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La collaboration médecin ostéopathe

Emmanuel Burguete & Cédric Scribans
 
Créé le : vendredi 6 novembre 2020 par Cédric Scribans, Emmanuel Burguete

Dernière modificaton le : vendredi 6 novembre 2020

D’après un sondage OpinionWay réalisé en avril 2014, presque un français sur deux a recours à l’ostéopathie. Ce chiffre qui était déjà en progression au moment de l’étude montre que depuis 16 ans avec la LOI n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, les ostéopathes s’intègrent pleinement dans le paysage de la santé. Ainsi, de plus en plus de patients sont amenés à aborder le sujet du recours à un ostéopathe avec leur médecin traitant. Cette profession étant nouvelle, a le désavantage d’être parfois peu connue ou associée à des représentations erronées (manœuvres violentes, sinistralité élevée, etc.) par le monde médical et paramédical. Tout médecin diplômé a côtoyé une infirmière, un masseur-kinésithérapeute et d’autres paramédicaux dans le cadre de ses études mais il est vrai qu’il n’a jamais rencontré et vu exercer d’ostéopathe. Cela tient évidemment au fait que les ostéopathes exercent presque exclusivement en libéral et qu’ils ne se rencontrent pas ou peu dans les structures de santé. Médecins et ostéopathes ne sont donc pas habitués à travailler ensemble en collaboration autour du patient. Averroès, Mathématicien et Médecin aurait dit que l’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Pour cela, afin de lutter contre l’ignorance, il est essentiel qu’à un moment donné ces professions apprennent à se connaitre pour œuvrer ensemble dans l’intérêt du patient. Dans ce court article, nous ne pourrons évidemment pas exposer ce qu’est l’ostéopathie dans son ensemble. Pour cela, nous prenons le parti de décrire la démarche de prise en charge d’un patient venant consulter directement un ostéopathe par l’intermédiaire du diagnostic ostéopathique tel qu’il est règlementé depuis 2014.

Les patients qui consultent en ostéopathie le font principalement pour des douleurs dans 91.9% des cas (46.7% sont aiguës). Elles se présentent sous forme musculosquelettiques dans 62% des consultations dont essentiellement des rachialgies (42,6%). Les ostéopathes semblent être des spécialistes de la prise en charge de la douleur et plus précisément celle qui est musculosquelettique au niveau du rachis (1). En tant qu’usager du système de santé, nous pouvons donc légitimement nous poser la question du niveau suffisant de formation des ostéopathes pour nous prendre en charge avec nos douleurs. Pour répondre à cette question, l’état a tout simplement opté pour le plus haut niveau possible. La formation est règlementée de façon très stricte par un décret. Aujourd’hui, il faut 5 années d’études à temps plein en formation initiale pour former un ostéopathe. Certaines écoles vont même plus loin dans leur démarche qualité en faisant certifier leur haut niveau de formation. Elles font enregistrer leur diplôme au répertoire national des certifications professionnelles jusqu’au niveau 1 (2). Pour information, en France, les niveaux de formation s’étalent du niveau 5 (CAP) au niveau 1 (Master – Doctorat). Il n’y a donc pas en 2018 de plus haut niveau possible en formation professionnelle pour former un praticien autonome et responsable.

Dans l’arrêté du 12 décembre 2014 relatif à la formation en ostéopathie (3), il est aussi précisé que « l’ostéopathe dans une approche systémique, après diagnostic ostéopathique, effectue des mobilisations et des manipulations pour la prise en charge des dysfonctions ostéopathiques du corps humain ».

Le diagnostic médical qui est la démarche permettant de déterminer de quelle affection souffre le patient est différent du diagnostic ostéopathique. Ce dernier a pour intérêt de définir s’il peut ou non prendre en charge le patient.

Pour cela, dans le glossaire de ce même arrêté, il est ainsi précisé :

Le diagnostic ostéopathique comprend un diagnostic d’opportunité et un diagnostic fonctionnel :

- Le diagnostic d’opportunité est une démarche de l’ostéopathe qui consiste à identifier les symptômes et signes d’alerte justifiant un avis médical préalable à une prise en charge ostéopathique ;

- Le diagnostic fonctionnel est une démarche de l’ostéopathe qui consiste à identifier et hiérarchiser les dysfonctions ostéopathiques ainsi que leurs interactions afin de décider du traitement ostéopathique le mieux adapté à l’amélioration de l’état de santé de la personne.

On remarque une certaine proximité entre le diagnostic d’opportunité et le diagnostic médical car ils nécessitent tous les deux un examen clinique approfondi. Cependant, les buts sont différents puisque l’ostéopathe doit s’assurer de l’absence de pathologie qui serait une perte de chance pour traiter en ostéopathie le patient en toute sécurité. Alors que le médecin a besoin d’étiqueter rapidement une pathologie pour envisager un traitement médical opportun.

