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L’ostéopathie et l’enfant handicapé

Pierre Tricot
Créé le : dimanche 10 novembre 2019 par Pierre Tricot

Dernière modificaton le : dimanche 10 novembre 2019

Revue Énergie Santé n° 46 Automne 1999 - L’ostéopathie et l’enfant handicapé, par Pierre Tricot, DO.

 Que peut faire l’ostéopathie pour l’enfant handicapé ?

Le terme « enfants handicapés » est trop imprécis, recouvre trop d’éléments disparates pour servir tel quel de point de départ à une discussion. Il est plus convenable de parler d’enfants ayant des difficultés de développement. Pour mieux comprendre ce qui peut se passer pour ces enfants, envisageons la manière dont se développe le système nerveux du petit d’homme.

 La maturation du système nerveux

Nous savons que contrairement à la plupart des cellules du corps, les cellules nerveuses ne se renouvellent pas continuellement au cours de la vie. À la naissance, l’enfant possède son plein contingent cellulaire nerveux et il ne sera pas renouvelé. Cela signifie que toutes les cellules nerveuses sont présentes, mais non développées.

Les processus d’acquisition des automatismes et de prise de contrôle du corps ne correspondent pas à la naissance de nouvelles cellules, mais à l’entrée en activité, de parties du système nerveux central qui n’étaient pas jusqu’alors fonctionnelles. Ce sont les sollicitations de l’environnement qui provoquent cette maturation par deux moyens complémentaires, les stimulations sensorielles et affectives.

La stimulation sensorielle correspond à l’activité des organes des sens qui, lorsqu’ils sont activés, envoient des influx aux régions correspondantes du système nerveux central. Ces influx provoquent la mise en activité de certaines parties du cerveau jusqu’alors inactives : plus les régions qui traitent ce type d’information reçoivent d’influx sensitifs, plus elles se développent rapidement et complètement.

La stimulation affective est tout ce qui, dans l’environnement, pousse l’enfant à avoir envie de communiquer, l’amenant à demander à son corps les réponses motrices nécessaires pour y parvenir. L’enfant, par son désir, oblige son système nerveux à répondre à cette demande, ce qui le stimule et accélère sa maturation.

 L’importance de l’environnement

On peut donc imaginer l’importance de l’environnement dans lequel est plongé l’enfant pour la rapidité et la qualité du développement psychomoteur, qu’il peut favoriser, ou au contraire inhiber.

On sait actuellement que les sollicitations environnementales permettent le développement d’environ 20 % seulement du potentiel du système nerveux central. Des chercheurs ont donc émis l’idée de stimuler davantage le cerveau pour amener l’enfant à développer plus de potentialités. Ainsi, des recherches faites aux USA notamment par G. Doman (1), Th. B. Brazeltonz (2), en Europe par F. Veldman (3) ont montré que l’enfant, s’il est placé dans un environnement qui le reconnaît vraiment, l’aime et le stimule, est capable de prouesses étonnantes, telles que de parler ou d’écrire beaucoup plus jeune que la « norme ». Les récentes émissions télévisées Le bébé est une personne et le livre de B. Martino (4) paru ensuite nous montrent des choses étonnantes et belles concernant les enfants.

II ne s’agit pas ici d’approuver béatement de telles prouesses. Nous savons très bien quels problèmes peuvent rencontrer de tels enfants, surdoués, face à un environnement inadapté à cela. Ce qui est étonnant ici, c’est de découvrir que l’enfant est capable de faire bien mieux que ce que nous n’avions jamais supposé.

Ces recherches ont permis de mettre l’accent sur une chose étonnante : la limitation essentielle dans le développement de l’enfant, ce n’est pas l’enfant lui-même, mais surtout le milieu dans lequel il évolue et les conditions dans lesquelles il est placé.

