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Ostéopathie, Énergétique… ? Mais de quelle énergie s’agit-il ?

Alain Abehsera - 2e partie
 
Créé le : mercredi 30 décembre 2015 par Alain Abeshsera

Dernière modificaton le : dimanche 22 janvier 2023

Ostéopathie, Énergétique… ?
Mais de quelle énergie s’agit-il ?

Seconde partie

Alain Abehsera


Article tiré et remanié de l’article paru dans Le Monde de l’Ostéopathie n° 7 - Juillet - Août - Septembre 2013 - Dossier : Énergétique, p. 6-10 - Publication autorisée par le Directeur de publication du Monde de l’Ostéopathie.


Dans la première partie de cet article, nous avons posé sur l’établi les termes ‘énergétique’ ou ‘énergie’, souvent utilisés par le milieu ostéopathique. Nous en avions conclu qu’aucune forme d’énergie classique ne semble correspondre à l’utilisation de ce terme par notre profession, nous faisant passer pour des abuseurs de langage et donc du public.
Mais cette incompréhension ne vaut que du point de vue de la physique classique. Tournons-nous vers la physique dite quantique. Celle-ci donne une double définition de la matière et l’énergie, distinguant, d’un côté, la matière et l’énergie virtuelles et de l’autre, la matière et l’énergie réelles. Cette distinction ouvre des perspectives beaucoup plus adaptées à notre travail, nous permettant de comprendre ce que les ostéopathes appellent la ‘visualisation’, autrement dit la capacité d’atteindre les tissus les plus profonds - percevoir comme modifier leurs fonctions - sans appuyer sur la matière, mais en la ‘traversant’ de leur pensée. Nous traiter de charlatans au nom de la physique n’est donc plus de mise. Sous l’angle de l’éthique, par contre, le charlatanisme continue… La physique du virtuel et du réel est un nouveau chemin où se rencontrent le rationnel, l’irrationnel, l’injuste et le juste.

Tissus bien sages

Il est clair que la matière de nos tissus n’obéit pas plus - ni moins ! - à notre pensée que celle de la chaise sur laquelle nous sommes assis. Même avec le regard le plus intense, on n’est pas plus capable de tordre un barreau de bois que de détordre une symphyse sphénobasilaire ou de remonter un duodénum. Nous ne faisons pas de la télékinésie. Certes, la matière dite ‘brute’ refuse d’obéir directement à nos intentions, mais la matière dite ‘vivante’ semble bel et bien sensible à notre pensée, comme l’indique l’expérience toute subjective du V-spread et autres techniques ostéopathiques recourant à une visualisation des tissus profonds. Parlons alors de sensibilité à nos intentions pour les tissus vivants et d’insensibilité apparente pour les objets. Lorsque nous posons les deux mains sur quelqu’un (ou sur nous-mêmes), notre intention de ‘faire bouger les tissus’ semble se traduire immédiatement par des mouvements tissulaires. Notre pensée devient concrète entre nos deux mains. Là encore, nous ne pouvons pas dire qu’il s’agit de mouvements de la matière/énergie habituelles. Rien ne se déplace littéralement, alors que nous disons sentir des mouvements qui balayent le corps des pieds à la tête. Nos machines ne mesurent rien - ou très peu - de ce que nous prétendons percevoir, malgré toutes les tentatives à ce jour d’objectiver le Mouvement Respiratoire Primaire et ce qui en dérive. Et même, si un jour, nous étions appelés à identifier avec certitude certaines fluctuations rythmiques des tissus, comment expliquer la richesse des perceptions de l’ostéopathe qui sent des mouvements du crâne à la cheville sans bouger ses mains ? Nous ne sommes pas seuls dans ce no man’s land d’explications. Comment, par exemple, comprendre l’extraordinaire complexité de l’énergie du vivant en médecine traditionnelle chinoise ? Dans les traités médicaux de l’Empire du Milieu, on attribue au foie une énergie bois alors qu’au poumon, elle est de métal ! Comment donner de telles qualités à ce que nous appelons l’énergie, la simple, celle qui fait bouger les turbines ou allume les lampes ?

Eh bien, posons que ces perceptions ou ces descriptions étranges relèvent tout simplement de l’autre aspect de notre matière/énergie habituelles : la matière/énergie virtuelles. Cette virtualité entre nos mains - ou entre les aiguilles de l’acupuncteur - semble transmettre nos intentions et nous donner l’impression que la cuisse se gonfle, la suture se soulève, le duodénum se tourne, le rein se relève, ou le métal du poumon et le bois du foie se renforcent ou se mollifient.

La trame au-delà du zéro énergétique 

Rappelons ce que l’on appelle le Virtuel. J’en donne une explication plus détaillée à la fin de cet article et le lecteur peut choisir de s’y référer avant de continuer à lire le texte présent.

On appelle Virtuel, l’aspect de la réalité, symétrique et complémentaire de la nôtre, qui se trouve au-delà de ce que nous appelons le ‘zéro’ de l’énergie. Autrefois, il n’y a pas si longtemps que cela, nous croyions que la réalité consistait en des ‘choses’ qui, en s’approchant du « zéro » devenaient de plus en plus petites jusqu’à disparaître totalement, pour aboutir au ‘vide’. La réalité commençait à partir de ce zéro pour augmenter en taille, en poids et en force, ce que nous appelons la matière et l’énergie. On croyait pouvoir réaliser un vide absolu en vidant un espace de tout air et de toute lumière. Et voici que dans les années 30 du siècle dernier, Paul Dirac (1902-1984) découvre l’existence d’un autre continent de l’existence : l’au-delà du zéro. Depuis cette découverte, vérifiée en laboratoire trente années plus tard, la réalité se présente sous trois états : ce que nous appelons

a) le réel, affublé de la valeur ‘positive’, qui se continue avec
b) le rien, puis au-delà du rien,
c) le virtuel, affublé du négatif.

