveau de l’interaction patient/praticien.

C’est ce que fait J. Oschman (2003), dans une approche compatible avec celle de Ho, en voici l’énoncé :
« Les signaux cohérents que capte la main du thérapeute influencent l’écoulement des ondes dans tout le tissu moléculaire du corps de leurs clients.
Quand des zones émotionnellement « chargées » sont appréhendées, un rappel soudain de mémoires emmagasinées peut surgir.
Cette trace de mémoire est libérée sous forme d’une pulsion énergétique et interagit avec d’autres formes vibratoires présentes dans le corps. Quand les différents polymères, comme le tissu intercellulaire et les microtubules, dépolymérisent ou se désagrègent la mémoire est effacée (Oschman 2003 p.292).
Les implications ostéopathiques, en regard d’un mode de palpation et de traitement perspicaces, sont évidentes, et prouvent le bien-fondé des travaux effectués sur le tissu conjonctif par des gens comme Rollin Becker ou Robert Fulford.
En dépit du fait que beaucoup de ces dernières modélisations soient fantaisistes et hors de propos pour de nombreux ostéopathes centrés sur le positionnement articulaire et le phénomène de cavitation, beaucoup d’autres dans la profession sont prêts à incorporer ces concepts à leur pratique.

Nous sommes en présence d’un défi de nouvelle génération consistant à donner vie et consistance, quoique de façon non exhaustive, à notre terminologie ostéopathique, incluant une définition de ce que nous traitons exactement.

 Défi pour une Diversité Globale

D’ailleurs en plus de ce défi de biophysique et de médecine énergétique, l’ostéopathie doit affronter les difficultés internes propres à la profession, associées à sa croissance progressiste globale.
Dans de nombreux contextes internationaux, l’ostéopathie s’est laissée grandement influencer par quatre courants conceptuels majeurs.

  1. La plus grande partie de l’ostéopathie des origines hors de Etats-Unis, est passée par le biais de J.M. Littlejohn lequel, après avoir servi de premier doyen au Dr. Still, retourna en Grande Bretagne et y fonda la British School of Ostéopathy en 1917.
  2. Une influence plus tardive des Etats-Unis, des années 60 à maintenant, suit le champ méthodologique de l’ostéopathie US ;
  3. dans d’autres cas il s’agit de l’ostéopathie dans le champ crânien ; cette méthode, avec son propre modèle d’interprétation, a été présentée en un certain nombre d’endroits comme étant l’ostéopathie fondamentale (Chaitow, 2005).
  4. Une quatrième orientation a été le contact avec les disciplines de la médecine physique et de la kinésithérapie dans des pays particuliers.

Plus récemment ont eu lieu des efforts nationaux, régionaux et internationaux pour coordonner des activités identifiées comme ostéopathiques.
Sur la scène internationale, nous devons faire face à un challenge
Entre une profession, américaine au départ, et ensuite internationale, dans chaque pays dans lequel elle a pris racine.
Les questions se posent :

  • Quelle formation doit-on suivre pour mériter le titre d’ostéopathe ?
  • En quoi consiste la technique ostéopathique ?
  • Comment décrire ce que nous faisons ?

Empêtrés dans ce défi terminologique sans âge.

Cette avancée apportera inévitablement d’autres séries de questions, d’autres discussions, d’autres compromis.
C’est grâce à l’insistance sans relâche de l’auteur, et de bien d’autres, que la définition actuelle de la dysfonction somatique couvre raisonnablement l’éventail des conceptualisations passées de l’oeuvre ostéopathique.
La question se pose de savoir si cela autorise la poursuite du développement de la profession, dans son évolution, par le biais de l’expérience et de l’application scientifiques.
Il faudra à terme revoir la définition de la dysfonction somatique, et dans ce contexte l’auteur exprime le souhait que les définitions qui vont suivre soient bien le reflet d’un compromis entre la définition classique et le paradigme émergeant d’une ostéopathie subtile [6] :

 Dysfonction Somatique : Déf. :

Un dysfonctionnement de l’ensemble du complexe corporel (physique, mental et spirituel), se manifestant habituellement sous la forme d’une restriction mécanique du système musculo-squelettique (squelettique, articulaire, myofascial [tissu conjonctif ?], structural), souvent accompagné d’une sensibilité (douleur), d’une unilatéralité, d’une restriction de mobilité et d’un changement de la texture tissulaire.

Des dérèglements des systèmes vasculaire, viscéral, lymphatique et nerveux correspondants s’y trouvant associé, de manière causale ou adaptative.

L’intention de l’auteur est d’encourager une discussion, tout comme le suggérait Still ; « Nous avons donné quelques indications durant cette vie, en espérant que les ostéopathes s’empareront du sujet et progresseront de quelques milles en avant, en direction de la fontaine de cette grande source de connaissance, et en appliqueront les résultats pour le soulagement et le confort de ceux qui, en souffrance, viennent solliciter consolation et conseils. » (Still, 1986, p.258).

 Notes

1 - OMT : Osteopathic Manipulative Treatment

2 - T.A.R.T. andS.T.A.R.

TART : Tissue texture change -Asymetry - Restriction of motion –Tenderness.

STAR : Sensitivity - changes inTissueTexture abnormality -Asymetry -Range of motion change In quality and quantity.

Termes désignant les paramètres de dysfonction selon le glossaire de la terminologie Ostéopathique (NdT)

3 - Les paginations indiquées sont celle des éditions américaines. (NdT)

4 - Relâchement oscillatoire facilitée (Z. Comeaux)

5 - Tensegrity : Francisé en Tenségrité

6 - « Nuancée » serait peut-être plus juste, le terme « subtile » peut évoquer l’idée d’une ostéopathie moins…subtile, ce qui n’est certainement pas l’intention de l’auteur. (NdT). En effet, « ostéopathie subtile » est le terme utilisé par l’auteur pour décrire la pratique spécifique du Dr Robert Fulford in : « Otéopathie, médecine du futur », Ed. Sully (Trad. Pierre Tricot).

 Bibliographie - Références

1. Still AT. Autobiography of AT Still. American Academy of Osteopathy. Indianapolis, IN. 1981. p 229. (orig. 1908)

2. Still AT. The Philosophy and Mechanical Principles of Osteopathy. Osteopathic Enterprises. Kirksville, MO. 1986. p 27. (orig. 1892)

3. Ward R. Foundations for Osteopathic Medicine. 2nd edition. Lippincott, Williams, and Wilkins. 2003. Philadelphia, PA. pp 1227-1253.

4. Ward R, Spratka S. Glossary of osteo­pathic terminology. JAOA. Vol 80. No 8. pp 552-566.

5. Rumney I. Recording musculoskeletal findings in hospitals. JAOA. Vol 68. March 1969. pp 732-734.

6. Korr I. The emerging concept of the osteopathic lesion, JAOA. Vol 48. November 1948. pp 127-138.

7. Cole W. The osteopathic lesion complex (syndrome). JAOA. Vol 51. April 1952. pp 381-387.

8. Rumney I. The relevance of somatic dysfunction. JAOA. Vol 74. April 1975. pp 723-725.

9. Forbes H, Fryette H, Ashmore E, and Bolam H. Nomenclature Report. JAOA. August 1915. p 662.

10. Rumney I. Basic Terminology for osteopathic procedures. JAOA. Vol 70. August 1971. pp 132-39.

11. The Nomenclature report. Editorial. JAOA. Vol 15. June 1916. pp 521-22.

12. Technique and nomenclature. Editorial. JAOA. Vol 15. July 1916. pp 573-574.

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