 Nous sommes la source de nos limitations

On a longtemps estimé que le bébé ne perçoit pas, qu’il est aveugle et sourd jusqu’à plusieurs mois de croissance et que toutes ses facultés de perception n’apparaissent qu’au fur à mesure de son évolution. Des chercheurs ont observé la croissance des enfants et établi un « calendrier » des acquisitions de l’enfant au fur à mesure de sa croissance (voir en fin d’article).

Ainsi fut établie une norme de développement sensori-moteur de l’enfant depuis la naissance jusqu’à notamment l’âge de sept ans, âge où les principales acquisitions sensori-motrices sont normalement réalisées. On n’imaginait pas que dans un environnement très stimulant, l’enfant développe beaucoup plus rapidement ses facultés sensori-motrices.

Toutes les expérimentations et observations passées sur l’enfant ont souffert de ces a priori. Nous avons estimé que puisque l’enfant ne pouvait exprimer, il ne percevait pas, puis, nous avons observé le développement de l’enfant dans son milieu sans penser à évaluer que ce milieu, par son attitude, pouvait grandement influencer la rapidité et l’importance du développement de l’enfant. De toutes ces observations, nous avons déduit quelles étaient les normes en matière de développement de l’enfant et en retour, nous les imposons à l’enfant de manière tout à fait inconsciente. Tout cela fonctionne comme une sorte de cercle vicieux.

Cela me rappelle cette courte histoire : « La chose était impossible à faire. Ils sont venus, ils ne le savaient pas et... ils l’ont faite. »

Pour ce qui concerne l’enfant dont la maturation du système nerveux central est difficile, nous devons envisager deux cas très différents, selon que les difficultés ont une origine purement fonctionnelle ou qu’il y a lésion du système nerveux central.

 Troubles fonctionnels

Un trouble fonctionnel, comme son nom l’indique, est un trouble qui touche la fonction, c’est-à-dire l’expression de la vie. Ce mot est employé par opposition à ce que l’on appelle trouble organique, dans lequel c’est l’organe lui-même qui est atteint au sein de sa structure profonde, plus ou moins détruite.

L’ostéopathie est une approche très favorable aux troubles fonctionnels, car elle traite la relation structure-fonction. De plus, elle n’est pas nocive et ne risque pas de créer de problèmes secondaires, comme l’absorption de certaines drogues, par exemple. Il paraît logique de traiter préférentiellement les patients avec ce type d’approche douce et non nocive.

Lorsque nous avons évoqué les problèmes pouvant résulter d’une naissance difficile ou d’un traumatisme dans la jeune enfance, nous parlions de troubles fonctionnels. Les altérations dans le fonctionnement du mécanisme crânien n’ont pas été suffisantes pour créer de lésions graves au niveau du système nerveux central et c’est simplement le développement sensori-moteur de l’enfant qui est altéré.

Cependant, de tels troubles de la fonction peuvent provoquer des limitations persistantes dans le développement de l’enfant. En effet, l’expérience a montré que lorsqu’une phase de développement reliée à la maturation du système nerveux central ne se manifeste pas normalement, il est très difficile de revenir en arrière. L’organisme met en place des systèmes de compensation consistant la plupart du temps en la mise en service de voies nerveuses détournées. Ces voies nerveuses prennent en charge des fonctions qui ne leur sont pas dévolues dans les schémas de développement normal. Malheureusement, une fois que ces circuits détournés sont devenus effectifs, l’organisme les intègre dans son fonctionnement et ils prennent force de loi.

Le mécanisme de compensation prévaut toujours, parce qu’à partir du moment où il s’est développé, il est constamment réactualisé par les stimulations de l’environnement. Il est très difficile de revenir en arrière pour retrouver la phase de développement omise et la normaliser. Il faut utiliser des systèmes de régression. La méthode Tomatis (5) est l’un de ces systèmes.

