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Développement de la communication chez le nourrisson

Claire EICHHOLTZER
 
Créé le : lundi 2 mai 2016 par Claire EICHHOLTZER

Dernière modificaton le : mardi 12 mars 2024
  Sommaire  

La communication par le corps chez le nourrisson de 0 à 6 mois
Comment à partir d’une communication analogique se développe une communication intersubjective ?
Revue de la littérature

Claire EICHHOLTZER


Thèse pour le diplôme de docteur en médecine présentée et soutenue publiquement le 30 juin 2014 au Pôle Recherche Université de Lille 2 - Droit et Santé - Faculté de médecine Henri Warembourg Année : 2014


 Résumé

Durant notre expérience clinique en périnatalité, nous avons été confrontée à des dyades mère-bébé dans lesquelles la communication entre les deux partenaires était altérée, parfois inexistante. Nous avons donc voulu approfondir le sujet de la communication par le corps chez le nourrisson de 0 à 6 mois à travers une revue de la littérature. Dans ce travail, nous nous demanderons comment à partir d’une communication analogique se développe une communication intersubjective chez le bébé.
Après avoir défini la communication, nous développerons les capacités corporelles et psychiques des parents qui leur permettent de communiquer avec leur bébé. Puis, nous aborderons l’ensemble des capacités et des compétences du nourrisson qui font de lui un partenaire actif de la communication. Nous verrons la manière dont la mère et le bébé communiquent à travers différents modèles théoriques et comment cet échange va nourrir le bébé sur le plan corporopsychique. L’exemple de la tétée nous permettra de comprendre comment la communication intersubjective émerge. Nous décrirons ensuite les différents signes cliniques qui marquent une souffrance psychique chez le bébé lorsqu’il ne peut communiquer avec son entourage quelle que soit l’étiologie. Enfin, nous présenterons différents cas cliniques que nous avons rencontrés dans notre pratique avant d’exposer les prises en charge possibles.
La communication chez le nourrisson est un vaste sujet qui soulève encore de nombreuses questions. Des études semblent encore nécessaires pour explorer ce domaine. La perturbation de la communication analogique et intersubjective pouvant entraver l’accès au langage, mais aussi la relation à l’autre, un dépistage, un diagnostic et une prise en charge précoces semblent donc s’imposer.


