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Les effets des forces de gravitation sur la structure

Créé le : samedi 25 avril 2015 par C.R. Nelson, DO., H.V. Hoover, B.S, DO.

Dernière modificaton le : vendredi 5 avril 2024

Les effets des forces de gravitation sur la structure

H.V. Hoover, B.S, DO. - C.R. Nelson, DO.


Extraits des Year-Book de l’Académie Américaine d’Ostéopathe, Volume II, p.48-77.
Titre original : Effects of gravitational forces on structure
Traduit par Françoise Burty et Alain Abehsera, avec l’autorisation de l’AAO.

Le Site de l’Ostéopathie remercie Alain Abehsera et Françoise Burty de l’avoir autorisé à reproduire cet article.


 Introduction


Parmi les diverses causes de la maladie, existe une liste imposante de forces physiques auxquelles le corps est soumis. Parmi toutes ces forces, celle de la gravité est de loin la plus constante ; et en ce qui concerne les mécanismes structuraux du corps, que maintenant nous connaissons bien, elle est une des plus dévastatrices.

C’est vrai, la force compressive de la gravité a, dans l’ensemble une influence bénéfique. Sans elle, les Lois de la Mécanique sur lesquelles l’univers entier repose, nécessiterait des changements graves et éventuellement destructifs. Cependant, il faut souligner que, pour le corps humain, le rôle bienfaisant de la force de gravitation se limite à des domaines très spécifiques. Étant donné que le corps, en tant que structure, doit se soumettre aux lois de la mécanique, toute situation qui tend à déséquilibrer, sur le plan mécanique, son système extrêmement complexe de leviers et de "cantilevers", transforme la forme compressive de la gravité en une force adverse qui fait partie d’un système d’effort de flexion.

Pour expliquer la différence entre le support d’une simple compression et celui qui agit par le biais d’un effort de flexion, nous pouvons comparer l’effet d’un poids de 2 Kg placé sur la tête avec celui du même poids placé dans la main, le bras sous charge étant en extension complète (fig. 1). Sur la tête le poids peut être supporté pendant longtemps sans problème. Dans la main, l’effort de flexion implique un système de leviers et produit une force que le bras humain ne peut pas supporter indéfiniment. Cette comparaison nous montre que le mécanisme de défense des structures auxquelles les forces sont appliquées ne peut pas être suffisamment adéquate pour les protéger d’un traumatisme.

[Les lois de Fryette]

Maintenant, examinons le mécanisme de l’organe rachidien. La réaction des structures du rachis à l’application de forces quelconques obéit aux lois du mouvement physiologique, à moins que ces forces soient trop sévères, par exemple au point de provoquer un cisaillement, une compression ou un déchirement, empêchant ainsi toute la réponse physiologique normale. Le pourcentage de réponses non-physiologiques est cependant très faible, et beaucoup moins d’un pour cent des lésions structurelles de la colonne (ou lésions de Still) entrent dans cette catégorie. Au niveau du rachis, l’application d’une force peut entraîner deux sortes de réponses physiologiques :

1) Le mouvement qui se produit lorsque la colonne est dans la position d’aise normale (ou en position neutre), cette position représentant l’étendue du mouvement dans la flexion antérieure et postérieure où les facettes ne sont pas verrouillées.
2) Le mouvement qui se produit lorsque la colonne est fléchie antérieurement et postérieurement au point où les facettes commencent à se verrouiller.

La première loi du mouvement physiologique [1ère loi de Fryette (FSR)] (fig. 2A), peut être énoncée de la manière suivante :

Dans la position d’aise normale [position neutre], lorsqu’une flexion latérale est introduite vers un coté, les corps vertébraux se tournent en rotation vers le coté opposé (l’ordre des mouvement étant aise normale, flexion latérale puis rotation). Lors de la flexion antérieure ou postérieure, le rachis perd ses caractéristiques mécaniques de pile de blocs (ce qu’il est dans la position d’aise-normale) pour prendre celles d’une règle plate et flexible (À illustrer sur une colonne articulée, puis à démontrer sur un patient).

La seconde loi du mouvement physiologique [2e loi de Fryette (ERS)] (fig. 2B), peut être établie ainsi :

La flexion latérale ne peut pas se produire si les facettes sont verrouillées en flexion ou en extension, à moins qu’elle ne soit précédée et accompagnée par une rotation des corps vers le même coté que la flexion latérale. Par conséquent, l’introduction d’une flexion latérale dans une colonne dont les facettes sont verrouillées en flexion ou en extension, nécessite une rotation des segments vertébraux suivie de la flexion latérale désirée, ces deux mouvements se faisant vers le même coté, et dans l’ordre suivant : hyper-flexion ou extension - rotation flexion latérale. Ces lois des mouvements physiologiques de la colonne seront étudiées en détail dans l’article suivant, mais pour les besoins de cet article, la description qui précède sera suffisante.

Il est bon de souligner ici, que, pour une même force, chacune des trois divisions de la colonne, les régions lombaire, dorsale et cervicale, répond d’une manière particulière. Chaque région a son amplitude particulière de rotation et de flexion latérale, suivant sa morphologie. Cependant, les mêmes principes mécaniques s’appliquent à toutes les régions, de sorte que les mouvements physiologiques de chaque région diffèrent de ceux de tout autre région par l’amplitude et non pas par le type. (Démontrez le mouvement physiologique dans chacune des trois régions).

Nous devons aussi comprendre que chaque fois qu’une articulation rachidienne a traversé n’importe quelle portion de l’étendue normale d’un ou de plusieurs de ses mouvements physiologiques, l’étendue des autres mouvements physiologiques diminue obligatoirement, et l’articulation se trouve dans un état de précontrainte, si bien que la superposition d’un mouvement supplémentaire ou d’une force extérieure, lésionnera l’articulation beaucoup plus facilement que si elle était en position d’aise-normale.

[Causes de déséquilibre]

En gardant à l’esprit ces lois du mouvement physiologique, il est maintenant facile d’analyser comment la gravité déséquilibre le rachis (sauf si le rachis est en parfait équilibre), lorsqu’elle est introduite dans le système mécanique rachidien. Commençons par une cause simple de déséquilibre, par exemple une lésion sacro-iliaque spécifique qui ferait basculer la base du sacrum d’un coté. La base du sacrum étant aussi la base de support de la colonne vertébrale, tout changement dans le plan de cette base, nécessite un changement compensateur dans la colonne, afin de maintenir l’équilibre. Les canaux semi-circulaires de l’oreille interne et les reflexes posturaux des muscles somatiques, des articulations et des tendons sont responsables de ces changements compensateurs. Si chacun des segments du rachis restait dans la même position par rapport au sacrum, toute la colonne pencherait d’un coté et resterait en déséquilibre car les forces de gravitation auraient alors introduit un bras de levier en effort de flexion, dont l’importance serait égale à la distance horizontale entre le sommet du sacrum et une ligne perpendiculaire allant de la tête aux pieds (Fig. 3, ligne a).