Ce type de compensation a été mis en évidence notamment par les travaux de Konrad Lorenz (6), Par exemple, en travaillant sur des oies, il s’est aperçu que si au moment où l’animal doit rencontrer sa mère il rencontre un autre objet (vivant ou non), cet objet devient l’identification de la mère et l’animal le considérera toute sa vie comme tel.

Lorsque la difficulté d’un enfant a pour origine un trouble fonctionnel, c’est-à-dire lorsque le système nerveux n’est pas lésé dans sa structure, l’ostéopathie est souvent très efficace, parce qu’elle traite les blocages mécaniques entravant l’harmonie de son développement et de son fonctionnement.

Il est donc clair que le recours à l’ostéopathie devrait se faire le plus tôt possible dans la vie de l’enfant. En effet, si un problème de développement d’origine fonctionnelle survient consécutivement à l’altération du mécanisme crânien, la normalisation du mécanisme remettra les choses dans l’ordre suffisamment rapidement pour que le développement normal puisse se réaliser et pour ne pas initier des systèmes de compensation, d’autant plus difficilement réversibles que l’on s’éloigne de leur moment de création.

 Troubles organiques

Le système nerveux peut avoir été atteint dans sa structure, notamment par anoxie, c’est-à-dire privation d’oxygène, au moment de la naissance ou juste après, si l’enfant a été long à respirer. Dans ce cas, un certain nombre de cellules sont mortes. C’est un trouble organique. Évidemment, les troubles résultants sont proportionnels à la gravité et à l’étendue des lésions cérébrales.

Les cellules nerveuses détruites ne pourront pas assurer le développement des fonctions qui leur étaient dévolues. Cette fois, il est indispensable que l’organisme crée des voies de compensation pour suppléer les voies normales. Alors que dans le cas de problèmes fonctionnels la création de compensations peut être une gêne à l’amélioration des problèmes de l’enfant, ici, il n’y a pas de choix. Il faut les favoriser.

Là encore, c’est la stimulation de l’environnement qui permettra le développement des compensations. Mais dans les cas de lésions cérébrales, la stimulation doit être extrêmement forte et répétitive pour forcer le corps à élaborer les compensations. Plus les lésions sont importantes, plus la stimulation doit être grande et répétée. Glenn Doman, étudiant cette possibilité, a mis au point une méthode d’aide à l’enfant lésé cérébral appelée le patterning (7), fondée sur un programme de stimulation intensive de l’enfant, pour aider l’organisme à créer les compensations nécessaires à la réalisation de ses fonctions.

 L’ostéopathie

Souvenons-nous qu’un des principes fondamentaux de l’ostéopathie est la relation de la structure à la fonction, « La structure gouverne la fonction », disait A.T Still, il paraît logique de penser qu’en améliorant la structure dans le corps, et notamment la structure au niveau du mécanisme respiratoire primaire, nous aurons un effet bénéfique sur les altérations de fonctionnement qui résultent.

On a ainsi découvert que des lésions importantes siégeant dans ce mécanisme : restrictions, déformations, immobilités, peuvent considérablement gêner le développement du cerveau de l’enfant, soit parce qu’elles ne lui permettent pas de disposer d’une aisance, d’un espace suffisants, soit parce qu’elles provoquent une restriction dans les flux de circulation sanguine.

Pour les enfants plus gravement lésés au niveau du système nerveux central, le but sera, en plus de redonner au mécanisme respiratoire primaire son fonctionnement le plus optimum, de l’aider à élaborer ses compensations.

Dans de tels cas, l’ostéopathie, si elle ne soigne pas la source du problème, est une aide précieuse, car elle permet d’établir sur le plan fonctionnel des conditions les meilleures possibles pour aider au développement de l’organisme.

Lorsque les lésions cérébrales sont trop importantes pour pouvoir envisager une récupération significative, le traitement ostéopathique apporte souvent à l’enfant un meilleur confort de vie. Il est moins tendu, moins nerveux, il souffre moins. Il est moins « mal dans son corps ». Cela se répercute sur la vie familiale et aide les parents dans leur dure tâche.