La démarche du diagnostic fonctionnel se met en place une fois que l’ostéopathe décide qu’il peut traiter son patient en toute sécurité. Deux difficultés, à la fois cognitives et praxiques, se présentent à lui puisqu’il doit identifier ce qui est en restriction de mouvement chez son patient puis choisir ensuite l’ordre dans lequel il serait préférable de manipuler ou mobiliser les zones et tissus incriminés. La réalisation de ce plan correspond en ostéopathie au traitement. Il sera donc nécessaire en fin de consultation de réévaluer la mobilité afin d’objectiver une amélioration attendue de la mobilité. Il faut noter que l’ostéopathie n’agit pas directement sur la douleur. C’est uniquement en restaurant la mobilité que la plupart du temps la douleur évolue en diminuant comme dans l’exemple caractéristique du lumbago ou du torticolis.

Pour prendre un autre point de vue, nous pensons que le législateur entend par diagnostic ostéopathique à la fois un processus réflexif et un produit.

Le processus de diagnostic est réalisé au cours de l’examen clinique ostéopathique qui comprend l’anamnèse et l’examen des signes physiques. Tandis que le produit ne sera en fait que l’aboutissement de cette réflexion qui permettra de déterminer si l’ostéopathe traitera ou non le patient (diagnostic d’opportunité) et comment il identifiera et hiérarchisera les dysfonctions ostéopathiques (diagnostic fonctionnel).

Il est important de remarquer que ce diagnostic s’inscrit dans une démarche de consultation ostéopathique qui est la même que celle que l’on retrouve en 4 étapes dans l’ingénierie. Celle-ci est par exemple expliquée dans le dernier ouvrage de Thierry Ardouin (4), Professeur en sciences de l’éducation, sur l’ingénierie de formation.

Ces 4 étapes sont :

- Analyser
- Concevoir
- Réaliser
- Évaluer.

- La phase d’analyse dans la consultation correspond à l’examen clinique avec son interrogatoire et son anamnèse. Elle nous donne les éléments nécessaires à la compréhension du sujet. Elle comprend donc le diagnostic d’opportunité et une partie du diagnostic fonctionnel (identification).
Cette phase d’analyse peut aussi aboutir à la réorientation vers un médecin dans un courrier de synthèse en cas de contre-indication absolue et immédiate. Ce sera la conséquence de ce que le législateur nomme un drapeau rouge.

- La phase de conception est celle de la hiérarchisation des dysfonctions après la partie « identification » du diagnostic fonctionnel. Le praticien s’engage auprès du patient à diriger son traitement d’une certaine façon. C’est à la fin de cette phase qu’il lui demande son accord pour le traiter.

- La phase de réalisation est l’« adaptation » de la théorie à la pratique. En effet, il est rare que lors de la phase 1 et 2 il soit possible de prévoir exactement tout ce qu’il va se passer. Cette démarche sera donc itérative dans le sens où il y aura des aller retours incessants entre « analyse -conception » et « réalisation ». Il faudra bien évidemment que le praticien informe le patient au fur et à mesure des modifications de traitement.

- Enfin, la phase 4, celle de l’évaluation est certainement la plus importante. Elle permet de valider ou non par des tests (qui sont les mêmes que ceux de la phase d’analyse) si le patient a amélioré la qualité et la quantité de ses signes cliniques (symptômes et signes physiques).

En conclusion, nous noterons que le diagnostic ostéopathique n’a pas vocation comme le diagnostic médical à étiqueter des noms à des pathologies. Il permet au patient et au thérapeute la réalisation d’un travail de qualité à la fois performant et sans danger. Il est indispensable à l’ostéopathe pour exercer de manière structurée et nous pensons qu’il est important que les médecins et les autres praticiens de santé le sachent afin qu’ils modifient, si ce n’est pas déjà fait, leurs représentations de ce qu’est aujourd’hui un ostéopathe et la façon dont il exerce de façon parfaitement structurée et qualitative.

Notes

1. Dubois T, Berthiller J, Nourry J, Landurier G, Briere F, Chardigny S, et al. Douleurs en cabinet d’ostéopathie  : étude prospective descriptive des motifs de consultations des patients consultant en cabinet d’ostéopathie. Douleurs Eval - Diagn - Trait. Nov 2012 ;13:A59‑60.

2. Consultez le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) - Commission nationale de la certification professionnelle [Internet]. [cité 23 janv 2018]. Disponible sur : http://www.rncp.cncp.gouv.fr/

3. Arrêté du 12 décembre 2014 relatif à la formation en ostéopathie | Legifrance [Internet]. [cité 23 janv 2018]. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2014/12/12/AFSH1426478A/jo/texte

4. Ardouin T. Ingénierie de formation : intégrez les nouveaux modes de formation dans votre pédagogie. 2017.

Auteurs
Emmanuel Burguete,
Ostéopathe DO, RNCP1 et Doctorant en Sciences de l’éducation. Administrateur IRSOA
Cédric Scribans
Ostéopathe DO, RNCP1, méthodologiste et biostatisticien. Président d’IRSOA

Nous remercions Emmanuel Burguete et Cédric Scribans de nous avoir donné l’autorisation de publier cet article.



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