Pour éviter un tel déséquilibre, des reflexes posturaux entrent en jeu et entraînent une latexion de la colonne vers le coté opposé à celui de la bascule sacrale. Si le corps est dans une position d’aise-normale, la réponse se fera selon la première loi du mouvement physiologique, en d’autres termes, la flexion latérale vers un coté sera suivie par une rotation des corps vers le coté opposé.

[Définitions]

Avant de continuer cet exposé, il nous semble nécessaire de définir certains des termes couramment utilisés dans les écrits qui traitent des mouvements physiologiques de la colonne et ce, dans l’espoir d’éviter la confusion engendrée auparavant par les différentes définitions, selon l’auteur, des mots "flexion" et "extension".

L’antéflexion [AVF] est une flexion antérieure de la colonne et du bassin par rapport aux membres inférieurs.

La potexion [postflexion, PostF] est une flexion postérieure de la colonne et du bassin par rapport aux membres inférieurs. Ces mots remplacent respectivement les termes "flexion" et "extension" de la colonne, tels qu’ils ont été défini par les anatomistes et utilisés dans nos collèges pour l’enseignement des mouvements physiologiques.

La latexion [latéroflexion (LF)+ rotation (R) opposée (FSR)] est ce mouvement de la colonne qui associe une flexion latérale vers un coté et une rotation, vers l’autre coté [du côté opposé à la latéroflexion, on écrit alors LFR] du corps vertébral. La latexion se produit lorsque la colonne se déplace de la position d’aise-normale vers n’importe quelle direction, en dehors de l’antexion et de la potexion.

La rotexion [rotation (R) + latéroflexion (LF), on écrit alors RLF (ERS)] est ce mouvement de la colonne qui associe une rotation et une flexion latérale du corps vertébral du même coté. La rotexion se produit lorsque la colonne se déplace vers n’importe quel coté, mais en extension ou en flexion marquée.

Les termes "flexion" et "extension" seront utilisés ici pour décrire la position de certaines parties spécifiques de la colonne, par exemple : "extension de la 5e thoracique" ou "flexion de la région cervicale".

La flexion d’une partie de la colonne est définie comme une accentuation de la concavité de la courbe antéropostérieure normale de cette partie.

L’extension d’une partie de la colonne est définie comme une diminution de la concavité de la courbe antéropostérieure normale de cette partie.

[Facteurs de déséquilibre]

Pour en revenir à la question du déséquilibre, plusieurs facteurs déterminent l’importance et le type des compensations de l’inclinaison de la base sacrale. Suivant la position relative des segments rachidiens en flexion ou extension (ceci détermine la quantité de flexion latérale possible pour chaque segment), et suivant d’autres facteurs tels que le degré d’inclinaison du sacrum, l’élasticité des tissus péri-articulaires, etc., une série de courbes appelées "scoliose" se produisent. Chaque individu répond au déséquilibre en produisant des courbes compensatrices dont le caractère est déterminé par les limitations du mouvement, imposées par les lésions ou la posture déjà existantes. Par conséquent, il y a un SCHÉMA INDIVIDUEL DE RÉPONSE. De toute évidence, ceci implique que les schémas ne peuvent pas être classifiés en catégories précises, et il est donc nécessaire de connaître bien les principes généraux pour pouvoir façonner, adapter chaque technique aux besoins exacts du schéma lésionnel de chaque individu.

C’est pourquoi certaines techniques stéréotypées, "les manips" [dans le texte original] ne sont pas très utiles et sont souvent nuisibles. Dans le schéma lésionnel le plus courant, la convexité se produit vers le coté gauche ou le coté droit, jusqu’à un point quelconque dans la région lombaire ou dorsale, et à partir de là, vers les dorsales supérieures sur le coté opposé, et finalement la courbe se prolonge dans la région cervicale, généralement vers le même coté que la région lombaire. Dans les deux ou trois premières cervicales, la compensation permet aux yeux de rester horizontaux et de regarder droit devant. Les déséquilibres du rachis inférieur entraînent toujours une tension sous-occipitale.

Maintenant, souvenez-vous bien que si un segment rachidien a traversé n’importe quelle portion d’une ou de plusieurs de ses étendues de mouvement physiologique, tous les autres mouvements physiologiques de ce segment sont limités. N’oubliez-pas non plus que la lésion ostéopathique est définie comme "tout changement de structure qui entrave la fonction", la fonction dans ce cas, étant l’étendue normale du mouvement d’un segment. Ces principes révèlent que tous les segments ainsi limités sont en lésion dans la mesure où leur fonction est perturbée. La capacité qu’a une structure donnée de résister à une quantité donnée de forces est directement proportionnelle à son étendue de mobilité par rapport à son étendue normale de mobilité. Une restriction entraîne une diminution proportionnelle de la faculté d’adaptation des mécanismes de la structure. Ceci constitue un type de lésion provoqué par un déséquilibre et maintenu par les forces de gravité. La qualité ou la quantité du traitement appliqué à une telle lésion a peu d’importance tant que le facteur qui, à l’origine, a provoqué le déséquilibre persiste et que la gravité agit. Et de là découle la raison de l’échec de beaucoup de traitements manipulatifs.

[Classification des lésions - Compensations]

Revoyons maintenant brièvement ce que le Dr. DAVIS a affirmé à plusieurs reprises : pour appliquer intelligemment un traitement, le type de lésion doit être parfaitement connu. Le Dr. DAVIS a classifié les lésions en lésions primaires et secondaires.

Les lésions primaires de la colonne peuvent être structurelles, par exemple : lésions produites par une jambe courte anatomique, un reflexe segmentaire ou traumatique.

Les lésions secondaires sont presque toujours le résultat d’une traction de gravitation et se produisent lorsque le mécanisme réflexe postural essaie de rétablir l’équilibre en formant des groupes de courbes (la formation de ces courbes obéit à la loi physiologique n°1).

