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Interaction entre l’ostéopathie et la maréchalerie

Amélie Gardelle & Jean-Paul Brochard
 
Créé le : dimanche 12 août 2018 par Amélie Gardelle, Jean-Paul Brochard

Dernière modificaton le : samedi 2 mars 2024

Interaction entre l’ostéopathie et la maréchalerie au service d’une prise en charge du cheval dans sa globalité
Intégration de la vision tenségritive du corps à l’analyse des aplombs du cheval

Amélie Gardelle, Ostéopathe animalière & Jean-Paul Brochard, Maréchal Ferrand


Conférence lors des 13e journées d’Ostéopathie comparée - Saint-Girons 22-23 juin 2018

 Point de départ

Quelques années de cours théoriques et pratiques sur l’analyse de la conformation, des aplombs et de la locomotion du cheval en parallèle avec Jean Paul Brochard (maréchal ferrant).

  • La découverte du principe de tenségrité.
  • La recherche quotidienne d’une vision globale du cheval la plus large possible.
  • L’intérêt que je porte à la prise en charge pluridisciplinaire, au dialogue et à la compréhension des différents acteurs de la santé du cheval.

 Message de l’ostéopathe

  • L’ostéopathe s’intéresse à l’équilibre du corps en analysant finement la mobilité et la motilité des différentes structures anatomiques qui le compose. De cette analyse découle une interprétation de l’équilibre général du corps.
  • La vision du corps en tenségrité permet une compréhension large et globale du fonctionnement du corps et de ses adaptations.
  • L’ostéopathe propose une solution adaptative au corps dans sa globalité via une intervention manuelle sur les différentes structures anatomiques qui le compose.

 Message du maréchal ferrant

  • La forme de la boite cornée est le résultat d’une adaptation constante du pied à son environnement et à ses contraintes qu’elles soient statiques ou dynamiques.
  • Le cheval possède 4 membres qui adoptent chacun un aplomb différent. Les définitions classiques des aplombs qui considèrent une approche quasi-systématiquement symétrique entre la gauche et la droite sont relativement éloignées de la réalité de terrain et de ce fait conduisent souvent à une interprétation biaisée de l’équilibre global du cheval.
  • Le maréchal ferrant propose une solution adaptative au corps dans sa globalité via une intervention sur l’équilibre du pied.

La vision globale du corps en tenségrité, l’analyse de la posture et des aplombs du cheval sont des outils fondamentaux pour l’ostéopathe car cela permet :

  • Une bonne compréhension du schéma adaptatif du corps.
  • L’analyse et la compréhension de la forme du pied (et de la ferrure si elle est présente) et de l’aplomb de chaque membre ce qui permet d’engager une discussion constructive avec le maréchal ferrant et de proposer des solutions adaptées à chaque cheval.
  • D’anticiper et de comprendre l’apparition de certains symptômes.

 La vision du corps en tenségrité
Quelques définitions

Tenségrité : concept qui décrit la faculté d’une structure, composée d’éléments rigides et d’éléments souples à se placer en état d’auto-équilibre sous l’effet de forces simultanées de tension et de compression. L’ensemble forme un système rigide et déformable stabilisé non pas par la résistance de ses constituants, mais par la répartition et l’équilibre des contraintes mécaniques dans la totalité de la structure.

Force de Traction Médullaire  : tension propre du tissu nerveux qui se met en place avec la croissance et le phénomène d’ascension apparente de la moelle épinière. Elle est utile au fonctionnement du système nerveux et à la mise en place des courbures de la colonne vertébrale. L’augmentation de cette tension peut être pathologique et entrainer de nombreuses pathologies rencontrées fréquemment (syndrôme Wobbler, hernie discale, hypercyphose, scoliose….).

Torsion physiologique  : Torsion décrite par Yves Guillard comme être la troisième composante du MRP qui intervient au moment de la flexion crânienne et s’annule au moment de l’extension.