L’ostéopathie n’est, bien entendu, pas une méthode exclusive, mais doit s’inscrire dans un cadre thérapeutique faisant appel à tout ce qui peut aider l’enfant à surmonter son handicap. L’ostéopathe envisage donc son travail dans le cadre d’une équipe, au sein de laquelle il apporte une contribution qui peut être primordiale. Ainsi, l’ostéopathe devrait être intégré au sein des équipes spécialisées dans le traitement des enfants dont le développement psychomoteur est entravé. Il apporterait certainement une aide précieuse, parfois fabuleuse.

 Différents types de handicap

Comme nous l’avons fait remarquer précédemment, il existe de nombreux types de handicaps, trop diversifiés pour que l’on puisse les associer sous un même nom. Nous allons considérer trois grandes sources de handicaps, celles que nous rencontrons le plus souvent au sein de l’association Enfant handicapé, l’espoir ostéopathique.

  • L’enfant infirme moteur cérébral

L’infirmité motrice cérébrale est une altération de fonctionnement du système nerveux central, la plupart du temps consécutive à un défaut d’oxygénation survenu dans la période néonatale, au moment de l’accouchement (notamment dans les cas de naissance difficile) ou dans les jours ou mois suivant la naissance (souvent pour des raisons traumatiques, notamment chute sur la tête). Dans ce cas une partie plus ou moins importante du cerveau est lésée et les troubles de développement sensitivo-moteur de l’enfant sont proportionnels à l’étendue des lésions cérébrales.

  • Les séquelles d’encéphalites

Là également, il s’agit de lésions du système nerveux central, mais dont l’origine est autre. L’enfant n’a pas eu de problème de naissance mais les lésions sont consécutives à une encéphalite (inflammation du système nerveux) ou une méningite (inflammation des méninges). Ces inflammations sont souvent d’origine infectieuse, parfois consécutives à des phénomènes convulsifs, parfois, il s’agit de réactions post-vaccinales, la plupart du temps passées inaperçues.

  • L’enfant trisomique (8)

L’enfant trisomique ne fait pas partie de la catégorie dont nous venons de parler. La trisomie, en effet, est un problème d’origine génétique. Il ne s’agit donc pas ici de lésions du système nerveux central. L’ostéopathie ne soigne pas la trisomie en tant que telle. Pourtant, il est connu qu’elle apporte à ces enfants une aide non négligeable. Elle leur permet de se développer beaucoup plus rapidement et complètement que d’autres enfants atteints de la même anomalie, mais ne bénéficiant pas de tels soins. Ces enfants sont alors plus vifs, plus éveillés, plus heureux de vivre. Pour les parents de tels enfants, les bienfaits de l’ostéopathie ne font aucun doute !.

 Notes

  • 1. Glenn Doman, Enfants, le droit au génie, Édition Hommes et Groupes, 1986.
  • 2. Th. Brazelton, T. Berry Brazelton vous parle de vos enfants, Stock- Laurence Pernoud, 1988.
  • 3. F. Veldman, Haptonomie, science de l’affectivité, Éd. PUF.
  • 4. B. Martino, Le bébé est une personne, Balland, 1985.
  • 5. A. A. Tomatis, L’Oreille et la Vie, Éd. Robert Laffont, 1977.
  • 6. C. Lorentz, Essai sur le comportement animal et humain, Éd. du Seuil, 1974.
  • 7. G. Doman, Les guérir est un devoir, Éd. Épi, 1984.
  • 8. Anomalie génétique due à la présence d’un chromosome supplémentaire dans une paire chromosomique. La trisomie 21 était autrefois appelée mongolisme.