Les lésions réflexes segmentaires se produisent aussi en groupe la plupart du temps, mais elles ont des caractéristiques, comme l’a indiqué le Dr. DAVIS, qui les distinguent des lésions secondaires ; la force qui provoque les lésions secondaires est physique, et c’est le plus souvent la force de gravité. L’équilibre compensateur est alors accompli par les réflexes posturaux. La force qui provoque les lésions réflexes segmentaires est l’irritation viscérale.

Bien qu’elles présentent certaines similitudes entre elles qui embrouillent parfois le diagnostic du praticien, on peut généralement différencier les lésions secondaires des lésions primaires, et appliquer le même traitement pour les deux types de lésions serait évidemment injustifié.

Dans un dos scoliosé, si les facettes des segments vertébraux d’une région donnée sont verrouillées en flexion ou en extension marquée, tout déséquilibre entraînera des compensations qui se feront dans cette même région, conformément à la deuxième loi du mouvement physiologique. En d’autres termes, la rotation et la flexion latérale des segments impliqués se feront du même coté. Au-dessus de la cassure, le reste des structures de la colonne se met en position d’équilibre gravitationnel conformément à la première loi du mouvement physiologique, dans laquelle la flexion latérale du segment se fait vers un coté et la rotation de l’autre coté. Un nouvel ensemble de convexités est ainsi introduit dans le rachis, ces compensations pouvant remplacer (mais le plus souvent elles s’y superposent) le schéma déjà existant. La correction doit inverser les mouvements qui ont provoqué la lésion (produite selon la deuxième loi) et se fait, dans l’ordre, par une flexion latérale d’un coté et une rotation du même coté, suivies d’une flexion latérale ou d’une extension suivant le cas. Après la correction d’une telle lésion, la situation doit être de nouveau conforme à la première loi du mouvement physiologique, dans laquelle la flexion latérale est d’un coté et la rotation de l’autre. En d’autres termes, l’ancien schéma réapparaît si les convexités surimposées sont corrigées en même temps ; si elles ne sont pas corrigées, elles tendent à reproduire la lésion corrigée.

De la même manière, dans une colonne normale, s’il se produit une inclinaison sacrale alors que les facettes d’un ou de plusieurs segments sont verrouillées en extension ou en flexion marquée, la compensation obéit à la deuxième loi des mouvements physiologiques, autrement dit, elle se fera par une rotation des corps du même coté que la flexion latérale. Mais au-dessus et au-dessous de cette région en lésion, les compensations se feront conformément à la première loi du mouvement physiologique, dans laquelle les corps se mettent en rotation du coté opposé à la direction de la flexion latérale. Les possibilités de schémas lésionnel sont infinies du fait de l’interaction des forces (principalement celle de la gravité) sur un mécanisme incapable de résister physiologiquement aux agressions qu’il subit, et qui doit, par conséquent avoir recours à des réponses non-physiologiques appelées "lésions structurelles du rachis" ou’"lésions de Still". Le schéma lésionnel qui se développe est en général celui qui est le mieux adapté, à ce moment-là, aux besoins de la situation. De mauvaises postures peuvent être provoquées par, ou peuvent provoquer, les schémas lésionnels.

[Des schémas lésionnels]

Avant de commencer le traitement, le schéma sous-jacent devrait, si possible, être déterminé. Lorsque le traitement indiqué est une reconstruction prophylactique de la posture, le programme peut prendre toute la vie. Lorsqu’une lésion aigue rompt un schéma existant, il est souvent préférable de n’essayer de rétablir que le schéma. Ceci est faisable si le traumatisme n’est pas trop important et si le schéma peut être évalué avec précision. Dans le cas ou le schéma peut être rétabli, le repos et les soins, comme pour n’importe quelle autre entorse articulaire, aident l’individu à retrouver un bon état de santé.

Lorsque l’irritation s’est calmée, le schéma originel peut être traité ou non, c’est au praticien d’en juger. Si le schéma ne peut pas être rétabli, plusieurs possibilités s’offrent au praticien. Un traitement palliatif peut être appliqué, ce qui aide le patient à construire un nouveau schéma, mais encore plus compliqué, en surimposant la nouvelle lésion et ses éventuels changements compensateurs sur l’ancien schéma. Ceci est le traitement que la nature seule, et de nombreux médecins, utilisent constamment. Ce choix est le moins bénéfique à long terme, mais peut être le seul possible dans certains cas.

Une seconde possibilité s’offre à l’ostéopathe, à savoir une mobilisation de tout le rachis, y compris la lésion récente, même si ceci nécessite un anesthésiant et/ou provoque un traumatisme considérable. Ce traitement était suivi par une immobilisation et par tout autre traitement approprié aux tissus affectés. Mais ceci exige du patient qu’il soit alité, exige souvent un plâtrage ce qui revient à devoir l’hospitaliser.

Cette procédure donne, à long terme, de meilleurs résultats que les mesures palliatives habituelles. La troisième méthode, celle de la manipulation préalable des tissus mous pour préparer la lésion à la correction spécifique est supposée, d’après certaines recherches cliniques, retarder la guérison et ralentir le rétablissement, et provoquer même des irritations et des pathologies qui, à long terme, empêchent un éventuel soulagement total. Ces données furent confirmées par le travail expérimental de BURNS où il est démontré que la correction spécifique des lésions osseuses chez des lapins, après manipulation des tissus mous traumatisaient davantage les tissus (comme on pouvait le voir au nombre d’hémorragies pétéchiales fraiches dans les muscles affectés) que la correction spécifique de ces mêmes lésions sans préparation des tissus mous. Ceci indique que lorsqu’on traite des lésions, les muscles et le ligaments ne doivent pas être manipulés. Facilitez la circulation des fluides et luttez contre la contracture indirectement. Cela ne veut pas dire que traiter les cordons fibreux anormaux que l’on trouve souvent dans les muscles, les ligaments ou les fascias, est inutile, mais que vous devez prendre garde à ne pas traumatiser les muscles et les fascias. Le traitement des tissus mous nécessite un diagnostic et un traitement aussi précis que pour tout autre lésion.

[Des conséquences]

Les systèmes de leviers de la gravité entraînent de nombreux processus destructeurs pour le métabolisme du corps. Les forces de gravitation qui produisent des simples compressions et efforts de flexion, doivent être équilibrées, annulées par des forces de contraction musculaire égales pour que toute position donnée puisse être maintenue. Dans les cas de déséquilibre mécanique extrême, la fatigue musculaire est telle que les conditions mécaniques doivent être modifiées à court terme, sous peine de traumatiser pour toujours le muscle. Dans de tels cas, un bref repos ramène les muscles à la normale. Lorsque le poids du système de levier de gravitation n’est pas suffisamment important pour provoquer des symptômes aigus, et rendent ainsi des modifications nécessaires, mais lorsque, toutefois, l’excès de consommation d’énergie est constant sur une longue période, l’effet cumulatif de la fatigue chronique peut être extrêmement nuisible à l’économie du corps.