Hélice Faciale  : « rail » sur lequel s’exprime la torsion physiologique. Hélice droite qui englobe le corps et qui s’appuie sur le fascia.

Loges viscérales  : loge viscérale du cervelet, loge viscérale du cou, loge viscérale thoracique et loge viscérale abdominale. A différents endroits, les organes supendus à la colonne réagissent comme des amortisseurs et équilibrateurs de tension par une rotation inverse du sens de l’hélice faciale externe.

Patrick Chêne émet donc l’idée que le corps est un système en tenségrité dans lequel un ressort central interne (la FTM) s’équilibre avec un ressort externe (hélice faciale) et que les viscères représentent un troisième pôle d’équilibration qui réagit à l’inverse de la spirale faciale externe.

L’idée de tenségrité étendue au corps entier éclaire les notions d’adaptabilité et d’interdépendances de zones pourtant éloignées.


 Le pied du cheval

J’entretiens une fascination sans limites pour le pied du cheval. Je le considère comme l’expression directe de l’intelligence de la nature. Sa constitution et sa fonctionnalité illustrent parfaitement le rapport « structure / fonction » qui nous guide dans notre cheminement ostéopathique.

Il est extrêmement léger en poids, flexible et pourtant il supporte des forces importantes et des chocs répétés.

Pour un cheval de 500 kg, on est estime approximativement que lorsque le cheval se repose sur 3 pieds, chaque antérieur supporte 150 kg et le postérieur à l’appui 200 kg. Lors des réceptions à l’obstacle ou du galop à vive allure, les contraintes supportées par les antérieurs s’expriment en tonnes.

C’est un miracle anatomique et biomécanique.


Rappels anatomiques du pied du cheval

L’anatomie externe du pied comprend 

Une paroi solide composée d’une couche épidermique appelée aussi chair feuilletée (composée elle même d’une couche superficielle, moyenne et profonde appelée aussi kéraphylle) et d’une couche dermique appelée aussi chair veloutée ou podophylle.

La couche superficielle de la couche épidermique est fine. La couche moyenne de la couche épidermique est la couche la plus volumineuse et la plus dense de la paroi. Elle renferme les pigments qui donnent la couleur au sabot. Elle est composée de tubules cornés cimentées dans de la corne inter-tubulaire. Le diamètre de ces tubules et de plus en plus volumineux de l’extérieur vers l’intérieur. La couche profonde de la couche épidermique ou kéraphylle présente une structure lamellaire richement vascularisée.
La couche dermique recouvre totalement la face dorsale de P3, elle y est rattachée par un périoste modifié. Ce podophylle présente une structure lamellaire.
Les couches épidermiques et dermiques sont liées intimement par une interdigitation fine des structures lamellaires qui les composent.

- La sole et la fourchette rattachées à la paroi par la ligne blanche
- Un coussinet plantaire

Anatomie interne du pied

Des fibrocartilages ou cartilages ungulaires (photo de droite)

Des structures ostéo-articulaires comprenant la troisième phalange, l’extrémité distale de la deuxième phalange, l’os naviculaire, la bourse synoviale podo-trochléaire, la synoviale 2/3 phalangienne.

De nombreux ligaments ainsi que les tendons de l’extenseur dorsal du doigt et du fléchisseur profond des phalanges.

Un plexus vasculo-nerveux complexe.

Cet agencement anatomique complexe répond parfaitement aux exigences auxquelles le pied du cheval doit répondre : un rapport structure/fonction comprenant résistance, flexibilité et amortissement

La boîte cornée est flexible : sa moindre épaisseur en talons permet une déformation de la partie postérieure du pied lors du contact du pied avec le sol.

Le boîte cornée est élastique : cette élasticité est due à un effet « ressort » liée à l’interaction entre la partie externe du sabot sèche et la partie interne plus humide.

