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La vie, la santé … la maladie.

Créé le : lundi 29 avril 2024 par Patrick Chêne

Dernière modificaton le : jeudi 16 mai 2024

 La santé dans la vie

Une fois défini un monde, une fois défini ce qu’est la vie ou la conscience dans ce monde, il reste pour un soignant à définir ce qu’est la santé ou la maladie … (cf premiers chapitres du livre au delà de la tenségrité).

Voici ce qu’on peut lire [1] :

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Elle représente « l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale », un droit consacré dans le préambule de la constitution de l’OMS (1946). La santé est un sujet à la fois individuel (état de santé d’un individu) et collectif (état de santé d’une population).

Cette appréhension globale de la santé se développe depuis la seconde moitié du 19e siècle. Elle dépasse le modèle dit médical, qui se définit uniquement en opposition à la maladie, c’est-à-dire un problème organique, diagnostiqué et traité par des médecins. Selon la formule employée par le chirurgien René Leriche en 1936, la santé se comprenait alors uniquement comme « la vie dans le silence des organes ».

Désormais, une approche plus ouverte du concept permet d’intégrer les dimensions socio-économiques et environnementales dans la compréhension de l’état de santé d’un individu et d’une population.

Pourtant nous avons encore trop souvent affaire à la lecture de Leriche pour la médecine individuelle et je n’ai pas du tout aimé quand ils ont essayé ces trois dernières années [2] de s’occuper de la santé de la population …

Je vais tenter rapidement de vous faire comprendre ce que maintenant je comprends de la santé et de la maladie.

 La santé équilibre ; La maladie déséquilibre

La santé est d’abord et avant tout un état d’équilibre. Pas un état d’équilibre complètement stable dans lequel il n’y a pas de mouvements donc pas de vie, mais un léger déséquilibre permanent qui permet le mouvement et cherche en permanence à rattraper son équilibre complet sans jamais tout à fait y arriver. La vie c’est le mouvement disent les ostéopathes [3]. De la même façon que la marche est rendue possible par une perturbation contrôlée de notre centre de gravité dans une direction donnée, la vie est une dynamique incessante qui nous amène à pourvoir à nos besoins vitaux (respirer, boire, manger…) et aux autres …

Dans ces conditions, des perturbations physiques ou émotionnelles [4] peuvent amener un déséquilibre.

Dans la plupart des cas, ce déséquilibre amènera une réaction de l’organisme qui va créer des compensations, c’est-à-dire un déséquilibre à une autre partie du corps, mais les deux cumulés feront que le corps aura un semblant d’équilibre. Le déséquilibre sera dit “compensé”. On n’y verra quasiment que du feu, il n’y aura pas d’expression de mal être ou de maladie. Cela restera ainsi un certain temps ou bien à vie.

La sortie de cet état de compensation peut se faire par une résilience, les deux déséquilibres locaux [5] finissent par partir ou bien par une décompensation, on passe alors dans le déséquilibre affirmé. Il y a apparition de symptômes physiques ou mentaux (émotionnels), on entre en maladie.

La maladie est donc vue comme un déséquilibre tel que “le silence des organes” n’est plus assuré, mais aussi tel que le bien-être de la personne ou de l’animal dans sa vie et ses fonctions n’est plus assuré.

On pourra sortir de la maladie et des symptômes par un déséquilibre total qui signifie la mort. Mais heureusement on en sortira le plus souvent par la récupération d’un déséquilibre compensé. C’est à mon avis ce qui se passe le plus souvent quand on agit avec une médecine qui ne s’occupe que des symptômes. Ou, enfin, on pourrait en sortir parfois avec une vraie résilience en utilisant une médecine qui tient compte de la globalité de l’être [6].

Bien entendu, les chocs physiques ou bien émotionnels que nous vivons sont extrêmement fréquents, plus ou moins graves, mais quotidiens et il faut reprendre ce qui vient d’être dit en imaginant que ce sont dans chaque corps des dizaines de compensations avec leurs dynamiques respectives qui s’entremêlent à chaque instant.