Ce que nous appelions le ‘rien’ ou ‘néant’ devient tout d’un coup une sorte de membrane qui sépare le virtuel du réel, membrane qui, comme l’a montré la physique est ‘semi-perméable’ puisqu’il existe un flux constant entre le réel et le virtuel, des particules de l’un devenant l’autre, sautant ainsi la barrière du rien. Tout cela se faisant selon des règles de physique connues pour partie et encore largement inconnues. Laissons de côté le nouveau statut du ‘rien’ qui fonctionne comme une membrane au rôle crucial, mais excessivement fine par rapport à l’épaisseur des deux états de l’existence que le rien sépare : le virtuel et le réel. Il faut également préciser les proportions entre ces deux aspects : le virtuel est, paradoxalement, bien plus dense que le réel ! Dire ‘plus dense’ est un euphémisme tant la différence de densité entre les deux est immense. En effet, le réel nous semble a priori bien plus touffu en matière : taper sur une table de bois ou tenter de traverser un mur se rappellent vite au bon souvenir de nos neurones de la douleur. Pourtant l’état virtuel de cette même table et de ce même mur sont bien plus denses en particules, alors que nous ne ressentirions rien si nous ‘passions à travers’. Ce paradoxe provient du fait que notre réel n’occupe qu’un nombre fini de couches énergétiques au-delà du zéro (les sept orbites connues pour les atomes du tableau de Mendeleiev). Alors qu’en-deçà du zéro, le nombre de couches énergétiques occupées par les particules virtuelles est, non pas infini, car ce mot est creux, mais immensément grand et sans limite connue. Comme se plaisent à le dire certains physiciens, notre Réel n’est qu’un peu d’écume sur la Mer du Virtuel…

Celle de gauche, la plus connue, présente l’atome comme un ensemble d’orbites concentriques, porteuses de charges négatives, centrées par le noyau positif. On en compte sept au maximum. Chaque orbite ne peut supporter qu’un nombre particulier d’électrons. La première, deux, la seconde, huit etc. Les orbites les plus proches du noyau sont celles à laquelle l’énergie la plus basse est associée. Les électrons cherchent toujours à descendre au niveau d’énergie le plus faible, et donc ‘attendent’ de passer à l’orbite la plus basse. Lorsqu’une orbite est pleine, cette descente est impossible pour les électrons de l’orbite supérieure. Il faut attendre qu’un électron soit arraché de son orbite pour qu’un autre, venu de plus haut, puisse prendre sa place. Avant Dirac, la question se pose : pourquoi les électrons de la première couche ne descendent-ils pas vers le zéro ? Faisant que le monde s’effondre et disparaît en un instant vers le néant ?

La figuration de droite est issue de la formule de Dirac. Les orbites sont représentées par des niveaux d’énergie : au-dessus et au-dessous de zéro. Les électrons occupent chaque orbite comme dans la représentation classique (deux sur la première, huit sur la seconde etc., non-dessiné ici). Notre monde réel est fait des sept niveaux au-dessus du zéro. Il ne s’effondre pas car il est ‘soutenu’ par le monde virtuel, au-dessous du zéro. Les électrons de la première orbite ne ‘chutent’ pas vers le bas car les électrons des orbites virtuelles les en empêchent. Comme dans la mythologie grecque, le virtuel est Atlas qui porte le monde à bout de bras. Les orbites du monde virtuel ont un nombre très grand, inconnu à nos mesures. Notre monde réel est un peu d’écume sur la mer virtuelle (M.Cassé)

Un Vide si sensible !

Il ressort de ces recherches que le vide au sens classique du terme n’existe plus. On garde son nom traditionnel cependant, en l’affublant d’une majuscule - le Vide - ou en lui adjoignant le terme de ‘quantique’. Tous ces termes sont cependant interchangeables : le Vide, le Vide Quantique ou le Virtuel. Tout morceau d’espace est ‘bourré’ de particules virtuelles, même s’il est vide d’air et de lumière. Le Vide n’est donc plus vide. Il est plein d’une puissance, qu’on peut considérer comme la ‘substance fondamentale’, le ‘tissu conjonctif’ de notre monde pour reprendre des expressions qui nous sont familières. Dire que nous ‘baignons’ dedans, comme on disait de l’Ether, n’est pas suffisant. Il est en nous, en dehors de nous. Le virtuel est l’irritation fondamentale de l’existence, la condition initiale de tout élément, sur laquelle notre réalité ‘surfe’.

Une des caractéristiques du virtuel est qu’on ne peut le mesurer directement, mais on peut en mesurer les effets sur le Réel. Proposons alors que cette trame virtuelle est sensible à notre pensée, à nos intentions. Toute personne qui pense irrite le Virtuel, y crée des vagues. Les images et les mots sont certes inappropriés, mais notre expérience ostéopathique nous permet d’affirmer ces choses comme nul autre. Nous sentons immédiatement cet éveil du virtuel entre nos mains.

Je pense ‘vers la droite’ entre mes mains, et ‘cela’ va vers la droite… Puis je pense ‘à gauche !’ et les tissus sont parcourus d’un courant dirigé vers la gauche. Que se passe-t-il qui n’est pas de la télékinésie au sens classique ? Nous dirons que le Virtuel extérieur, celui du corps du patient, par exemple, est sensible à ce qui se passe ‘en nous’. Il y est sensible car notre pensée est dans la trame virtuelle du monde, qui nous réunit notre patient et nous dans une substance universelle commune. Ce qui bouge à l’intérieur de l’un fait bouger l’intérieur de l’autre. A l’inverse de notre matière vivante qui a, pour frontière, la peau, notre virtuel est continu avec l’extérieur, avec les autres êtres et les autres choses. A travers cet arrière-fond virtuel, il y a donc continuité stricte entre notre monde intérieur et le monde extérieur.

Et pourtant, ça bouge !

Revenons à présent à la question de notre capacité de modifier le Réel avec notre pensée. Nous avons vu que tenter de le faire directement est impossible pour le commun des mortels. On ne tord pas les cuillères en les regardant, même longtemps. Par contre, ‘bouger’ le virtuel est tout à fait possible en y pensant. C’est même instantané ! Laissons de côté alors la discussion de ce que cela implique pour les humains en général [1], et contentons-nous des applications ostéopathiques. Je sais, d’expérience, comme nombre de praticiens, que l’on peut ‘soulever’ un organe. Or c’est impossible du point de vue de la physique classique. On mesurerait l’effet de mes intentions sur un utérus affaissé qu’on y verrait rien bouger. Par contre, et la chose est subtile, je ‘visualise’ l’utérus, et je ‘remonte’ l’utérus visualisé. Ce qui est tout à fait faisable si on respecte bien le cadre anatomique et si la patiente, pour des raisons conscientes ou inconscientes, ne s’y oppose pas. Cette opération semble déclencher une réaction des tissus réels, qui aboutira à un changement physique tout à fait concret chez la patiente : par exemple, la sensation immédiate de libération de la circulation dans les membres inférieurs, signant que l’utérus - on le suppose - ne fait plus ‘bouchon’ dans le petit bassin.