La boîte cornée est résistante : lors de l’appui du pied au sol, la tension de la couche dermique qui soutient P3 est transmise à la couche moyenne de la couche épidermique. De l’intérieur vers l’extérieur de cette couche moyenne, le gradient d’humidité diminue tandis que le gradient de résistance augmente : la force de tension absorbée est déviée vers les zones de plus forte résistance.

Les structures du pied amortissent : les forces verticales vers le bas engendrées par le poids du corps entrainement une compression du coussinet plantaire puis de la fourchette. Le coussinet plantaire s’écrase et s’écarte provoquant une compression des fibrocartilages qui s’écartent à leur tour. Il y a alors compression du plexus veineux qui tapisse les parties latérales des fibrocartilages et le sang est évacué en direction proximale vers les veines digitales. Le coussinet plantaire ferme et de structure fibro-élastique assure une protection passive des structures interne avec absorption d’une partie du choc et des vibrations. La synoviale interphalangienne distale et podotrochléaire constituent aussi une structure amortissante ainsi que les cartilages articulaires et le tissu osseux spongieux qui présentent eux aussi des propriétés élastiques.

Extension de cette vision tenségritive du corps à l’analyse de la forme des pieds et des aplombs

Le pied est une structure complexe qui combine résistance et déformabilité. Il a un rôle de soutien, d’amortissement et circulatoire. L’équilibre du pied est déterminant pour l’équilibre global du cheval. La forme de la boîte cornée est le résultat d’une adaptation constante du pied à l’équilibre global du corps. L’idée de la tenségrité étendue au corps entier éclaire cette analyse de l’équilibre et des solutions adaptatives utilisées par le corps.
C’est dans l’optique d’une vision globale de l’équilibre du corps du cheval, d’une analyse fine de sa capacité adaptative et de la nature de ses adaptations que l’interaction entre l‘approche de l’ostéopathe et du maréchal ferrant est fondamentale.


 Quelques généralités
sur la déformation de la boîte cornée

La paroi du pied s’évase et les talons s’écrasent sur un pied plus fortement chargé par rapport à l’autre et inversement il se resserrent, les talons se rapprochent et s’élèvent sur un pied plus faiblement chargé par rapport à l’autre.

La paroi du pied a tendance à se verticaliser en regard des zones de plus forte pression et donc à s’évaser en regard des zones les moins chargées.

Le talon à tendance à s’affaisser du côté où il est plus fortement chargé.

La sole à tendance à s’élargir dans sa partie la moins comprimée.

L’analyse de la forme de la boîte cornée permet donc d’avoir rapidement une idée précise sur les différentes contraintes qui s’exercent sur l’ensemble du corps du cheval et la manière dont elles sont réparties.


 Cas illustrant
l’interaction en l’ostéopathie et la maréchalerie
au service d’une vision globale
de l’équilibre du corps du cheval.

Hongre Bai de 6 ans - Activité CSO niveau 1m30

Hongre Bai de 6 ans - Activité CSO niveau 1m30

Approche de ce cheval avec Jean Paul qui le ferre pour la première fois.

Observations du maréchal ferrant

Analyse de l’aplomb des antérieurs

La taille des deux pieds antérieurs semble adaptée à la morphologie générale du cheval.

Les deux membres présentent une très légère panardise distale. Le pied droit semble légèrement plus serré et plus haut que le pied gauche. La forme du pied antérieur droit semble cohérente avec l’orientation du membre (verticalisation de la partie médiale du pied associé à un talon médial plus bas). La forme du pied gauche ne semble correspondre à une charge médiale du pied. On observe une paroi latérale légèrement plus verticalisée et un talon externe plus bas.

On peut déduire de cette observation que la forme du pied antérieur gauche qui ne semble pas correspondre à l’orientation du membre peut être due à un déficit fonctionnel de cet antérieur ou des zones en lien avec ce dernier.

Analyse des aplombs des postérieurs

La taille des deux pieds semble adaptée à la morphologie générale du cheval.