Et c’est ainsi qu’un tout petit choc apparemment anodin peut faire basculer un corps dans la maladie, les possibilités de compensations déjà rudement mises à l’épreuve, sont subitement dépassées.

 Aider le retour à l’équilibre

Et pour un soignant défaire la pelote de compensations et de décompensations que le patient lui confie ressemble à un jeu de mikado ou bouger les choses dans l’ordre est un exercice qui peut s’avérer périlleux. C’est aussi pour cela que parfois, il suffit d’enlever des dysfonctions éloignées de l’apparente pathologie, pour permettre au corps de retourner dans un état compensatoire acceptable. Pour empêcher qu’un vase ne déborde, il n’est pas nécessaire d’enlever l’eau du dessus, on pourrait très bien aspirer l’eau du dessous.

C’est ainsi que l’on peut entendre :
  “vous m’avez enlevé le mal de dos sans même me toucher le dos” … rien d’étonnant en fait.

De fait, les questions importantes à se poser sont :

 Avec le traitement effectué, le patient est-il seulement passé d’un déséquilibre de maladie à un meilleur déséquilibre dit compensé ?
 Une autre action aurait-elle pu le passer en un meilleur état de “déséquilibre compensé” que l’action précédente, procurant plus de bien-être et le tenant plus longtemps en santé apparente ?
 Ou bien est-il passé en équilibre de santé et donc vraiment guéri ?

Ce sont des questions difficiles, voire impossibles à trancher … Le temps seul [7] peut nous approcher de ce que sont les réponses.

 Equilibre, of What ?

Nous venons de parler de santé et de maladie en les comparant à des équilibres et des déséquilibres …. Ces termes sont directement importés des notions de tenségrité explorées dans le livre précédent, “Le Corps Tenségritif". Mais nous n’avons pas encore abordé ceci : nous parlons d’un équilibre ou bien d’un déséquilibre de quoi ?

"Ce n’est pas un gage de bonne santé que d’être bien intégré
dans une société profondément malade”

Jiddu Krishnamurti.

Physique ?

Parce qu’il y a d’abord, l’équilibre physique. Souvent la médecine classique se contente de cet aspect matériel et qui plus est de manière locale. La nosologie, c’est-à-dire la classification des maladies et des symptômes est le plus souvent une convention facile qui permet de se concentrer sur une partie du corps que l’on explore finement à l’aide d’un spécialiste.

Quand on vous a diagnostiqué une gastrite, on a juste dit que votre estomac était dans un état inflammatoire (dolor, rubor, calor, tumor [8]). Mais on n’a rien dit de la cause première qu’il reste à trouver le plus souvent aussi de manière locale. Idem, en posant le diagnostic d’une lombalgie, on a juste dit que vos lombaires vous faisaient mal, ce que vous saviez déjà … et on cherche par une radio ou une IRM la zone locale qui pourrait générer la douleur, mais très rarement la cause première.

Or, La tenségrité et l’ostéopathie avec ou sans l’aide de cette première pensent déjà que le symptôme exprimé par le corps, n’est que le voyant qui clignote pour alerter sur un problème plus lointain dans le corps.

“L’entorse de cheville que ce patient a eue il y a 5 ans, est la cause d’un mauvais posé du pied chaque fois qu’il marche et qui demande au genou de compenser et occasionne parfois des douleurs dans les randonnées. Cela passe vite, mais revient régulièrement, et par ricochet cela fait mal travailler son dos. Et hier à la suite d’un faux mouvement, une sciatique s’est déclenchée sur un dos déjà “limite”. L’ostéopathe dit, je ne pourrais vraiment soigner cette sciatique que si je résous définitivement les tensions générées par cette entorse sur le pied.”

On parle ici de globalité physique et d’équilibre dans le corps physique.

Emotions ?

Mais le corps est constitué d’autres couches. La première étant la couche émotionnelle. Il nous faudra donc, dans certains cas, faire comprendre au patient ou à son propriétaire [9] qu’une cause émotionnelle est venue accentuer une dysfonction physique qui jusque-là était bien compensée.