Revoyons alors la ‘séquence’ proposée ici. Un peu artificiellement, nous dirons que la pensée ‘mobilise’ le virtuel, qui, à son tour, mobilise le Réel. En quelque sorte, le virtuel serait notre levier pour modifier le Réel. Mais attention : rappelons que la Réalité est une, elle n’est pas brisée par cette symétrie ou une quelconque autre symétrie. Nos limites et nos échecs sont là pour nous le rappeler. Nous ne pouvons pas affirmer qu’il existe du Virtuel seul et cette tentation de l’isoler me semble la source des dangers potentiels - très réels dans mon expérience de praticien - de l’ostéopathie dite ‘énergétique’. Le virtuel et le réel du crâne, du foie ou du poumon forment un continuum que les ostéopathes, mais aussi les médecins traditionnels chinois comme les magnétiseurs, lisent, chacun, avec sa grille de lecture [2]

Les ostéopathes font du Casimir ?

L’effet Casimir a été l’occasion de vérifier, pour la première fois de manière expérimentale, l’existence du Vide Quantique. Cet effet montre qu’un espace vidé de toute matière ou énergie (gaz, lumière etc.) possède une puissance propre. Cette puissance du vide est l’expression du virtuel, de ce fond de la réalité une fois que l’on a ‘tout enlevé’. L’expérience, d’abord imaginée par le physicien néerlandais H. Casimir, puis réalisée en laboratoire, consiste à mettre, en présence l’une de l’autre, très proches, deux plaques fines dans le vide. [3] La taille, la nature, la distance qui séparent les deux plaques permettent de calculer toutes les interactions possibles. En réglant la masse des deux plaques, on peut prévoir ce qui devrait se passer… Et il ne devrait rien se passer ! En effet, la force de la gravité est trop faible à cette échelle pour provoquer un mouvement des deux plaques, ou plutôt, un mouvement si minime qu’il serait non-observable. Pourtant, on observe que les deux plaques vont tendre à se rapprocher. Ce rapprochement est dû à la poussée du champ électromagnétique virtuel présent dans le Vide, qui pousse les deux plaques l’une vers l’autre, plus que ne les sépare (voir appendice). Le Vide est donc bien capable de déplacer la matière réelle, solide et pesante.

L’effet Casimir, peu connu au début, a pris, depuis, une importance fondamentale en physique. Certains physiciens pensent même qu’il serait le mécanisme du Big Bang des débuts de notre Réalité. Je propose de l’appliquer à l’ostéopathie. [4]

On pourrait en effet considérer ce que ressent l’ostéopathe lors d’une écoute tissulaire comme une expérience analogique de l’effet Casimir. Nos mains joueraient, en quelque sorte, le rôle des deux plaques et notre intention (rapprocher, éloigner, tourner etc.) intervient dans les différences de pression du Vide (entre les mains et en dehors des deux mains) qui se traduisent par des mouvements tissulaires. Cet effet Casimir ostéopathique est facile à sentir.

Tout un chacun peut mettre ses mains de part et d’autre de sa cuisse, par exemple, et sentir, à la demande, que ‘cela’ se gonfle, se dégonfle etc. On peut le faire également sans les mains. On peut penser tout simplement que notre cuisse est traversée par un flux de la gauche vers la droite, et le même effet se produira. On peut également le faire entre ses mains, dans le Vide, à distance du corps. Là aussi, on sentira, à la demande, que l’espace entre les deux mains est traversé par un flux qui ira de gauche à droite, de droite à gauche, à la demande. On pourra donner à ce flux toutes les formes possibles : celle d’un ballon, d’un cube, du foie, du rein ou de toute chose que l’on voudra. Nous sommes capables de sculpter le Virtuel, le Vide ou le Fluide, avec nos intentions. Tout en comprenant que, puisque nous baignons dans ce Fluide, il nous sculpte en retour.

L’ostéopathie tissulaire : une soupe d’intentions

Notre corps est un espace bien plus complexe que celui délimité par les deux plaques dans l’effet Casimir. Toute partie du corps, si l’on veut schématiser, est un morceau d’espace délimité non pas par deux, mais par six plaques. En effet, on peut considérer un tissu ou organe comme étant un espace anatomique délimité vers le haut et vers le bas, vers les deux côtés, et vers l’avant et l’arrière. La différence de pression du virtuel entre l’intérieur et l’extérieur du corps dans les trois dimensions va alors avoir pour résultante, un ensemble très complexe de mouvements : ce que peut ressentir l’ostéopathe en posant ‘ses mains pensantes’. Cette résultante est composée des mouvements induits par la pensée de l’opérateur, mais aussi les spontanés, propres aux tissus du ‘patient’. Mais, là encore, comment différencier les mouvements induits par la pensée du patient et ceux induits par la pensée du praticien, et toutes les combinaisons possibles entre ce qui se passe ‘spontanément’ et ce qui se passe ‘sous influence’ ? Sans oublier ce qui vient de l’extérieur du couple patient/praticien, c’est-à-dire de tout l’environnement. Chaque morceau d’espace tissulaire est une soupe gigantesque d’intentions individuelles et collectives… !

Ce que nous appelons la ‘visualisation’ serait alors, en quelque sorte, une mise en tension de l’anatomie virtuelle. Avec des effets directs sur l’anatomie réelle des tissus. L’ostéopathe qui pose ses mains et sent ‘toutes sortes de choses’ venant de son patient et de lui-même, est tout simplement en train d’expérimenter cette articulation entre l’anatomie virtuelle et réelle des tissus.

Il me paraît même que les connaissances actuelles en cytologie et physiologie nous permettront sous peu d’identifier ce qui, dans les tissus, est sensible aux contraintes du Virtuel. [5] Les mouvements tissulaires que nous percevons : la sensation d’un fulcrum, d’un still point, le V-spread, sont autant de modalités virtuelles qui, une fois exprimées, aboutissent à des résultats tout à fait concrets, sur les tissus bien solides : détente musculaire, vidange vésiculaire, amélioration circulatoire etc. La continuité entre le Réel et le Virtuel de nos tissus fait que notre pensée, d’essence virtuelle, est à même de modifier le Réel à travers le Virtuel. [6]

Rappelons-le : pas plus que nous ne pouvons soulever un rocher avec notre pensée, nous ne pouvons, avec notre visualisation, enlever une verrue, réduire une fracture ou une hernie discale. Nous pouvons, par contre, agir sur le virtuel qui sous-tend la verrue, la fracture et l’hernie, agissant ‘dans un second temps’ [7] sur leur réel. On peut supposer que notre appréhension virtuelle plonge, très probablement, ses racines dans le corps et au-delà du corps, selon des interactions beaucoup plus complexes que celles que nous connaissons via l’anatomie et la physiologie habituelles. Il est très possible alors que l’affirmation des médecins traditionnels chinois que le foie a une énergie bois ou que le poumon relève du métal, autant d’affirmations insensées dans le monde réel, sont des lectures de relations dans le Virtuel qui relient le foie de Mr X, en particulier, au bois en général. Il ne faut pas chercher bien loin, d’ailleurs, pour trouver la racine réelle de ces considérations virtuelles et s’apercevoir que les Chinois ne sont pas si fous que cela. Le foie n’est-il pas, en effet, ‘l‘organe végétal’ du corps ? Il possède deux caractéristiques fondamentales du monde végétal : il est le seul tissu qui stocke le sucre et le seul à repousser, à volonté, quand on le coupe. Alors dire qu’il relève du bois, pourquoi pas ? Le poumon ressort du métal affirment les Chinois ? N’est-il pas le lieu où notre fer prend tout son sens, puisque c’est dans les alvéoles qu’il attrape l’oxygène, pour le distribuer partout ailleurs ? Et nos poumons ne ressemblent-ils pas aux soufflets d’une forge qui entretient un feu de branches - bronches  ?