 L’apport de l’ostéopathie

Il n’est pas de notre propos de prétendre que l’ostéopathie est une thérapeutique miracle, surtout dans le cadre du traitement de l’enfant handicapé. Notre expérience nous montre pourtant de façon irréfutable que des soins réguliers apportés à de tels enfants donnent des résultats allant parfois au-delà de ce que l’on pouvait attendre compte tenu de l’atteinte connue ou supposée connue de l’enfant.

Dans le cas de troubles peu importants, reliés au domaine fonctionnel, l’ostéopathie est une approche de choix, permettant de redonner aux mécanismes généraux du corps un équilibre et une harmonie suffisants pour voir l’enfant évoluer favorablement.

Dans le cas de troubles importants, laissant des séquelles graves, l’ostéopathie apporte souvent un confort et un mieux-être physique et psychique consécutifs aux normalisations tissulaires profondes. Elle permet d’aider l’enfant à développer le mieux possible ses systèmes de compensation. Mais, elle ne saurait agir comme thérapeutique unique. Elle doit s’inscrire dans un programme de traitement de l’enfant, qui doit être stimulé de manière adéquate pour développer des adaptations.

Dans tous les cas, elle permet à l’enfant de vivre mieux dans son corps, malgré les difficultés qu’il rencontre. Cela est déjà en soi un résultat non négligeable.

 Que fait l’ostéopathe ?

  • Le mécanisme crânien

Comme le fonctionnement du mécanisme crânien est le fidèle reflet de l’état de l’ensemble de l’organisme, beaucoup d’ostéopathes l’examinent en premier lors de leur recherche d’anomalies. Pour déceler et corriger les éventuelles lésions du mécanisme crânien, le praticien n’a besoin d’aucun appareillage compliqué. Ses mains sont ses seuls outils.

L’enfant est allongé confortablement sur une table, le praticien pose ses mains sur son crâne avec un contact qui doit respecter les tissus.

Dans un premier temps, l’ostéopathe s’imprègne de ce qu’il ressent. Il peut compter les pulsions crâniennes qui normalement sont de 8 à 12 par minute. Le rythme crânien est un fidèle reflet de la vitalité du sujet examiné. Il en évalue mentalement le rythme, l’amplitude, la force.

Dans un second temps, il recherche l’état de densité du crâne (pour comprendre la densité, imaginez la différence de sensation au contact d’une boule de billard comparée à celle d’une orange). Il est évident que certaines structures sont naturellement plus denses que d’autres. Par exemple, l’os est plus dense que le muscle. La densité renseigne bien sur l’état de communication tissulaire d’une région. Plus cette région vit bien, plus elle communique, et moins elle est dense.

L’ostéopathe recherche également l’état de tension (pour comprendre la tension, imaginez la différence de contact existant entre un ballon gonflé et un autre moins gonflé). La tension renseigne surtout sur l’état de stress d’un organisme. Plus il y a de tension, plus il y a de stress.

Enfin, il recherche si le crâne présente des anomalies de fonctionnement, notamment dans ses mouvements physiologiques. Pour cela, il procède à des tests lui permettant d’identifier les perturbations et de faire les corrections qui s’imposent.

Tout cela est très doux, sans aucune action de force. L’ostéopathe se contente de maintenir le crâne dans une position qui permettra aux forces internes du corps de se manifester et de « remettre en marche le mécanisme qui était faussé ».

Le praticien pourra utiliser la coopération du patient en lui demandant de respirer d’une certaine façon. Le patient (du moins le patient adulte) ne sent rien de désagréable, au contraire, il se sent bien, il se relaxe et parfois il s’endort.

La correction des lésions crâniennes est l’affaire de l’ostéopathe formé pour ce genre d’intervention. Cela demande une étude approfondie et un entraînement persévérant car ces techniques sont difficiles à acquérir et à maîtriser. Souvent des années de travail sont nécessaires pour y parvenir.

Cependant la simple perception du mouvement crânien ne fait pas appel à un don particulier. Elle est accessible à toute personne possédant une bonne sensibilité tactile. Cette sensibilité, comme tout système de perception, peut s’affiner considérablement par l’entraînement pour devenir, chez l’ostéopathe, extrêmement performante.