Le pied postérieur gauche semble plus serré. Les jarrets sont clos, on note une légère panardise au niveau de l’extrémité distale des deux postérieurs. La forme des deux pieds semble correspondre à l’appui médial conféré par cette panardise (verticalisation de la partie médiale de la paroi et talon médial plus bas).

On peut déduire de cette observation un appui moins marqué sur le postérieur gauche, éventuellement une asymétrie dans la propulsion ou un soulagement plus fréquent de ce postérieur.

Observations de l’ostéopathe 

J’ai utilisé le schéma du corps en tenségrité en testant la FTM, l’hélice faciale et les loges viscérales afin de réaliser un bilan ostéopathique global de ce cheval (il ne m’a pas été demandé de consultation ostéopathique pour ce cheval).

Mes observations sont les suivantes :

Le bassin est asymétrique (hémi-bassin droit dorsal et postérieur), la torsion physiologique est inversée au niveau du bassin. L’appui semble plus marqué sur le postérieur droit. L’hélice faciale est dysfonctionnelle (difficulté à s’organiser en hélice droite) en regard de la partie proximale du membre postérieur gauche.
La torsion physiologique est inversée au niveau de l’occiput.
L’hélice faciale est dysfonctionnelle (difficultés à s’organiser en hélice droite) au niveau de l’encolure en regard de C5 à gauche, du membre antérieur gauche.
Les loges viscérales du cou et du cervelet sont inversées.
La force de traction médullaire est augmentée, la queue est plaquée et peu mobile.

Grâce à l’utilisation de ce schéma du corps en tenségrité j’ai pu très rapidement localiser des zones de dysfonctions au niveau du bassin (zone sacro-iliaque gauche), du garrot, des cervicales basses à gauche en regard de C5 et de la nuque.

L’analyse des aplombs réalisée par le maréchal ferrant et les observations de l’ostéopathe semblent converger : les zones de dysfonction ostéopathiques trouvées correspondent aux anomalies d’aplombs observées (défaut d’équilibre de l’antérieur gauche associé à des dysfonctions ostéopathiques des cervicales basses et du membre antérieur gauche / asymétrie des pieds postérieurs avec un pied postérieur gauche plus serré associé à une dysfonction ostéopathique au niveau du bassin en regard de la sacro-iliaque gauche et de la partie proximale de l’hélice faciale du membre postérieur gauche.)


 Discussion

Le fait d’aborder globalement le cheval grâce au schéma du corps en tenségrité permet à l’ostéopathe d’accéder rapidement à des informations sur l’équilibre général du cheval et ses zones de souffrances. La palpation fine des hélices faciales sur les membres fait partie intégrante de ma pratique quotidienne. Cette approche de la mobilité faciale organisée au tour de cette hélice droite sur les 4 membres permet de considérer l’aplomb de chaque membre comme particulier et de relier chaque membre au reste du corps toujours grâce à cette continuité faciale. La notion de tenségrité appliquée à l’analyse des aplombs permet d’inclure la description précise d’un appui (via l’analyse précise de la forme d’un pied) dans la globalité de l’équilibre du corps.

Cette approche permet aussi d’échanger constructivement avec le maréchal ferrant et de fixer des objectifs communs sur le long terme. Il n’est pas rare que lors de la prise en charge pluridisciplinaire de certains animaux le maréchal soit amené à conseiller la visite de l’ostéopathe lorsqu’il observe une modification inhabituelle de l’appui ou de l’usure du pied (ou fer).

Cette approche permet d’anticiper l’apparition de l’expression pathologique de certains troubles. Un soulagement prolongé d’une des parties du membre peut conduire le maréchal ferrant ou l’ostéopathe a suspecter une souffrance quelle qu’elle soit qui si elle est anticipée peut être gérée en amont de l’apparition de la lésion.

Les exemples d’interactions pluridisciplinaires sont nombreux.

La vision du corps en tenségrité représente pour moi le concept unificateur des différentes approches et des différents acteurs de la santé animale.

Elle permet souvent d’anéantir certains dogmes non constructifs et réducteurs.



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