Ça fluctue….

Il en va de même pour nos expériences ostéopathiques : rythmes, marées, tourbillons etc. sont autant de manifestations virtuelles que nous avons appris à reconnaître ou à induire entre nos mains, avec notre pensée. Il est extraordinaire de noter qu’en physique quantique, le Vide, avec son Virtuel, est décrit comme étant le siège de fluctuations permanentes, il n’est jamais au repos. Or, ce terme, ‘fluctuation’, n’est-il pas le terme-clef de l’ostéopathie crâniosacrée ? Ne peut-il expliquer, mieux que tous les modèles physiologiques - pertinents, par ailleurs [8] - les rythmes ou mouvements sentis sur les tissus ? Et au passage, expliquer à la fois leur réalité et leur subjectivité, comme tout ce qui touche au virtuel ? Ce que je ressens relève du ‘ça existe’, mais d’une existence que je ne peux mesurer directement. Et le rythme crânio-sacré - plus précisément, les rythmes crânio-sacrés - déclinés sur plusieurs fréquences et difficiles à synchroniser pour plusieurs opérateurs, seraient bien mieux définis comme des ‘fluctuations’ du Virtuel - induites ou subies - perçues par chacun.

Revenons à notre propos du début de ce texte sur la ‘folie ostéopathique’. Nous y disions qu’un ostéopathe puisse sentir et mobiliser le rein, le pancréas ou l’aorte à partir d’une même position de main et d’un même appui, voire à distance du corps, paraît très improbable en termes de matière/énergie habituelles. La physique moderne nous fournit le modèle explicatif : l’ostéopathe ‘réveille’, ‘interagit avec’ une image virtuelle de la forme et de l’information du pancréas, du rein ou de l’aorte, qui va affecter les tissus réels en question et aboutir à un effet mesurable.

Rappelons que l’ostéopathie, à ses origines, est largement inspirée du Mesmérisme. A T Still, le fondateur, se dit ‘mesmerizer’ avant de s’appeler ‘osteopath’. Still ne reniera pas tout à fait ses origines de magnétiseur : quand on lui demande la différence entre l’ostéopathie et le mesmérisme, le Vieux Docteur ne cite aucun principe ni aucune technique, il dit tout simplement : de l’anatomie, et encore de l’anatomie !! L’ostéopathie, c’est du mesmérisme incarné dans l’anatomie. Or comment Mesmer - lui-même reprenant des prédécesseurs - décrivait le Réel ? Il affirmait que la Réalité est pleine d’un Fluide. Ce Fluide peut être senti entre nos mains et sa répartition détermine la santé et la maladie. Mesmer continuait en disant que ce Fluide était animé de ‘fluctuations spontanées’ de toutes sortes. Près de deux cents ans avant Sutherland et Dirac, un médecin avait décrit la réalité comme pleine d’un Fluide fluctuant, non-mesurable directement, mais à l’influence tout à fait mesurable, et influençable par notre pensée. 

Énergie sombre

Le recours à l’énergie/matière virtuelle pour expliquer notre expérience ostéopathique ne prétend pas être une explication définitive. Dans un an, dans dix ans, tout cela sera peut-être dépassé, et notre compréhension différente. La distinction virtuel/réel est un modèle sur notre chemin. Des découvertes apparaissent et bouleversent nos connaissances chaque année. La science physique actuelle, par exemple, s’est aperçue de l’existence d’une énergie et d’une matière ‘sombres’ qui formeraient plus de quatre-vingt-dix-huit pour cent de notre univers ! [9] Les explications viennent et partent et nous attendons de connaître la pertinence de cette énergie sombre dans notre vie quotidienne et son rapport avec le Virtuel. La science évolue, et la médecine aussi. Mais les médecins ne doivent jamais prendre les physiciens comme modèle ultime car les uns et les autres n’ont pas les mêmes objectifs. La science des objets ne peut s’imposer à la science des sujets, la nôtre, mais peut servir comme source d’inspiration. La notion de réalité virtuelle a joué ce rôle pour moi à un moment de ma pratique. Praticien des techniques d’écoute sur les tissus, je me suis aperçu, au bout de quelques années d’exercice, qu’on pouvait ‘écouter’ les mouvements tissulaires à distance du patient. À dix centimètres, à un mètre, à dix mètres, la distance n’avait pas d’importance. Non seulement les percevoir, mais les suivre, les sentir se modifier, et obtenir ainsi d’excellents résultats cliniques, dans les indications classiques de l’ostéopathie.

Sentir le sacrum entre ses mains, à distance du patient, et voir la douleur fondre en parallèle avec les mouvements perçus, soulever, à quelques mètres, l’utérus prolabé d’une femme se plaignant d’un retour veineux difficile dans les membres inférieurs, et être témoin d’une amélioration circulatoire quasi-immédiate, ont été des expériences fréquentes, quotidiennes pour moi pendant nombre d’années. Confondu par ces résultats étonnants, il me fallait une explication physique. Je ne touchais plus la matière, et donc aucune explication ‘matérielle’ ne pouvait me convenir. Mes lectures me firent découvrir le Virtuel et il me devint clair que je touchais le virtuel qui modifiait le réel.

La toxicité de l’ostéopathie ?

Ces années d’ostéopathe à distance furent merveilleuses à leur début. Je ne voyais pas les limites de mon action. J’obtenais des résultats dans des indications inhabituelles pour l’ostéopathie (endocrinologie, chirurgie etc.). Puis le temps des déconvenues est arrivé. La première fut que les pathologies dites ‘lourdes’ ne répondaient pas. Cancer, Parkinson, schizophrénie ou diabète restaient sourds à mes manipulations à distance de la tumeur, du cerveau ou du pancréas. La deuxième déconvenue fut l’apparition d’une fatigue progressive. Une sensation de vidange énergétique après chaque séance, qui devint une fatigue intense permanente, puis un état pathologique objectif, si sévère que je fus obligé d’arrêter mon exercice d’ostéopathe. Je me suis exprimé ailleurs sur ce sujet et je me sens le devoir de partager cette expérience et ce que j’ai fait depuis pour continuer mon lien à l’ostéopathie. Une consultation rapide auprès de mes confrères praticiens de l’énergétique m’a confirmé, pour nombre d’entre eux, l’existence de cet épuisement après les séances. Il faut ouvrir ce double débat :

a) le pourquoi des limites cliniques de l’ostéopathie, malgré ses principes magnifiques, et
b) la toxicité éventuelle de l’ostéopathie énergétique, tant sur les praticiens que sur les patients.