Nous avons vu que dans le rachis en compensation, tous les segments impliqués sont en lésion. Nous devons donc considérer qu’en plus des conséquences nuisibles de la fatigue, s’exercent les conséquences neurologiques très étendues de ces groupes de lésions. Ces conséquences comprennent en particulier les reflexes qui affectent d’une manière nocive la fonction des viscères en relation segmentaire.

En outre, les modifications dans les positions relatives des organes viscéraux dus aux cyphoses, aux lordoses ou aux scolioses, peuvent également nuire à la santé. Par exemple, la scoliose peut limiter l’excursion respiratoire du thorax, ou perturber la fonction d’un des membres supérieurs ou inférieurs en changeant le plan d’opération normal de ce membre. Les modifications structurelles importantes provoquent une compression des viscères à l’intérieur de leurs cavités et exercent une influence mécanique considérable sur le volume sanguin et lymphatique des tissus affectés. Ils peuvent aussi provoquer des effets reflexes sur les structures en relation segmentaire telles que la moelle épinière, produisant ainsi des lésions reflexes dans les structures associées. Le syndrome de GLENARD, un exemple de réaction viscérale importante, sera étudié plus loin.

Jusqu’ici, nous avons uniquement cité comme exemple le déséquilibre produit par une lésion sacro-iliaque. Afin que de tels déséquilibres ne soient pas considérés comme rares, donnons ci-dessous une liste partielle des facteurs qui peuvent provoquer une inclinaison de la base sacrale, que nous voyons tous les jours dans nos cabinets. Ces facteurs sont placés approximativement dans l’ordre de leur fréquence.


 [Les causes]


I. LES CAUSES ANATOMIQUES

  1. Les différences de développement dans la longueur des jambes. Bien qu’un petit pourcentage seulement de la population ait subi un examen radiographique du bassin et des régions lombaires, les statistiques faites jusqu’à présent indiquent que bien plus de la moitié des êtres humains sont asymétriques bilatéralement.
  2. Les fractures qui affectent les os des jambes, des chevilles ou des pieds. Une des séquelles de ces fractures est souvent une différence dans la longueur totale des jambes.
  3. L’arthrite. Dans l’arthrite, les fentes articulaires des genoux, des chevilles ou des pieds subissent des modifications dues à l’absorption de tissu osseux ou du cartilage articulaire, rendant ainsi les membres affectés asymétriques et de longueur inégale.
  4. Les pieds plats. L’affaissement de la voûte plantaire dans un pied ou dans les deux est souvent responsable d’un déséquilibre important dans la superstructure.
  5. Les déformations congénitales de la jambe ou du bassin. Des études radiographiques ont révélé qu’il existe un nombre surprenant de cas de développement asymétrique des deux moitiés du bassin, et même des deux moitiés du sacrum. Les têtes fémorales se développent parfois d’une manière inégale. Toutes ces anomalies entraînent un déséquilibre du bassin.
  6. Les anomalies de la structure du crâne influencent probablement la base sacrale, en particulier par l’intermédiaire de la dure-mère, et les structures osseuses en général par une perturbation dans la nutrition des tissus. Ces anomalies ou lésions crâniennes tendent à provoquer une scoliose.
  7. Les processus pathologiques tels que les infections et les métastases des infections qui se déposent dans le cotyle. La destruction consécutive du tissu osseux ou la production d’une fibrose provoquent un déséquilibre structurel important et diminuent aussi l’efficacité fonctionnelle de l’articulation de la hanche.

II. LES CAUSES FONCTIONNELLES

  1. Contraintes d’origine professionnelle. Certains types de professions mènent à des anomalies posturales du fait que le corps est souvent obligé d’adopter une position donnée pendant de longs moments. De tels déséquilibres modifient souvent la courbe lombaire normale. Ils peuvent aussi bien survenir dans la position assise que debout.
  2. Les déséquilibres dus au déplacement du poids provoqué par les lésions ou les pathologies rachidiennes (y compris la mauvaise nutrition).
  3. Les lésions traumatiques structurelles ou "lésion de Still" du sacrum ou de l’ilion.

 DIAGNOSTIC

L’observation est l’une des meilleures manières de détecter un déséquilibre. Est-ce que le patient incline sa tête d’un coté ? Les oreilles sont-elles au même niveau, les crêtes iliaques, les trochanters sont-ils au même niveau ? Est-ce qu’une partie est plus antérieure ou plus postérieure que son opposée ? Les bras pendent-ils à une distance égale du corps ? Est-ce qu’en marchant les bras du patient oscillent symétriquement, ainsi que ses hanches, ses genoux, ses cuisses, ses chevilles et ses pieds ?

Toutes ces questions peuvent être déterminées avant le début de l’examen palpatoire. Pour une vérification plus précise, le Dr. Robert THOMAS de Huntington (Virginie de l’Ouest) a développé une méthode d’observation du tonus musculaire qui indique le lieu du déséquilibre, en déterminant quels muscles se fatiguent le plus rapidement. Les muscles de la masse sacro-lombaire, après avoir été fatigués par une latéroflexion contre résistance, se mettent à trembler lorsque le patient se remet droit. À partir de ces observations, THOMAS décide, au moins en partie, où le traitement doit être appliqué pour améliorer le schéma lésionnel. Le Dr. Walford A. SCHWAB a décrit une méthode qui détecte rapidement la présence d’une jambe courte. Notez bien que cette méthode ne montre pas le coté de l’inclinaison de la base sacrale, mais indique tout simplement le coté de la jambe courte. Le patient, les genoux en extension complète, se penche en avant aussi loin que possible et le niveau du sacrum est évalué à la hauteur du 2e segment sacral qui est situé juste au-dessus des cotyles dans cette position. Au même moment, l’opérateur observe le dos du patient, évalue les courbes présentes et regarde si elles sont régulières ou cassées en un ou plusieurs points.

Maintenant, avec le patient dans la position debout, comparez sur les deux cotés la tension des tissus dans les jambes, la région fessière et sacro-lombaire, et vérifiez ce que vous avez supposé pendant l’observation par la palpation.

Enfin, faites une étude radiographique du bassin (en position debout) et de toute autre région, selon le cas, et comparez ce que vous y trouvez avec ce que l’observation et la palpation vous ont révélé.