Le travail tissulaire de l’ostéopathe ne se borne pas au crâne, mais également au bassin, notamment au sacrum, et à tous les tissus du corps. Dans toutes les parties du corps peuvent exister des anomalies dans la vie tissulaire. Comme nous avons vu que les tissus sont chaînés les uns aux autres, il est important de détecter et traiter ces anomalies où qu’elles se trouvent dans le corps.

Ainsi, même si, dans le traitement de l’enfant, l’ostéopathe attache une grande importance au mécanisme crânio-sacré, il prête également une grande attention à tous les autres tissus du corps, y compris les tissus viscéraux.

  • Le traitement à plusieurs

Le traitement à plusieurs praticiens est d’un grand intérêt, parce que chaque partie du corps est une voie de communication avec l’extérieur (ne serait-ce que par la peau). Ainsi, chaque partie du corps est une voie d’entrée potentielle au traitement ostéopathique. Et comme toutes les parties communiquent les unes avec les autres, un changement obtenu dans une zone du corps entraîne des modifications dans tout l’organisme.

Traiter à plusieurs praticiens permet donc non seulement de détecter des anomalies dans la vie tissulaire dans plusieurs parties du corps, mais encore de les libérer simultanément. Ce type de travail permet également de percevoir les changements survenant dans différentes parties de l’organisme du patient lorsqu’une zone à problème se libère. On peut ainsi aider le corps à adapter le changement.

Pour toutes ces raisons, le traitement à plusieurs praticiens permet d’aller beaucoup loin et souvent beaucoup plus vite dans le travail de libération et d’adaptation profondes. Cela est particulièrement important pour les patients ayant de gros problèmes tissulaires, ce qui est le cas des enfants handicapés. C’est la raison pour laquelle ce mode de travail a été choisi dans le cadre de l’association Enfant handicapé, l’espoir ostéopathique.

D’ailleurs seul le cadre associatif permet de rassembler les conditions matérielles permettant la mise en œuvre d’un tel travail avec succès :

- infrastructure matérielle telle que salles, tables, secrétariat, etc. ;
- possibilité de réunir un nombre de praticiens suffisant pour constituer des équipes de traitement d’au moins deux ou trois intervenants, voire plus.

  • Les pleurs de l’enfant

Un des aspects les plus spectaculaires du traitement ostéopathique de l’enfant vient de ses manifestations émotionnelles : l’enfant pleure, parfois se débat, donne l’impression de souffrir, ce qui inquiète les parents assistant au traitement.

Faisons tout d’abord remarquer que le traitement ostéopathique de l’enfant tel que nous venons de l’exposer n’est pas en lui-même douloureux. Le même travail accompli chez l’adulte, est le plus souvent ressenti comme agréable. Si de l’inconfort survient parfois, il est mineur et n’entrave pas le travail tissulaire. Alors pourquoi l’enfant pleure-t-il ou se débat-il ainsi ? Plusieurs explications peuvent être avancées.

Tout d’abord, les enfants que nous traitons dans le cadre de l’association ont un passé chargé de souffrance. Cette souffrance imprègne leurs tissus, on dit qu’elle est engrammée. Lorsque nous commençons à libérer les blocages tissulaires profonds, la souffrance émerge. Elle sort en même temps que les tissus se libèrent.

L’enfant vit l’instant présent tel qu’il le ressent. Il n’a pas, comme l’adulte, appris à raisonner, à relativiser les choses, à se distancier. De sorte que lorsqu’il ressent une émotion ou une souffrance, il l’exprime immédiatement. Il est donc logique, que le travail tissulaire libérant de la souffrance physique ou émotionnelle, celle-ci s’exprime dans l’instant.