 Introduction

Durant notre internat et nos différents stages en psychiatrie, nous avons toujours été frappée par la dichotomie qui existait entre le corps et l’esprit. Pour Freud, l’interdit du toucher était indispensable dans la cure psychanalytique pour lever l’inhibition de la parole et permettre au thérapeute d’accéder à l’inconscient du patient. Mais comment prendre en charge des patients qui ne peuvent pas utiliser le langage pour exprimer leurs ressentis ? En effet, la cure psychanalytique a été pensée pour des patients névrotiques et non pour des patients psychotiques ou autistes. Pour nous, lorsqu’un patient n’est pas capable de communiquer verbalement, le corps, le toucher, le regard peuvent nous permettre de rentrer en communication avec lui afin d’essayer d’apaiser sa souffrance psychique. Comme le souligne Schotte, le « contact » est la clé de la rencontre interpersonnelle.
Nous avons été confrontée à des dyades mère-enfant en souffrance lors de la période périnatale. Cette dernière va de la grossesse à la fin de la première année de l’enfant. Historiquement, la psychiatrie périnatale s’est d’abord penchée sur les pathologies spécifiques des mères qui apparaissent durant cette période (psychose puerpérale et dépression du post-partum) avant de s’intéresser aux interactions mère-bébé et aux troubles spécifiques du nourrisson. Durant notre travail avec une équipe de périnatalité nous avons ainsi pu découvrir comment le bébé exprimait sa souffrance. Nous avons constaté que bien souvent les signes de souffrances psychiques que le bébé manifestait par son corps n’étaient ni perçus par la mère et la famille, ni même par certains partenaires de soins. Des bébés étaient capables de déployer une énergie impressionnante pour nous signifier leur souffrance mais ils n’étaient pas entendus. L’idée de montrer comment le bébé peut communiquer est née ainsi.
Le plus souvent, la communication entre la mère et son enfant s’établit naturellement, presque sans effort. Le corps du bébé est alors le support des échanges émotionnels et du partage des représentations entre la mère et son enfant. Ce n’est que lorsqu’un trouble de la communication s’installe que nous prenons conscience de toute la complexité de la mise en place de ce processus.
Nous nous sommes donc intéressée à la communication analogique (partie non linguistique de la communication comprenant les mimiques, les regards et les postures) chez le nourrisson et aux points clefs de la mise en place de la communication normale chez l’enfant. Mais comme le soulignait Winnicott, « un bébé tout seul ça n’existe pas ». (5) C’est dans la relation à l’autre qu’il va développer ses capacités de communication. La communication intersubjective (communication entre deux personnes qui se perçoivent comme différentes et ayant une pensée propre) permettra par la suite l’accès à la communication verbale.
Comment à partir d’une communication analogique se développe une communication intersubjective ? C’est à travers une revue de littérature, que nous tenterons de répondre à cette question complexe.
Pour comprendre les mécanismes qui sous-tendent la communication, il nous paraît tout d’abord important de définir ce qu’est la communication mais aussi le langage. Nous nous sommes ensuite demandée si seule l’espèce humaine était capable de communiquer et d’utiliser un langage ou si les animaux avaient également cette capacité. Nous verrons qu’il existe plusieurs modèles de communication utilisés par l’homme. Puis nous approfondirons la communication analogique et intersubjective.
Nous développerons ensuite les capacités psychiques (représentations de l’enfant imaginé, transparence psychique, préoccupation maternelle primaire...) et corporelles (contact cutané, hormones, prosodie maternelle...) qui permettent aux parents de comprendre et de communiquer avec leurs enfants.
Nous verrons que dès sa naissance le nourrisson a différentes capacités corporelles qui lui permettent de communiquer de manière analogique avec son entourage. Il va d’abord percevoir son environnement et les informations qui lui sont destinées de manière sensorielle. Il utilisera ensuite son système moteur pour y répondre. Le nourrisson est aussi capable d’avoir des représentations psychiques et mnésiques. Le bébé va très vite entrer en interaction avec son entourage grâce aux neurones miroirs, à sa capacité d’imitation et à l’utilisation de précurseurs du langage. Puis nous aborderons les capacités psychiques du nourrisson ainsi que ses capacités à percevoir, à réguler et à organiser les informations perçues lors d’un échange avec son entourage.
Nous nous intéresserons ensuite à la manière dont le bébé communique avec ses parents. Différentes théories nous permettent de mieux comprendre comment cette communication se déroule et comment l’échange avec l’autre va nourrir le bébé sur le plan corporopsychique.
A travers l’exemple de la tétée, nous montrerons ainsi comment la communication intersubjective se met en place. Mais finalement qu’est-ce que l’intersubjectivité ? Pour répondre à cette question nous aborderons différents points de vue sur le sujet. Une fois l’intersubjectivité acquise, le bébé va accéder à la symbolisation et à la communication verbale.
Nous présenterons les signes cliniques que le nourrisson manifeste pour nous communiquer sa souffrance psychique qu’elle soit due à une pathologie propre au bébé, à une psychopathologie maternelle ou à un trouble des interactions. Ces troubles peuvent être somatiques, tonico-moteurs, relationnels, se manifester affectivement ou par un trouble du pré-langage.
A travers différents cas cliniques, nous aborderons certaines pathologies où la communication est perturbée entre la mère et son bébé. Nous avons fait le choix de ne pas aborder la communication dans le cadre de pathologies où un déficit sensoriel ou moteur est présent dès la naissance car les processus adaptatifs sont alors multiples et différents selon les enfants.
Enfin, nous verrons comment prendre en charge la dyade lorsque la communication est altérée.
Il nous semble important de préciser que le plan de cette thèse ne correspond pas à un ordre chronologique. En effet, la construction d’une communication intersubjective à partir d’une communication analogique est un processus dynamique qui s’appuie sur les capacités du bébé, les capacités des parents et l’interaction entre les parents et son enfant. Chacun de ces éléments va influencer et transformer les autres en permanence. Nous tenons aussi à préciser que le terme de « mère » désigne tout adulte qui assure des fonctions identiques (père, membre de la famille, soignants, etc.).
Comme nous le verrons le sujet de la communication par le corps chez le nourrisson est vaste et complexe. Nous avons fait le choix de limiter ce travail à l’âge de 6 mois, période à laquelle le nourrisson commence à accéder à une forme d’intersubjectivité stable. Même si nous ne pourrons aborder ce sujet de manière exhaustive et que nous devrons parfois concéder à quelques raccourcis théoriques, nous espérons que ce sujet vous intéressera tout autant que nous.




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