[Traitement par talonnette]

Le traitement d’une base sacrale inclinée, comme tout bon traitement, doit être basé sur un diagnostic très précis de sa cause, de ses effets sur le patient, et un pronostic de l’effet probable du traitement sur le patient.

Dans la plupart des cas, la procédure la plus simple pour égaliser la longueur des jambes en présence d’une différence de longueur anatomique, consiste à faire porter au sujet une talonnette ou une semelle d’une hauteur telle que le coté inférieur de la base sacrale soit élevé au même niveau que le coté supérieur, mais jamais plus haut. Ce qui est mieux encore, c’est de baisser suffisamment la hauteur du talon de la jambe longue jusqu’à obtention de l’effet désiré. Parfois, les deux procédures sont faites simultanément, chacune corrigeant la moitié de la différence de longueur. Cette procédure peut être faite, et est souvent faite en plusieurs étapes, permettant ainsi aux tissus de s’adapter progressivement au changement, au fur et à mesure du traitement. Un grand nombre d’écrits traite du port de talonnettes, et il n’est pas nécessaire de rappeler ici ce qui a été dit sur ce sujet ; toutefois, une partie des mécanismes en rapport avec la thérapie par talonnette n’a pas toujours été bien comprise et demande donc certaines explications. Nous savons comment utiliser une talonnette lorsque d’une part le coté inférieur du sacrum, et d’autre part la convexité lombaire qui en résulte, se trouvent du coté de la jambe courte. Mais que faire lorsque la base sacrale est parfaitement horizontale et que la colonne ne montre pas de scoliose évidente ; que faire aussi lorsque la base sacrale est inférieure sur le coté de la jambe longue, inversant ainsi la courbe lombaire en la rendant convexe du coté de la jambe longue ?

La réponse à ces questions nécessite un exposé sur les mécanismes utilisés par le rachis pour compenser les inégalités de la base sacrale. Ce que l’on appelle le 1er degré de compensation (fig. 4) représente l’image type du sacrum inférieur sur le coté de la jambe courte, avec la colonne lombaire s’inclinant vers le même coté dans sa partie inférieure, mais se courbant vers l’autre coté dans sa partie supérieure. Les corps des vertèbres lombaires sont en rotation vers le coté inférieur, tandis que la courbe est concave et donc, en latéroflexion vers le coté supérieur. La colonne s’adapte à ce déséquilibre du bassin en suivant les mécanismes de la première loi du mouvement physiologique : Lorsque toute région de la colonne est en position d’aise normale, et qu’elle est mise en flexion latérale, les corps se tournent en rotation dans le sens de la convexité formée. Il se développe ainsi un schéma lésionnel qui persiste, sauf s’il est traité ou qu’un accident survient et le modifie.

Parfois, le schéma s’interrompt au niveau de la 5e lombaire de la manière suivante : La région peut être placée en extension (antexion de la colonne). Ceci modifie la mécanique du rachis en verrouillant les facettes. Ensuite, une rotation du corps vers la concavité et une flexion latérale du même coté peuvent superposer au schéma lésionnel préexistant, une lésion en extension - rotation - flexion latérale vers la concavité de la courbe lombaire. Le corps de la 5e lombaire est ainsi déplacé de la convexité vers la concavité, modifiant donc les rapports entre le rachis et la base sacrale. Par conséquent, le support du poids est changé. Si la rotexion est extrême, la courbe lombaire s’inverse, et les corps de toutes les vertèbres lombaires sont entraînés par la 5e lombaire vers le coté de la jambe longue. L’inversion de la courbe lombaire déplace le poids du corps vers le côté élevé du sacrum et ce poids, tôt ou tard, entraîne le sacrum de ce coté-là, en rotation en avant et en bas sur l’ilion correspondant jusqu’à ce que la pression soit soulagée. De cette manière, le coté précédemment élevé peut descendre plus bas que l’ex-coté inférieur, le résultat final étant que le coté inférieur du sacrum et la convexité lombaire sont du coté de la jambe longue. Ceci constitue une compensation au 3e degré. Si la rotexion de la 5e lombaire n’est pas très importante, la base sacrale peut, au cours de sa rotation compensatrice, s’arrêter à un niveau où les deux cotés de la base sont à hauteur égale en faisant ainsi qu’il n’y ait pas de scoliose, même en présence de membres inférieurs de longueur inégale ; ceci représente le 2e degré de compensation. Il est probable que des déplacements du poids autres que ceux dont nous avons parlé, peuvent entraîner des conséquences similaires dans le rachis lombaire lorsque ce dernier tente de compenser une inclinaison de la base sacrale. Mais si les facteurs mécaniques décrits ci-dessus sont bien compris, les facteurs mécaniques de la plupart de ce genre de cas seront bien compris par le praticien.

Doit-on prescrire des talonnettes dans ces compensations au 2e et au 3e degré ? À notre avis, non. Il semble que le fait de placer une talonnette sous la jambe courte a tendance à exagérer la rotexion des vertèbres lombaires, produisant ainsi une courbe inversée plus importante, tandis que les talonnettes placées sous la jambe longue tendent à accentuer l’inclinaison latérale compensatrice du sacrum et du bassin avec des conséquences nuisibles similaires.

Que doit-on faire alors ? La lésion sacrale produite par le déplacement du poids vers le coté supérieur et par la rotexion des vertèbres lombaires doit, si possible, être corrigé et l’ancien schéma d’aise-normale flexion latérale des corps vers le côté supérieur, et rotation des corps vers le côté inférieur doit être reconstitué. La compensation au premier degré ainsi obtenue, peut alors être traitée par le port d’une talonnette et par tout autre mesure appropriée. La transformation d’une compensation au 2e et 3e degré en une compensation au 1er degré est une tâche si ardue qu’elle ne doit pas être considérée à la légère par l’ostéopathe ou par le patient, tous deux devant coopérer totalement afin d’assurer le résultat désiré. L’effort du patient consiste à maintenir, par une posture adéquate, la flexion de la région lombaire (lordose normale).

Nous recommandons aux lecteurs les écrits de FRYETTE, HOSKINS, SCHWAB, PEARSON et bien d’autres sur la thérapie par talonnette.