Reprenons le patient cité plus haut : Il est vrai qu’il raconte ne plus trouver de sens à son travail. Les ordres viennent de haut. Ils sont plus financiers et gestionnaires que tournés vers la satisfaction de la clientèle et la pression qu’on lui met l’exaspère. Il en a juste “plein le dos” de cette façon de faire. Il faut bien comprendre que tant que cet antagonisme entre ses aspirations et la réalité vécue persistera, il restera en orthosympathicotonie (en stress…) et les muscles de sa colonne durs comme du bois engendreront un cercle vicieux qui aura tendance à faire perdurer la sciatique. Notre travail n’est sûrement pas de lui dire quoi faire, mais de l’aider à mettre en évidence le conflit qu’il résoudra à sa seule manière s’il veut guérir de manière durable : changer de sentiment par rapport à ce qu’on lui demande, ou trouver une échappatoire (autre poste, démission). Dans ce cas, c’est bien un équilibre émotionnel qu’il convient de trouver qui aidera l’équilibre physique.

Familial, sociétal ?

Mais au-delà de cela, la famille, les voisins, la société entière constituent un cercle dans lequel je dois me trouver en équilibre dans mes gestes, dans ma place, dans mes aspirations. Une toile d’araignée de relations qui peut être un soutien ou bien un piège … L’équilibre aura lieu si j’ai trouvé une place qui me semble juste et motivante, avec des gens qui m’entourent, qui sont aidants ou au pire neutres, mais en aucun cas malveillants. Il faudrait aussi que je trouve ma place dans une société qui se dirige vers un avenir qui me plait.

Bon, là, c’est sûr, ces supérieurs qui ne pensent que finances écœurent notre patient pour qui la notion de service (autrefois public dans son travail) est une valeur supérieure. Et au-delà, cette financiarisation semble prendre le pas sur l’humain, ces pressions irrespectueuses voire harcelantes lui semblent odieuses. Tout prend le pas sur la nature et la catastrophe semble annoncée. Cela ne lui plait pas du tout, lui qui passe des heures en Montagne à regarder vivre la vie foisonnante. Ici c’est son équilibre dans la société qui n’est pas bon, influe sur son état émotionnel puis physique. Une guérison de sa sciatique avec une infiltration, ne serait pas une guérison, mais la simple suppression d’un symptôme qui permettra peut être d’atteindre un déséquilibre compensé supportable, mais qui prépare le prochain couac qui arrivera inéluctablement dans quelques mois. Seule l’action de retrouver un sens à sa vie et une place dans une société empathique envers les humains et la nature qui collerait alors à ses aspirations serait une guérison de tous les déséquilibres à tous les niveaux.

Au delà ... ?

Pourtant, il pourrait y avoir encore un au-delà. Si on prenait pour principe, comme beaucoup de gens sur cette terre le croient, le pensent, que nous sommes une bulle cristallisée du grand architecte descendue dans les quatre dimensions afin d’expérimenter, il est fort probable que ce soit dans un sens particulier que nous aurions fixé à l’avance. C’est une hypothèse de travail improuvable évidemment, mais acceptons là le temps de ces lignes. C’est avec un plan de vie en quelque sorte, que nous sommes arrivés sur ce monde. On l’a bien sûr oublié en particulier dans une société matérialiste [10].

… L’équilibre ici consiste à malgré tout suivre un peu ce plan de vie que l’on pourrait représenter comme une piste de bobsleigh. Tant qu’on suivrait la courbe du virage sur la bonne trace, on glisserait dans la vie sans problèmes. Dès que l’on s’en écarterait, on se casserait la gueule.

En conséquence, la meilleure vie que l’on pourrait mener serait celle où l’on arriverait à retrouver plus ou moins consciemment le fil conducteur idéal de notre vie. Trop l’oublier conduirait à une vie compliquée voire pleine d’embûches. Le travail du thérapeute consisterait sans doute alors à remettre en contact le patient avec son “cœur” et le sens profond qu’il a envie de donner à sa vie.

Ce dernier travail, après 40 ans orientés vers le soin, me semble maintenant fondamental …

"Les deux jours les plus importants de votre vie sont le jour où vous êtes nés
et celui où vous avez compris pourquoi".
Mark Twain

 Pour quoi soigner ?