Considérer notre action dans le cadre virtuel/réel nous permettra peut-être de mieux répondre à ces questions. Les lois de fonctionnement du virturéel  [10] nous sont connues, sous d’autres noms, par ce qu’en disaient les Anciens, par ce qu’en dit la physique quantique, mais surtout, nous sont inconnues et restent à découvrir. Je crois ainsi, qu’en traitant les patients directement dans le virtuel, j’ai joué ‘avec le feu’ d’une énergie inconnue et que cela peut épuiser, voire mettre en danger. Mais la faute revient à l’utilisateur, et non à ce qui est utilisé !

Je t’aime, un peu, beaucoup, à la folie…. pas du tout !

Il est possible qu’une des grandes inconnues du fonctionnement du virtuel tienne à ce que nous appelons les ‘sentiments’. La physique traite ses objets de manière neutre, indifférente. Les pierres tombent sans se faire mal, et les électrons sont séparés de leur orbite sans protester. Les humains, il est vrai, ont un ‘plus’ : ils sont supposés être sentimentaux, une qualité dont la science ne se préoccupe pas trop. Traités comme des objets, les choses et les êtres se résument à des amas vides d’émotions, faits de minéraux, de protéines, de graisses et de sucres, et au bout, d’atomes. La version ‘virtuelle’ de tout cela ne nous interdit pas de prêter d’autres qualités à ces mêmes atomes et à ce qu’ils composent. Qui peut affirmer, en effet, que les phénomènes de ‘conscience’ que nous voyons à l’échelle humaine, aux effets virtuels certains, n’ont pas leur équivalent à l’échelle atomique ? Jean Charon, un auteur prolifique des années soixante, parlait de la ‘conscience’ et de la ‘mémoire’ à propos de l’électron. On peut remonter encore plus loin, à Leibnitz et ses ‘monades’. Et plus avant, encore, dans les différents systèmes de pensée mystiques… Or, un des sentiments les plus forts est l’amour, et son opposé, la haine, ou l’absence des deux, l’indifférence. Il faut distinguer également un quatrième état, la jalousie, qui participe de l’amour et de la haine, puisqu’on y ‘déteste quelqu’un qu’on aime’.

On pourrait chercher les analogues de ces sentiments dans le monde dit ‘minéral’, et, puisqu’on ne peut dire, strictement, qu’un objet ‘aime’ un autre, on supposera que de tels sentiments seraient de l’ordre du virtuel.

Dans ce cadre, les forces de la physique prennent une toute autre couleur. Deux interactions font que les choses s’attirent : la gravité et le magnétisme. Peut-on alors parler de ‘sentiments minéraux’ à leur propos ? Pour la gravité, et en l’absence de découverte, à ce jour, de l’anti-gravité, cela va toujours dans le sens de l’attraction, et n’agit que pour des masses assez considérables. Or, le langage prête clairement des sentiments à la gravité. Très curieusement, en effet, on dit que l’on ‘tombe amoureux’, et en anglais, ‘fall in love’. On finit même par ‘tomber enceinte’. L’être aimé est une sorte de ‘trou noir’ qui nous attire et dont on a du mal à se séparer… ! La gravité, qui unit toutes les masses de cet univers, serait alors un immense champ d’amour. Une force qui tente de rapprocher ce qui a été séparé lors de la grande explosion du Big Bang.

Pour le magnétisme, l’effet est à toutes les échelles : du photon à l’atome jusqu’aux planètes et étoiles. Et, là, plus clairement encore que pour la gravité, on trouve tous les états que nous incluons dans l’amour : l’attraction, la répulsion, l’indifférence (substances non magnétiques) voire la jalousie, puisque deux aimants ‘collés’ l’un à l’autre, résistent à la séparation que créerait l’arrivée d’une autre pièce chargée.

L’amour entre l’atlas et l’axis

Mais, dans la recherche des sentiments chez les objets, c’est, bien entendu, le mot choisi pour parler du magnétisme qui nous interpelle : aimant. Deux morceaux chargés qui s’attirent, s’aiment, et/ou lorsqu’ils se repoussent, ils se détestent. Sont-ce là les racines, dans le virtuel, de nos sentiments si sophistiqués ? Nombre de magnétiseurs disent qu’il faut inclure de ‘l’amour’ dans le champ du traitement, qu’il ne faut pas faire un ‘champ neutre’, ‘indifférent’. À l’inverse, ceux qui pratiquent les envoûtements, le vaudou, le mauvais œil etc. disent recourir à la ‘force de haine’. Il ne faut pas oublier, que dans certaines cultures et continents, la malédiction, une action virtuelle, est le principal facteur étiologique, toutes pathologies confondues.

Transmettre de l’amour ou de la haine dans le Réel, à travers une manipulation, éthique ou non, est donc, historiquement, chose courante. Comment retraduire tout cela en termes dits ‘rationnels’ ? Des objets aux humains, tout s’attire et se repousse. C’est peut-être là un immense domaine de recherche pour nous dans le futur. Déterminer quels sont les tissus qui sont maintenus ‘séparés’, alors qu’ils souhaiteraient ‘s’aimer’, les fonctions qu’il faudrait maintenir ‘séparées’ alors qu’elles sont confondues etc. On pourrait voir la ‘lésion ostéopathique’ de manière différente alors : un manque d’amour ou une mésentente inter-tissulaire dus à de nombreux facteurs qui incluront la mécanique mais aussi les sentiments de la personne, portés par ses tissus, et ses interactions avec les autres. Et l’ostéopathe aurait à inclure des éléments nouveaux dans son champ. La force neutre de la poussée par les mains, le ‘thrust’, sera peut-être alors enrichie de sentiments. Là encore, on peut imaginer les dangers potentiels de telles approches, le ‘jeu avec le feu’ évoqué ci-dessus. Mais il est fort possible que la bonne dose d’éthique nous permettra d’inclure tout cela dans notre pratique. Faisant faire un bond phénoménal à notre clinique, puisque, peut-être, la non-réponse de certaines maladies dites ‘sérieuses’ à nos manipulations, provient du fait que nous ne parlons pas aux tissus dans leur langage entier, qui n’est pas fait que de ‘pousse !’ ou ‘tire !’, mais aussi ‘attire !’, ‘repousse !’, et au-delà, ‘aime !’ ou ‘accepte la séparation’ ! [11]