[Des lésions ilio-sacrales et sacro-iliaques]

Le traitement de l’inclinaison de la base sacrale, consécutive à des lésions structurelles ou "lésions de Still", a été décrit par le Dr. DAVIS dans son exposé sur les lésions que l’on trouve dans les cas de sciatique. Cependant, il est bon de souligner que certaines lésions sacrales, celles dans lesquelles le sacrum se met dans une position anormale entre les ilions, sont généralement le résultat de déplacements posturaux et de la traction de la gravité qui agit sur des bras de leviers avec une force qui dépasse la capacité de résistance du corps. Qui, parmi les ostéopathes, par exemple, n’a pas rencontré des cas de torsion sacrale chez un individu qui, en position assis, s’était penché en avant et sur le coté (les lombaires étant donc verrouillées en extension) pour chercher à atteindre un stylo tombé par terre par exemple. Ce mouvement entraîna une rotexion des lombaires ce qui mit le sacrum en torsion entre les ilions, les ischions étant immobilisés par le contact avec le capitonnage du siège.

La lésion sacro-iliaque, dans laquelle le sacrum se déplace par rapport à l’ilion, fait généralement partie d’un schéma postural tandis que la lésion ilio-sacrale, dans laquelle une position anormale par rapport au sacrum, est une lésion traumatique. Du point de vue du diagnostic, la différence essentielle entre ces deux lésions est la présence d’un déplacement considérable dans une direction crânienne ou caudale, d’un des os du pubis au niveau de la symphyse pubienne dans les lésions ilio-sacrales, et d’aucun déplacement, ou bien minime, de la symphyse dans les lésions sacro-iliaques. La région de la symphyse est sensible à la pression dans les deux types de lésions. En théorie et en pratique, ces considérations sont assez importantes lorsque l’on tente, dans le but de la corriger, d’inverser le processus de développement d’une lésion. Les lésions ilio-sacrales sont corrigées en déplaçant l’ilion par rapport au sacrum, tandis que les lésions sacro-iliaques peuvent être corrigées en déplaçant le sacrum entre les ilions, soit par une force dire-te, soit par l’utilisation de la traction physiologique de la respiration. Dans chaque cas, un repositionnement précautionneux, déterminé par la mobilité et la normalisation des tensions ligamentaires, indique la réussite de la correction. Si une force suffisante est appliquée de manière adéquate, toute technique peut corriger n’importe quelle mauvaise position du sacrum entre les deux os.

[Des lésions-clé]

Le traitement des effets de la gravitation sur la colonne doit être précédé par un diagnostic du schéma lésionnel existant. Le but de ce genre de traitement doit être d’inverser le plus possible le processus de développement du schéma. Si des interruptions existent dans le schéma, provoquées par la superposition des schémas nouveaux à l’ancien, ceux-ci doivent être traités en premier, et l’interruption ou la lésion-clé doit recevoir toute votre attention. La lésion-clé est généralement une lésion du type II, parfois compliquée par un glissement latéral traumatique, ou un glissement antérieur ou postérieur et souvent superposé à une lésion du type I. Au-dessus d’elle, on trouve généralement des groupes irréguliers de lésions parfois mêlés à des lésions individuelles, indiquant ainsi la superposition d’un schéma sur un autre. De plus, il existe souvent un problème de symétrie dans les courbes antéropostérieures dans ces systèmes compliqués. Selon le Dr. DAVIS, qui tient cette idée du Dr. Carl Mc. CONNELL, la lésion-clé est la lésion la plus basse dans la ligne du milieu. Ceci est vrai, que la lésion soit superposée à un schéma ou qu’elle se produise dans une colonne sans lésions.

Après la correction de la lésion-clé, le schéma surimposé doit être éliminé en traitant le dos de manière à ce que le schéma scoliotique originel soit reproduit. Lorsque les courbes d’origine réapparaissent fidèlement, elles sont traitées, et en même temps, l’inclinaison de la base sacrale est corrigée. Ce traitement se fait en plaçant la colonne en position d’aise-normale, et en étirant les concavités des courbes, puis en mettant les corps vertébraux en rotation dans les convexités formées, là où auparavant les concavités étaient situées. Ceci est évidemment impossible à faire dans les cas de scoliose organique, mais tout à fait possible dans les cas de scoliose fonctionnelle. Grâce à ce procédé, les mécanismes de production des courbes sont inversés conformément à la 1ère loi du mouvement physiologique.

[Modifications des tissus mous]

Pour attirer votre attention sur certains autres aspects des effets de la traction gravitationnelle, je citerai ce passage tiré d’un article du Dr. Augus G. CATHIE, intitulé : « Modifications des tissus mous, consécutives à la mauvaise posture » [JAOA 1949].

« Généralement, à chaque fois que les deux insertions d’un muscle sont rapprochées, le muscle subit un raccourcissement, ce qui représente donc un facteur important dans le maintien du déséquilibre. Dans la majorité des cas, les modifications musculaires précèdent les modifications articulaires. Lorsque la musculature de la colonne est impliquée dans des déviations latérales, les ligaments et les muscles sont raccourcis d’un coté et étirés de l’autre coté. Dans certains cas, la direction de la traction musculaire est tellement modifiée que sa position est loin de la normale. Dans les cas sévères ou de longue durée, des changements plus sévères peuvent se produire. Les muscles raccourcis peuvent subir une dégénérescence adipeuse, certains deviennent fibreux, et si le muscle frotte continuellement sur une surface osseuse, il peut devenir tendineux. La limitation du mouvement entraîne une atrophie du sevrage. Sur le coté de la convexité d’une colonne scoliotique, le changement le plus caractéristique est un changement fibreux…

« Des bandes spécialisées de fascias épaisses, denses, s’associent aux muscles posturaux pour maintenir la posture normale. Ces groupes de fibres fasciales forment des bandes de stress ou de tension dans certaines régions comme, par exemple, la bandelette de MAISSIAT dans la cuisse et le fascia lombo-dorsal. La première joue un rôle dans la stabilité de la hanche et le genou, et la seconde joue le même rôle pour la cage thoracique. Le mot "fibrosité" désigne un processus inflammatoire local ou général (souvent dû à une mauvaise posture, H.V. HOOVER) des fascias, des manchons conjonctifs des muscles, des cloisons intermusculaires, des ligaments, des aponévroses et des tendons. La fibrosité entraîne souvent des douleurs articulaires, une raideur, des douleurs et une faiblesse musculaires…

« La limitation de l’activité musculaire et la restriction de l’étendue de mouvement de l’articulation est accompagnée par une diminution du débit sanguin et lymphatique. Ceci s’applique particulièrement au sang veineux et à la lymphe qui dépendent en grande partie de l’activité musculaire pour leur drainage. L’importance du débit lymphatique et la valeur des traitements manipulatifs de drainage lymphatique, sont enseignés depuis longtemps par la profession ostéopathique, et doivent être gardés à l’esprit ».