Subséquemment, à chaque soin se pose la question de l’intention du soin. Celle-ci ne devrait en aucun cas être de vouloir absolument faire partir le symptôme pour lequel le patient est présent. Évidemment, s’il y a urgence physique (hémorragie, fracture, infarctus), la discussion suivante est à reporter à plus tard devant la nécessité absolue des gestes salvateurs classiques.

Mais dans la grande majorité des soins, il n’y a pas cette urgence et le soin doit juste avoir l’ambition de permettre à notre patient de se trouver un nouvel équilibre, physique, mental, émotionnel, sociétal, spirituel qui lui sera plus agréable, plus favorable.

Et comme il est important que nous comprenions que nous ne savons jamais ce qui est le meilleur pour notre patient, et comment il doit être pour être droit, et bien dans sa peau, l’humilité nous demande d’être ce caillou sur lequel le patient va s’appuyer pour trouver un nouvel équilibre qui lui soit propre.

Cela n’empêche pas d’agir, d’utiliser telle ou telle technique, tel ou tel médicament, mais l’intention est de ne pas se substituer au patient pour déterminer ce que son corps ou son esprit doit être. Si cette intention est là, la technique utilisée n’aura pas le même résultat que si nous voulions imposer la disparition de tel ou tel symptôme. Le soin sera à la fin bien meilleur et plus stable, même s’il est passé par des chemins que nous n’avions pas prévu et parfois inconfortables.

Avec cette notion d’équilibre que serait la santé, nous voyons que si on détermine que 100 est le point de santé absolu que nous aimerions faire rejoindre à notre patient, que 50 est l’état où nous le trouvons maintenant, alors tout soin qui lui permettrait de gagner quelques % est toujours bon à prendre. Le chemin vers la santé devient un escalier qu’il convient de monter marche à marche afin d’espérer atteindre un palier confortable. Et dans ces conditions point n’est besoin d’espérer guérir totalement pour entreprendre ce chemin ni de réussir à guérir totalement pour persévérer. Avoir cette attitude lors de pathologie chronique m’a toujours semblé gagnante à la fin [11].

 Conclusion...

Est venue tout à l’heure, la notion de médecine intégrative, où toutes les déclinaisons de la médecine doivent concourir ensemble vers le même but … Inclure toutes les façons de voir la médecine, matérialistes et vitalistes ( la vie n’est que matière ou bien un germe vital dans le corps organise la matière). Je l’appelle de mes vœux. Le soin est à mes yeux un tout qui intéresse le corps et l’esprit …

[2An 1,2,3 ... post Covid..e

[3Mais aussi, Georges Sand : “La vie, c’est le mouvement, l’agitation, la dépense incessante des forces physiques, morales et intellectuelles.”

[4Trop souvent encore pour la médecine il est difficile d’admettre que les émotions influent fortement sur le corps physique. Tout est psychosomatique, ce qui signifie que les deux composantes corps/émotions sont inextricables et c’est normal. Hors trop de gens entendent encore dire que leur problème est psychosomatique, compris comme une injure du genre “c’est dans votre tête”. Inadmissible à mes yeux.

[5En ostéopathie on les appelle des dysfonctions.

[6Pour moi, son corps physique globalement, son affect, son …champ de conscience.

[7J’aime à dire que le temps est un médicament qu’on appelle savamment le Sulfate d’Expectative …

[8Douleur, rougeur, chaleur, oedème … Les 4 signes cardinaux de l’inflammation.

[9Non, l’animal n’est pas un bien meuble comme la loi encore très récemment le disait. C’est un être qui a des émotions et qui est conscient et beaucoup plus que ne peuvent l’imaginer la plupart d’entre nous.

[10D’autres sociétés imaginent les choses autrement. L’initiation d’un amérindien par exemple passe par une “quête de vision” période de jeûne qui doit lui permettre de prendre contact avec son chemin de vie.

[11Ce n’est souvent pas l’attitude du “corps médical” qui émet trop souvent des diagnostics couperets assez proches de l’effet nocebo.



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