Inclure le virtuel dans notre approche du réel est une ouverture immense. Ce n’est plus tant la science qui peut nous retenir, car aucun physicien ou biologiste ne peut plus nous traiter de charlatan lorsque nous parlons de notre approche, au risque de passer lui-même pour un charlatan. La seule retenue vraie sera l’éthique. Et la médecine est la seule science tenue constamment par l’éthique dans son action, du plus petit de ses objets au plus grand, l’humain. Un biologiste ou un physicien ne se soucient guère des sentiments de la matière - vivante ou inerte - qu’ils triturent. Un médecin se soucie de son patient, du soin du rhume à celui du cancer. Ce que nous appelons la globalité. Et cette globalité, notre génération l’apprend, s’est dédoublée sous nos yeux : elle est, pour toute chose et tout être, virtuelle et réelle, et certainement, les deux à la fois, reflet d’une unité fondamentale dont nous soupçonnons l’existence et qui est notre quête de toujours.

Traité de paix

La physique du Virtuel, son articulation avec le Réel, n’est pas nouvelle. En se penchant sur ce que disait Platon sur l’organisation de la Réalité, en lisant les mystiques de toutes les religions, on trouve des descriptions très évocatrices de ce que nous appelons le Virtuel et le Réel. Mesmer, et ses prédécesseurs savaient l’utiliser en thérapie, et en avaient déjà éprouvé les grandeurs et les limites.

C’est en réfléchissant à tout cela, philosophie, éthique, physique et biologie, en mixant tout cela dans un ‘shaker’, que nous serons à même de fournir notre lecture, celle de cette génération. À nous de proposer un nouveau projet de paix entre la matière, l’énergie et l’information, entre - comme disait Still - la Matière, l’Esprit et le Mouvement (Mind, Matter and Motion).


 Appendice concernant l’Énergétique appropriée à l’ostéopathie : la physique de Paul A.M. Dirac


À la découverte du Virturéel

Paul Dirac (1902- 1984) fait partie de cette espèce de penseurs qui, devant leur cahier de notes, dans un bureau, cherchent et trouvent comment fonctionne la matière et l’énergie dans l’univers. Il incombe à une autre espèce de scientifiques, plus techniciens, de montrer, avec des montages expérimentaux coûteux et complexes, la véracité de la théorie griffonnée sur un bout de papier. Dirac découvrit ainsi, en théorie, l’existence de

1) l’anti-matière et
2) la réalité virtuelle.

Quelques années après la formulation de ses hypothèses, les montages expérimentaux adéquats démontrèrent l’existence de ces autres expressions de la matière/énergie.

Nécessaire symétrie

Les découvertes de Dirac se rapportent à une habitude très spécifique des physiciens quantiques : penser au symétrique. Ainsi : la nécessaire symétrie des charges au-dessus du zéro aboutira à la découverte de l’antimatière, et la nécessaire symétrie d’une existence de part et d’autre du zéro, aboutira à la découverte de l’aspect virtuel de notre monde. Dans le premier cas, Dirac pose l’hypothèse de l’existence d’une particule de charge opposée pour chaque particule connue. À l’électron chargé négativement dans notre réalité habituelle, doit correspondre un électron de charge positive, toujours dans notre réalité habituelle. Des expériences ont pu montrer, après la description théorique de Dirac, son existence, pour l’électron comme pour les autres particules. On appelle antimatière cette matière/énergie toute aussi réelle que la nôtre, mais où les charges sont inversées. Existe-t-il de l’antimatière dans notre réalité habituelle, sur Terre ou dans le cosmos ? Apparemment, oui… Mais les ostéopathes manipulent-ils de l’antimatière dans les tissus de leurs patients ? Les pistes sur l’antimatière dans notre réalité quotidienne sont encore trop faibles pour qu’on puisse parler de ces choses autrement que par science-fiction. L’autre symétrie supposée par Dirac nous concerne, me semble-t-il, très directement. Matière et antimatière sont des symétries dans ce monde, celui vu par les microscopes et les télescopes, pesé par les balances. Le virtuel parle d’un au-delà de ce monde…. Brrr….. !

Le Grand Zéro, le Beau Zéro

Le zéro est la valeur limite pour toute existence. Il marque la frontière du rien, du néant. Matière et antimatière se baladent au-dessus du zéro, occupant des places symétriques. On a ainsi des 1+, des 2+ mais aussi des 1- et des 2-. Remarquons bien que le moins et le plus sont écrits après le chiffre. On parle de choses qui valent plus que rien. Mais la symétrie n’exige-t-elle pas de penser qu’il doit nécessairement exister des choses qui valent moins que rien ? Plus exactement, de l’autre côté du zéro. Il est vrai que ‘rien’ est trompeur ici, et qu’intuitivement, nous pensons qu’aux alentours du zéro, tout ce que nous connaissons disparaît : air, lumière etc. Nous sommes si habitués à cette notion que nous ne prenons pas la peine de noter un + quand nous parlons des valeurs énergétiques de notre réalité.

Ce qui existe est forcément précédé d’un signe plus, et donc on s’en passe. Mais a-t-on pensé à l’autre au-delà du zéro ? Nous aussi vivons au-delà du zéro, mais qu’en est-il de l’autre, celui en face ? Une ‘autre’ réalité commence-t-elle à moins que zéro ? Dirac, au vu de la nécessité de symétrie, l’affirme et énonce qu’aux états d’Énergie notés + 1, + 2, ceux que nous connaissons depuis toujours, doivent correspondre des états d’Énergie symétriques : - 1, - 2.


Quelques-unes des circonstances de la découverte du Virturéel

Dirac se trouve devant une équation où l’Énergie, E, est définie sous la forme d’un carré, soit E². Tout physicien normal aurait dit que pour extraire E, on fait la racine carrée d’E². Et le E que l’on obtient par une racine carrée est forcément positif ! On ne se pose même pas la question de l’autre possibilité. En effet, s’il est vrai qu’E² est égal à + E x + E, il existe une autre solution : - E x - E ! Puisque moins par moins égale plus… Mais cette alternative était considérée comme un artefact mathématique, qui ne correspond à aucune réalité. Dire que - E est significatif, c’est dire qu’il existe une Réalité au-delà du Zéro !! C’est pourtant ce que Dirac va affirmer. De la même manière que la symétrie exige une symétrie de charge, il lance l’hypothèse d’une symétrie d’existence : les deux côtés du zéro. 