Certains changements posturaux sont aussi accompagnés par des modifications dans la position des viscères. On pourrait en établir une longue liste, mais pour le moment, nous ne parlerons que de deux structures responsables d’une malposition et une malfonction viscérales : les plis péritonéaux et le diaphragme.

« La vessie, et chez la femme l’utérus, dépendent de l’intégrité du plancher pelvien pour leur position, comme le montrent les cas où le support périnéal de ces structures est devenu insuffisant. Ces mêmes viscères intra-abdominaux et intra-pelviens peuvent, en cas de mauvaise posture, exercer une pression anormale sur le plancher pelvien et sur les structures vasculaires qui traversent le bassin. Les structures alimentées et drainées par ces vaisseaux sont alors susceptibles de devenir le siège d’une congestion chronique ».

Ces citations montrent les effets de la gravité sur le tissu mou. Évidemment, les ostéopathes doivent traiter les pathologies des tissus mous comme une source de maladie et d’invalidité, comme un facteur de perturbations de la mécanique articulaire et finalement, comme une source de reflexes nerveux nociceptifs.

Exercices pour les étudiants :
 - Reconnaissance des mouvements physiologiques de la colonne dans les différentes régions du rachis.
 - La technique de SCHWAB pour diagnostiquer la jambe courte.
 - La détection du stress postural par la découverte des régions de tension tissulaire inégale.
 - La différenciation entre lésions sacro-iliaques et ilio-sacrales.
 - Le traitement de la scoliose par étirement des concavités, afin de d’inverser la courbe et la rotation des corps vertébraux dans la convexité nouvellement formée.


 Le syndrome de Glénard


Frantz Glénard (1848-1920)
Wikipédia

Les conséquences néfastes de la traction gravitationnelle ont été étudiées du point de vue clinique depuis longtemps par les médecins. Au 19e siècle, GLENARD [1] décrit si bien ces conséquences, qu’on donna son nom à la maladie qui regroupe tous ces facteurs pathologiques. Depuis lors, certaines des explications physiologiques qu’il donna pour les symptômes de cette maladie ont été discréditées, mais le syndrome lui-même est toujours étudié, et dans bien des textes, il porte encore son nom. D’autres médecins, dont BEDINGFIELD, ont approfondi les travaux de GLENARD.

Les quatre symptômes cardinaux d’un cas de syndrome de GLENARD [2] bien développé sont : la faiblesse, la maladie viscérale, surtout dans l’abdomen, mais souvent dans le thorax, le cou et la tête, la constipation et la flatulence.

La faiblesse est primaire et résulte de la fatigue qui précède les autres symptômes, mais plus tard, elle peut être minimisée par le patient et oubliée dans la masse de symptômes plus importants. Autrefois, de nombreux patients qui, de prime abord étaient diagnostiqués comme des cas de maladie cardiaque ou de tuberculose, furent ensuite guéris de la maladie dont ils étaient réellement atteints, la fatigue chronique du syndrome de GLENARD, par le repos au lit et par d’autres mesures thérapeutiques de soutien.

Le malaise viscéral n’est pas bien localisé et n’entraîne que très peu ou même aucun changement pathologique. Cependant, les malheureuses personnes qui souffrent du syndrome de GLENARD ont subi et subissent encore des interventions chirurgicales inutiles de la part d’innombrables chirurgiens, souvent très consciencieux. Un nombre incalculable de thyroïdectomies ont été accomplies dans le but de soulager les palpitations, la perte de poids et les troubles mentaux et nerveux dont souffrent certains patients atteints de ce syndrome.

Parmi tous les symptômes dont ils souffrent, ces patients attachent généralement une grande importance à la constipation, et croient que tous les autres symptômes sont dus à une auto-intoxication secondaire à cette constipation.

La flatulence est souvent associée à l’inconfort viscéral dont le patient se plaint. La distension et la sensibilité peuvent empêcher le port d’un corset. La flatulence se manifeste le plus souvent par des éruptions et renvois de gaz, ou bien par le passage de ces gaz per anum, ou encore par des borborygmes.

Le patient attribue l’excès de gaz à des imprudences alimentaires et en particulier à la consommation d’un certain type d’aliments. Mais en le questionnant davantage, on peut voir que leurs attaques de flatulence sont liées à des contrariétés mentales ou émotionnelles dans presque tous les cas.

BURTON, dans son Anatomie de la Mélancolie [3], dit de ces patients : « Dans cette mélancolie hypochondriaque ou flatulence, les symptômes sont tellement ambigus que le médecin le plus consciencieux ne peut pas déterminer la partie affectée ; renvois sévères, chaleur dans les intestins, gargouillements et gaz, fortes coliques, douleurs dans le ventre et dans l’estomac etc... »

Aucune partie du patient n’est épargnée par cette condition qui devient éventuellement un cercle vicieux de mauvaise digestion, de suboxydation, de faiblesse physique et de dépression mentale. Du point de vue étiologique, toute partie du cycle peut être à l’origine du syndrome. La mauvaise digestion et la paresse respiratoire peuvent avoir provoqué la faiblesse musculaire avec effondrement de la posture ; la dépression mentale peut maintenir et aggraver le dysfonctionnement originel. Un choc mental ou nerveux, ou une crise de dépression peuvent affecter la digestion et diminuer l’oxydation jusqu’à l’établissement d’un cercle vicieux, produisant encore plus d’anxiété etc.

Bien que des individus de n’importe quel biotype puissent avoir ce syndrome, ceux qui ne sont pas de type asthénique en sont rarement atteints à un degré sévère, tandis que les individus minces, sous-musclés, sous-nourris, sous-oxygénés, sont susceptibles de développer des symptômes sévères et de résister au traitement. Lorsque le médecin traite des cas très sévères de ce genre, il ne doit pas oublier qu’un grand nombre de ses patients souffre de cette maladie à un degré moindre, et que cela diminue leur efficacité physique et mentale. De nombreux ostéopathes bénéficieraient beaucoup d’être soignés pour ce syndrome Leur sens de bien-être, leur capacité de jouir de la vie et leur espérance de vie en seront accrus.