Avant l’âge de six, sept ans, il est très difficile de communiquer avec un enfant à l’aide de la raison. Il n’aborde pas la vie de cette manière. Il est important de lui expliquer ce qui se passe, ce qu’on va lui faire, mais il ne faut pas espérer que ces explications permettront de passer outre l’expression des émotions qui émergent.

La panique est une émotion s’exprimant de manière particulièrement constante. Elle est logique, notamment lorsque la difficulté de l’enfant est reliée à la naissance difficile. En effet, à ce moment, l’enfant est totalement bloqué et très fortement comprimé, ce qui en soit est générateur de panique. Si, de surcroît, l’atmosphère environnante est tendue, ce qui est logiquement le cas lorsque les choses ne se passent pas bien, l’enfant panique. Parce qu’un nouveau-né ne peut exprimer clairement ce type d’émotion, on a estimé qu’il ne la ressentait pas. C’est totalement faux.

Les recherches de Freud ont montré que l’enfant est parfaitement capable de perception, de souvenir et de souffrance. Ces premières recherches furent confirmées par bien des observateurs ultérieurs, tels qu’Arthur Janov (1) avec la primal thérapy et bien d’autres.

Plus récemment, un accoucheur, le Dr Frédéric Leboyer (2), qui pratiquait son art de manière tout à fait classique, fut amené, au cours d’une recherche personnelle, à effectuer des régressions éveillées et à contacter des incidents qu’il avait vécus quand il était en formation dans le ventre de sa mère.

Il avait toujours cru, puisque c’était un dogme qu’on lui avait enseigné, que l’enfant en formation n’avait pas l’aptitude à percevoir, que la vie de l’enfant dans le ventre de la mère était une période paradisiaque et qu’une partie des problèmes de l’enfant mal adapté était liée à la volonté de ne pas quitter ce paradis ou de le retrouver.

Et voilà qu’au cours de processus tout à fait éveillés, il retrouvait des incidents vécus par lui pendant la grossesse de sa mère et qui n’étaient pas du tout confortables et même parfois très chargés en douleur et émotion.

Il revécut également sa naissance et s’aperçut combien cela avait été violent, combien les bruits et la lumière avaient été agressifs pour lui, qui soi-disant ne pouvait percevoir, puisqu’il était bébé et que tout le monde sait bien que les bébés ne perçoivent rien...

Cela fut un tel choc pour lui, qu’il modifia radicalement sa manière de pratiquer les accouchements et mit au point la méthode qui porte son nom, destinée à rendre l’accouchement aussi facile et doux que possible.

De tout cela, il ressort que chez l’enfant handicapé, une grande quantité de souffrance est engrammée dans les tissus et que lorsque l’ostéopathe les libère, cette souffrance et les émotions associés, souvent la panique, ressortent et sont revécues par l’enfant qui les manifeste comme si elles arrivaient dans le présent. Cependant, ce qu’il ressent dans le présent est loin d’être aussi violent que la souffrance réellement vécue au moment de la naissance. Il faut en tout cas lui laisser l’exprimer, sinon, il risque de la refouler et d’en conserver la trace tissulaire.

Par ailleurs, nous oublions que l’enfant désire communiquer. Son corps, par son immaturité, l’en empêche ou le limite. Il constitue une barrière. Nous, adultes, avons déjà expérimenté la frustration et la souffrance que représente l’impossibilité de communiquer quelque chose. L’enfant, en tant qu’être, ressent également une telle souffrance. Il ne peut la verbaliser, ni la rendre consciente. Il est trop jeune pour cela. II ne peut que la ressentir et l’exprimer à sa manière. Si, en plus, le handicap l’empêche d’utiliser son corps, sa souffrance et son isolement sont d’autant plus forts.