Ne touche pas à mes moins billes

Paul Adrien Maurice Dirac (1902-1984)

À l’instar des mathématiques, notre langage de tous les jours ne prend pas la peine de préciser le ‘plus’ devant les mots qui désignent les objets. J’ai une maison, dit-on, pas une ‘plus maison’. Les choses existent (+) ou n’existent pas (0) et le moins n’est pas une option. [12] Dire qu’au-delà du zéro existe une réalité symétrique de la nôtre revient à dire que l’on peut posséder soit une ‘plus maison’ soit une ‘moins maison’, que l’on peut manger des ‘moins carottes’ et/ou des ‘plus carottes’ etc. Or, selon Dirac, par-delà le rien qu’indique le panneau ‘Zéro’, on trouve des électrons, des photons, des protons etc. Ces particules vont recevoir le nom de ‘virtuelles’ pour les distinguer de celles de notre monde habituel. De notre point de vue, ce qui les caractérise est qu’on ne peut pas les mesurer directement, on ne peut pas les attraper. Aucun de nos écrans ou microscopes ne peut les ‘voir’ puisque tout ce que nous fabriquons est fait d’atomes ‘valant’ plus que zéro et donc capable de capter ce qui vaut plus que zéro. Par contre, on peut mesurer leur effet sur notre matière habituelle. Gardons ainsi cette définition à l’esprit : le virtuel ne se mesure pas directement mais par l’effet qu’il a sur notre matière. On ne peut s’empêcher de comparer cet état à ce que nous avons lu ou vu des fantômes dans les dessins animés. On ne peut jamais les attraper, car nos mains passeraient à travers, mais ils sont capables de faire bouger les rideaux, d’éteindre une bougie ou encore faire craquer le parquet. J’ignore l’effet de la découverte de Dirac dans le monde des fantômes, s’ils existent, mais ils ont dû éprouver un grand soulagement d’avoir enfin acquis leurs lettres de noblesse scientifique.

Les découvertes qui suivirent confirmèrent l’hypothèse de Dirac et, aux débuts, on appela, en son honneur, la réalité située au-delà du zéro : la ‘Mer de Dirac’. On l’appellera ensuite le Virtuel ou le Vide quantique. Elle est un océan grouillant d’un nombre de niveaux énergétiques négatifs très grand, bien plus que les sept niveaux que nous connaissons autour du noyau de l’atome réel. Elle fait acte de décès pour la notion de vide, cette vacuité que l’on croyait pouvoir produire en aspirant tout l’air dans un tube scellé. Une fois tout le réel enlevé, tout le virtuel… En outre, on s’aperçut bien vite que les particules du monde virtuel ne restent pas toujours dans leur état fantomatique. Elles peuvent, sous certaines conditions, sauter la barrière du zéro, apparaître, faisant que là où l’obscurité absolue régnait, un photon apparaisse ‘de nulle part’, illumine le réel, pour retourner au Vide d’où il était venu. [13] Entre le Réel et le Virtuel un ballet incessant de fluctuations se produit et les physiciens pensent que c’est ainsi qu’on peut expliquer le Big Bang : une fluctuation du Vide qui n’a pas été suivie par un ‘retour au bercail’ des particules devenues réelles….

L’effet Casimir

En 1948, le physicien néerlandais H. Casimir propose un montage expérimental qui vérifierait l’influence du virtuel sur le réel. Dans une enceinte où règne le vide, deux plaques sont mises en parallèle. Casimir prédit que la différence de pression créée par le virtuel entre les plaques et le virtuel en dehors des plaques est telle que les plaques vont tendre à se rapprocher. En effet, dans l’espace en général, les particules virtuelles existent avec des longueurs d’ondes prenant toutes sortes de valeur et ‘poussant’ dans tous les sens. Mais, prenons une longueur d’onde suffisamment petite, qui peut entrer entière dans l’espace entre les deux plaques de l’expérience de Casimir. Intuitivement, il est clair qu’il y aura beaucoup plus d’ondes entières de cette valeur en dehors des plaques qu’entre les deux plaques. L’effet net est alors une poussée des plaques l’une vers l’autre. Le Vide pousse sous l’effet d’un champ électromagnétique virtuel.

Je propose une extension de ce modèle : tout ‘morceau de réalité’ situé entre deux ou plusieurs ‘barrières’, délimitant ainsi deux espaces, peut être conçu comme une situation analogue à celle de l’effet Casimir. C’est ainsi qu’on pourra considérer l’espace entre les parois du corps humain, ou entre les mains de l’ostéopathe ou du guérisseur posées sur les tissus. Mais aussi l’espace entre les aiguilles de l’acupuncteur et bien d’autres systèmes. De part et d’autre de ces ‘barrières’ règne un champ électromagnétique virtuel et notre pensée, nos croyances, excitent ce champ. Ce qui se passe dans nos têtes et notre corps aurait ainsi ses racines dans le virtuel, et vice-versa, ce qui se passe dans le virtuel a ses racines dans notre pensée. Aux ondes de notre électro-encéphalogramme, objectivées par l’encre sur le papier millimétré, doivent ainsi correspondre des ondes d’un EEG virtuel. Quel serait alors notre rapport avec les ondes radios, les micro-ondes, les rayons X et autres rayonnements que nous avions mis de côté dans leur aspect réel, mais dont nous ne savons rien dans leur aspect virtuel ? Un jour, on découvrira peut être que notre pensée, nos émotions, sont au cœur du monde virtuel et l’organisent.

Mon expérience d’ostéopathe à distance, mais aussi dans d’autres domaines, [14] ne m’a pas laissé d’autre choix que de croire que notre pensée possède un aspect virtuel. Toutes les ostéopathies d’écoute où l’opérateur travaille sur différentes couches tissulaires à distance de ses mains sont des exercices de virtualité. Personne ne peut mesurer cette pensée en action, mais il est possible d’en mesurer les effets sur le patient. Souvent, c’est ce dernier, par ses sensations, qui agit comme appareil de mesure de notre action virtuelle sur le réel. La pensée de l’ostéopathe, son intention, appliquée aux tissus, provoque des effets réels que nous appelons ‘flexion’, ‘extension’, ‘rotation’ etc. Entre l’intention de l’ostéopathe et les modifications tissulaires réelles chez son patient existe toute une chaîne. Un engrenage qui part d’une pensée et aboutit à la mobilisation de cellules puis de tissus. Mais le principe de l’effet Casimir nous indique qu’en dehors de nos mains, un champ virtuel agit et pousse. Nous ne sommes pas seuls à agir avec nos intentions. Notre volonté de changer les choses de la matière par l’énergie entre nos mains peut trouver là de l’aide mais aussi du refus. Cette résistance à notre intention explique probablement pourquoi l’ostéopathie est inefficace dans bien des domaines, et potentiellement toxique pour le praticien, quand il veut s’imposer. Toute partie du corps, si l’on poursuit l’analogie avec l’effet Casimir, est soumise à des forces venues de très près et de très loin dans le temps et l’espace. On ne peut, je le crois, pincer le vivant entre ses mains et prétendre tout changer, sans se préoccuper du contexte. 