[Diagnostic]

Pour déceler cette maladie, il est nécessaire de connaître l’histoire du patient très précisément, et de faire un diagnostic physique. Premièrement, assurez-vous qu’aucune pathologie n’existe, puis diagnostiquez le syndrome de GLENARD selon les points suivants :

1) L’histoire d’une longue fatigue continuelle accompagnée de troubles viscéraux sans pathologie démontrable, et accompagnée de constipation, de flatulence, de faiblesse cardiaque, de difficultés respiratoires et de nombreuses plaintes subjectives indéfinies telles que la sensation de chaleur, la distension de l’abdomen et de la gorge, la compression de la poitrine, l’engourdissement, les fourmillements, la sensation de froid, rougeurs du corps et des membres, les vertiges, les perturbations mentales et la dépression. Ces symptômes surviennent à différents degrés et dans différentes proportions, ce qui transforme bien souvent la récitation des symptômes par le patient en une longue histoire mélancolique. Cependant, certains patients, par un mécanisme protecteur, minimisent ou traitent à la légère leurs symptômes ou bien en parlent d’une manière tellement insouciante que le médecin peut en arriver à négliger leur importance.

2) La pression différentielle est généralement basse et la pression systolique est fréquemment au-dessous de la normale. Il y a souvent une différence importante entre la pression artérielle lorsque le patient est en décubitus dorsal et lorsqu’il est debout. La pression différentielle peut être plus faible debout qu’allongé sur le dos.

3) Le cœur est le meilleur indice de la fatigue. La qualité du pouls en dit long. Un pouls rapide, filiforme, compressible, en opposition à un pouls fort et de rythme normal, indique que le cœur essaye de compenser l’insuffisance du débit sanguin en augmentant la fréquence de ses contractions. D’un autre coté, un pouls lent et compressible indique une faiblesse, le cœur, par fatigue excessive ayant renoncé à compenser. Ces derniers sont des cas sévères.

Si le patient atteint du syndrome de GLENARD reste debout un certain temps, pendant que le médecin examine sa posture, le pouls indiquera si oui ou non le cœur est capable de subir le stress de la position debout. Les muscles abdominaux étant affaiblis, s’affaissent, entrainant une viscéroptose. À ce moment-là, si le médecin place le patient dans une posture correcte et soulève en même temps les viscères abdominaux affaissés, il pourra remarquer une modification des battements cardiaques, à la fois par le rythme et la qualité. Cette modification indique et confirme la présence de la maladie de GLENARD.

[Traitement]

Dans les cas aigus, le traitement est souvent rendu inefficace par l’élément mental de la maladie, qui va parfois jusqu’à la dépression extrême et le manque de volonté pour guérir. Ce sont les cas les moins sévères qui bénéficient le plus du traitement.

Le patient a besoin d’un traitement total. On ne doit pas oublier qu’il est moralement et physiquement atteint. Par conséquent, le médecin doit être rassurant, compréhensif et sûr de lui. Tous les problèmes familiaux ou de l’environnement doivent, si possible, être éliminés. La paix mentale est nécessaire. Le patient peut devoir changer de profession si son emploi lui est néfaste.

La fatigue étant le symptôme premier et sous-jacent, le repos est essentiel. Le repos est un terme relatif, et le médecin doit s’assurer que le patient se repose suffisamment pour reprendre des forces. Les pieds du lit peuvent être élevés de 15 cm. pour favoriser la circulation et corriger la vicéroptose.

La gymnastique corrective, progressive et supervisée avec beaucoup d’attention est très utile. Dans un cas ordinaire, deux exercices suffisent :

1 - Un exercice pour augmenter la force abdominale, par exemple : Le patient allongé sur le dos soulève ses jambes de quelques centimètres et décrit un mouvement de ciseaux avec ses jambes. Au début, le patient doit faire quelques croisements par jour, et ce, tous les jours, puis après un mois ou deux, cinquante par jour.
2 - Un exercice respiratoire : Le patient debout essaye d’aller le plus haut possible avec ses mains, tout en inspirant profondément. Arrivé à la hauteur maximale, il fait semblant de vouloir saisir une barre et de la tirer en bas, jusqu’à sa tête en maintenant l’inspiration. Le patient doit faire cet exercice plusieurs fois par jour.

(Le Dr. Paul THEOBOLD propose cet exercice : Le patient est allongé sur le dos. Il fait basculer le bord antérieur du bassin vers sa tête en tendant les muscles abdominaux inférieurs. Tout en gardant les muscles abdominaux contractés, le patient respire régulièrement et balance son bassin de façon que ses jambes semblent alternativement s’allonger et se raccourcir. Il fait ce balancement quelques fois seulement au début, puis par la suite, une vingtaine de fois).

Le régime alimentaire doit être surveillé, mais ne doit pas devenir une obsession. Le patient souffre souvent d’une déficience en vitamines et minéraux, et parfois d’un manque de protéines. Pas de stimulants ni de tabac. Les cathartiques (laxatifs) doivent être évités. On pourra prescrire des lavements si nécessaire.

Le traitement ostéopathique vise plusieurs objectifs :

  1. Soulager les symptômes par un traitement approprié.
  2. Normaliser la posture. L’opérateur doit se préoccuper particulièrement de la correction du déséquilibre structurel général qui, comme nous l’avons fait remarqué, entraîne une fatigue chronique, les muscles et les ligaments tentant continuellement de combattre la traction de la gravitation. Au cours de ce processus de reconstruction, il est très important que le psoas, la paroi abdominale, soient normalisés de façon à ce qu’ils puissent servir à nouveau de support pour les viscères abdominaux. En attendant que les muscles soient suffisamment puissants pour maintenir une posture correcte, un corset pour ptose doit être prescrit. Ce corset est de type élastique et est inconfortable lorsque la paroi abdominale est lâche, mais pas trop gênant s’il est convenablement porté. Le corset ne doit pas être porté pour maintenir le ventre, mais pour stimuler le tonus dans la paroi abdominale.
  3. Toutes les lésions spécifiques doivent être corrigées au fur et à mesure, en s’occupant particulièrement de la partie thoracique supérieure pour son effet sur le coeur et de la région splanchnique pour ses effets sur les viscères abdominaux.

 Notes du Webmestre


  • Frantz Glénard (1848-1920) auteur de
  • Le syndrome de Glenard : Étude du syndrome douloureux du colon proximal
  • Robert Burton (1577-1640) The anatomy of melancholy : what it is, with all the kinds, causes, symptomes, prognostickes and severall cures of it... (5th ed. cor.) / philosophically, medicinally, historically opened and cut up by Democritus junior. Cripps, Oxford, 1638, http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k94239c/f8.image. Anatomie de la Mélancolie, Trad. de l’anglais par un collectif de traducteurs. Édition publiée sous la direction de Gisèle Venet. Folio classique (n° 4255), Gallimard 2005.


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