Enfin, nous sommes tous nés un jour et pour un certain nombre d’entre nous, cela n’a pas été facile. Ainsi avons-nous engrammé dans nos tissus contraintes mécaniques, émotions et considérations. Lorsque nous nous trouvons en présence d’un enfant qui dramatise, c’est-à-dire qui revit sa propre souffrance de naissance, il se trouve dans cette manifestation suffisamment d’éléments communs avec notre propre naissance pour que notre organisme se mette lui aussi à dramatiser, par simple mise en résonance. Nous ressentons du mal-être, sans parvenir à déterminer d’où il provient, ce qui est normal puisque cela se passe dans le profondeur inconsciente de notre corps. Pourtant, nous nous sentons remués, bien au-delà de ce qui se passe réellement dans le présent. Ainsi, nous souffrons avec cet enfant qui libère sa souffrance. Cela est encore plus fort pour la maman, qui a vécu comme coacteur la naissance de son enfant et qui a souffert elle aussi.

L’ostéopathe également peut se sentir mal à l’aise devant l’expression émotionnelle ou souffrante de l’enfant qu’il soigne. Il doit apprendre à passer outre - non pas à l’ignorer, ni à la minimiser, mais à la confronter. Sinon il n’osera pas continuer et l’enfant ne pourra se libérer.

  • Évaluer les progrès

À part quelques exceptions, l’évaluation des progrès des enfants handicapés traités en ostéopathie est extrêmement difficile : à cause de la gravité des atteintes du système nerveux, les progrès se font rarement de manière fulgurante. Comment peut-on évaluer la progression d’un enfant en cours de traitement ?

Sur le plan ostéopathique, la modification des restrictions et tensions tissulaires constitue un moyen possible. La difficulté vient du fait qu’il n’existe pas d’appareil pour enregistrer l’état de tension ou de densité tissulaire, d’autant plus que cet état varie considérablement selon ce que vit l’enfant. De plus, il est rare que le même praticien revoie l’enfant à la séance suivante et même si c’était le cas, le temps écoulé entre les séances ne permettrait pas de mémoriser cet état. Les comptes rendus de séances rendent compte de ce qui s’est passé au cours d’une séance de soin, mais de manière très imparfaite par rapport à la subtilité d’une perception tissulaire. Enfin, l’état de tension et de densité change lentement chez ces enfants assez gravement atteints.

L’observation des parents est un élément utile. Mais elle est pour une bonne part subjective et, à moins de progrès particulièrement évidents, les parents eux-mêmes ne discernent pas facilement l’évolution de leur enfant. Ils peuvent dire : « Il est plus calme », « Elle est plus gaie, plus aimante », etc.

C’est dans les travaux de G. Doman (3) que Monique Thinat (4), une de nos consœurs ostéopathe, a trouvé le moyen d’évaluer objectivement les progrès de l’enfant. Doman utilise une grille sur laquelle sont consignées les compétences sensitives et motrices de l’enfant entre la naissance et six ans, âge où toutes les compétences de base sont normalement acquises. Ainsi, lors de la première consultation ostéopathique, et ensuite une fois par an nous effectuons un test permettant de déterminer les compétences sensitives et motrices réellement acquises par l’enfant.

En comparant ces compétences acquises au tableau de la référence de l’enfant « normal », nous pouvons établir un rapport qui nous permet de savoir si l’enfant a progressé, dans quels domaines et de combien (voir le tableau d’acquisition des compétences chez l’enfant normal, tel qu’il a été établi par les instituts Doman et tel que nous l’utilisons).

Notes

1. Arthur Janov, Le Cri primal, Flammarion, 1974. - retour

2. Frédéric Leboyer, Pour une naissance sans violence, Le Seuil, 1974. - retour

3. Glenn Doman, Les guérir est un devoir, Épi, 1984. - retour

4. Monique Thinat, « Les enfants déficients profonds », mémoire pour l’obtention du diplôme d’ostéopathe (juin 1992).

Nous remercions Pierre Tricot et la rédaction de la revue Énergie Santé de nous avoir autorisé à reproduire cet article.

1ère publication sur le Site de l’Ostéopathie le 7 décembre 2005



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