À nous de faire les bonnes hiérarchies entre la matière et l’énergie dans leurs aspects réels et virtuels. Et dans ce domaine, rien n’est simple, tout est paradoxal et changeant. Ce qui est accessoire est essentiel, ce qui est essentiel devient accessoire. Le Réel s’incline devant le Virtuel, car là repose son négatif, ce qu’il n’est pas, ce dont il se distingue. Mais le Virtuel sait aussi s’effacer devant le Réel, reconnaissant l’immense mérite qu’a ce dernier de posséder l’existence positive, les jardins de cet Univers. Et, au dénouement, on doit toujours se rappeler que tous ces dualismes, tel le virtuel et le réel, n’existent que le temps du partage entre humains, par la parole et l’écriture.


 Remerciements

Je remercie Mr Frédéric Zenouda pour sa relecture et ses suggestions qui ont grandement contribué à la construction de cet article, en particulier pour les choix qu’il a fallu opérer dans son contenu. Je remercie Emmanuel pour sa lecture critique, à propos de l’extension à l’ostéopathie de l’effet Casimir. Je remercie Mr Marcel Raveneau qui, au cours d’un dîner récent, a soulevé nombre de questions proches, et m’a rapporté la conception de Mr Jacky Roux concernant le recours à ‘l’amour’ dans le traitement des lésions intervertébrales via l’ostéopathie à distance. Je remercie également Mr Michel Cassé pour son remarquable ouvrage ‘Du Vide et de la Création’ d’où je tiens l’essentiel de ma compréhension du Vide et du Virtuel.


Notes

Le Site de l’Ostéopathie remercie Alain Abehsera et la revue Le Monde de l’Ostéopathie de l’avoir autorisé à publier cet article

[1Que j’aborde dans un autre texte, intitulé « Une physique bonne pour la santé », qui est à l’écriture.

[2Il est difficile de distinguer par le vocabulaire le virtuel du réel. Ces mots prêtent à confusion et nous les utilisons assez librement. Nous proposerons le néologisme ‘virturéel’ pour appeler la totalité de la réalité.

[3Les plaques sont faites d’un matériau non conducteur et n’ont aucune charge, éliminant tout phénomène d’attraction électromagnétique classique. L’effet dû à la gravité est également pris en compte.

[4En première partie de cet article, nous avions évoqué l’explication fréquente de nos perceptions et de notre action ostéopathiques par un rayonnement électromagnétique. Bien qu’il soit tentant d’expliquer notre action par le magnétisme réel, nous avions écarté cette possibilité vue la faiblesse du champ issu de notre corps. Mais, nous ne pouvons éliminer, car il est impossible à éliminer par nature, le champ électromagnétique virtuel. En effet, le magnétisme virtuel serait bien plus intéressant comme définition de l’énergie que nous travaillons. Ceux qui sont curieux de savoir qu’est-ce-qui porte l’attirance ou la répulsion entre deux aimants, s’apercevront que la science moderne répond : des ‘photons virtuels’. En effet, si les aimants s’échangeaient des photons réels, ils maigriraient à force d’être l’un devant l’autre ! Or ce n’est pas le cas, deux aimants peuvent se contempler en chien de faïence pendant des siècles, s’attirer violemment (si on les retient d’accomplir leur volonté de fusion), et ne pas maigrir d’un atome. La force échangée est dite virtuelle, et pourtant elle nous paraît bien puissante et bien réelle !! Tout cela nous concerne directement. Nous nageons un peu dans la confusion, cependant, car il faut distinguer le champ virtuel créé par deux aimants réels, un champ qui chute très rapidement avec la distance, et le champ virtuel que nous pouvons ‘créer’ avec notre pensée, ou entre nos mains et qui semble, lui, non-limité par la distance. Il est facile de montrer, par exemple, comment on peut reproduire, en l’absence d’aimants, entre ses doigts, la sensation d’un champ magnétique. C’est un champ virtuel, par définition, puisqu’on ne peut le mesurer avec aucune machine réelle connue, alors que nous, nous en sentons l’influence. La sensation ressemble beaucoup à celle que nous percevons entre deux aimants. C’est donc là que les choses se compliquent un peu au niveau terminologique : 1) entre nos mains réelles, nous pouvons éprouver ‘un champ virtuel’, qu’on supposera fait de ‘particules virtuelles’ 2) entre deux aimants réels, c’est un échange de photons virtuels qui donne la sensation que l’espace est élastique. Pourtant dans le cas de l’aimant, on a des effets réels très nets : l’aiguille de la boussole bouge, et on peut même mesurer la puissance du champ magnétique émise par un corps. Entre nos mains, en revanche, au-delà d’une certaine distance, non. Est-ce que l’aimant et nos mains transmettent des particules virtuelles différentes ? Quoiqu’il en soit, ces différences et ces similitudes de sensation entre nos mains et entre deux aimants a amené Mesmer à distinguer le magnétisme animal (perçu par nos mains) et le magnétisme minéral (aimants).

[5Nous pensons, en particulier, à l’extrême sensibilité des fibroblastes aux contraintes mécaniques environnementales. Sont-ils sensibles, via leur cytosquelette, au virtuel, agissant comme les relais entre le virtuel et le réel tissulaire ? Les névroglies, en particulier les astrocytes, joueraient ce rôle dans le SNC.

[6Notre pensée a évolué sur ce sujet et nous nous en justifierons dans un prochain article. Le levier le plus élevé me semble être l’Information, en considérant le Réel fait de Matière, Énergie, Information.

[7La notion de temps est tout à fait artificielle ici. L’idée qu’on agit d’abord sur le virtuel pour agir ensuite sur le réel est purement pédagogique, car qui sait comment s’articulent ces dimensions ?

[8Je pense, bien sûr, aux explications via les ondes vasomotrices (par ex. les ondes THM) ou électriques, du rythme crânio-sacré

[9Les chiffres sont en constant remaniement

[10Je me permets ce néologisme pour traduire la réalité dans sa symétrie énergétique positive et négative.

[11La place de la haine est difficile à évaluer… Peut-être qu’il faut savoir faire tenir certaines choses à l’écart d’autres ?

[12Sauf pour les nombres dits ‘imaginaires’, qui, supposés non réels, se sont avérés, par ailleurs fort utiles en électronique, un domaine tout réel.

[13Lui ou un photon de charge équivalente pour garder l’équilibre de part et d’autre du zéro.

[14Dans le domaine du langage, en particulier



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