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Les dégâts de l’imprégnation du poulain ainsi que sa manipulation précoce

Créé le : jeudi 1er décembre 2022 par Flipo Marine

Dernière modificaton le : jeudi 1er décembre 2022

Article basé sur :

  • Les recherches professionnelles, d’observation et quête personnelle de Virginie Bernhard, entraîneuse de chevaux, comportementaliste équin depuis 1993 à nos jours.

  • Mes expériences professionnelles en tant qu’entraineuse de chevaux, ostéopathe animalière et mes observations personnelles.

Définition du mot Imprégnation par le Larousse [1] : Pénétration lente et profonde d’une influence intellectuelle, idéologique.

  • L’imprégnation : Toucher un cheval dès le moment de la naissance dans les premières 24h de vie.
  • Manipulation précoce  : Toucher un cheval après les 24 h de vie jusqu’à quelques mois.

  Il est important de décrire les différences comportementales entre un cheval né parmi ses congénères à l’extérieur, loin des hommes et un cheval manipulé par l’homme dès sa naissance. Le comportement du cheval se modifie. Sa prise en charge, l’approche du dresseur et de l’ostéopathe est fondamentalement différente et devient plus difficile.

  A l’approche de la naissance, la mère s’éloigne naturellement de son troupeau, au risque d’en mourir. Ce moment est d’une extrême importance entre la mère et son petit. Lors de la naissance, biologiquement, une importante dose de phéromones, d’hormones sera échangée. Ensuite, la mère va nettoyer son petit. Par cette action en le léchant, toutes les zones nerveuses du corps du poulain seront stimulées, cela va lui apprendre à connaître son corps, à en prendre conscience et stimuler son système immunitaire ... Le poulain va connaître alors l’odeur de sa mère, ce qui lui permettra de la retrouver facilement dans son troupeau et lui assurer sa sécurité. Il aura identifié l’espèce à laquelle il appartient et va s’y attacher. Il en va de son avenir.

  Sa mère lui laisse le temps de se mettre debout pour ensuite venir téter. Une fois le poulain sur ses quatre membres, la mère retourne vers son troupeau pour présenter son nouveau-né. Malgré la présentation au troupeau, aucune autre mère, aucun autre poulain plus âgé ne pourra s’approcher de lui durant quelques jours, jusqu’à que le poulain ait assez d’esprit et aille voir d’autres compagnons de jeu avec lesquels il jouera, se battra, apprendra à devenir un “futur cheval” et acquérir la connaissance inconsciente et consciente de ses mœurs.

  L’ensemble des mères du troupeau ont ici un rôle primordial dans cette éducation, sur plusieurs mois et années, le cheval est en voie de devenir un cheval sain, en bonne santé et très communiquant.

  Lorsque l’homme intervient durant cette période, il y a confusion dans l’esprit du poulain. Pour ces mêmes raisons qu’un chiot s’identifie à sa mère en tant que chien ou qu’un faon à la biche. N’oublions pas que dans un milieu naturel, les parents et les congénères sont toujours les individus rencontrés en premier lieu. C’est un phénomène d’une importance capitale qui impactera cet animal jusqu’à la fin de sa vie.

  Les chevaux naissent en tant que proie contrairement aux chiens, chats et humains qui eux sont des prédateurs ! La vie de ces proies, leur physiologie, leurs réactions, leurs comportements sont diamétralement opposés aux autres. Les chiens naissent à plusieurs, le lien entre la mère et ses chiots est moins fort qu’un animal de proie.

Newly born foal being observed by the veterinarian. Barb Cypris

  Pour ce qui est de l’imprégnation par l’homme, au moment de la naissance du poulain, l’homme va prendre avec ou sans conscience la place de la mère en aidant à la mise bas, au nettoyage, souvent avec son envie de faire au mieux pour la mère et le petit. Il existe une méthode de dressage basée sur l’imprégnation par l’homme ainsi que la manipulation dès les premières heures et mois de vie des poulains, menant à nous faire croire que les chevaux seront plus faciles au débourrage, moins réticents et plus proches de l’homme. Malheureusement, cette information est erronée, le cheval deviendra au contraire insensible à tout et même à sa propre perception.

  Cet apparent rapprochement de l’homme et du cheval peut paraître sympathique car les chevaux ne nous craignent plus. La conséquence est qu’au retour momentané dans le troupeau, celui-ci ne peut faire l’éducation au jeune, car son langage et sa gestuelle sont devenus incohérents et insensibles par rapport aux autres. Les chevaux adultes peuvent finir par le craindre, se laisser dominer par le poulain, ou l’exclure du troupeau. En grandissant, ces poulains imprégnés sont éteints car perdus en eux même soit violents. Ils présentent des troubles du comportement, des traumatismes physiques qui vont rendre difficile le nettoyage cellulaire, émotionnel, les traumatismes (Comme l’intégration des informations et l’absorption des aliments). Au niveau de la communication, ils sont grossiers, étant donné qu’ils ne savent plus à quelle espèce ils appartiennent.
  Communiquer avec un cheval qui ne comprend pas le langage cheval est voué à l’échec. Il faut passer par d’autres chemins plus laborieux, moins satisfaisants et moins rapides. Alors que quand on parle le même langage, c’est si facile... Dans le meilleur des cas, le cheval imprégné peut rester agréable et manipulable, bien que très envahissant et souvent gérable (tant qu’ils ne vivent pas de traumatisme physique ou comportemental). Dans le pire des cas, il se transforme en prédateur auprès de nous ainsi qu’avec ses congénères. De par mon expérience, ils font partie des chevaux les plus dangereux par leur réaction imprévisible, alors que le cheval sain sera toujours dans la communication avec nous si l’entraîneur est dans le dialogue dès le début avec le jeune cheval (vers 3 ans).

  Les chevaux sont naturellement des animaux de proie, leur première réaction face au danger est de fuir. Entre eux les chevaux vont communiquer de manière indirecte en allant sur certaines zones externes du corps que l’on peut représenter symboliquement comme des bulles électromagnétiques les entourant ("champs de conscience", couche énergétique etc.…). Sur les chevaux imprégnés, ces bulles sont restreintes voire même limitées à la peau.

  Pour vous donner une idée, quand vous longez votre cheval et que vous bougez la chambrière derrière l’arrière main, la plupart du temps votre cheval va accélérer. Si vous mettez votre chambrière en avant de sa tête, votre cheval devrait ralentir. Dans les cas d’imprégnation avancée, il faut aller jusqu’à toucher le cheval dans le corps physique pour que celui-ci entende la demande, "et encore, entendre la demande est un doux euphémisme..." Vous l’avez compris, ces chevaux imprégnés manquent de sensibilité physique ; Ils n’ont plus conscience de ces bulles et de leur corps. La conscience de leur corps passe en partie par le changement de zone au niveau du système nerveux central. Pour le cheval imprégné, la difficulté majeure est de passer d’un cerveau à l’autre pour traiter une information , et adapter un comportement de circonstance.

  Ces 2 cerveaux sont le reptilien et le limbique :

  • Cerveau reptilien : Aussi appelé cerveau « primitif » est le cerveau responsable de l’instinct de survie, déclenchant des réactions comme la fuite ou l’agressivité, l’instinct de reproduction en vue de la conservation de l’espèce.

    Cerveau limbique :Siège de la réflexion, de la maîtrise émotionnelle, l’apprentissage etc.

    Source : Koéna

      Les chevaux imprégnés fuient très peu ou pas du tout les pressions et certains deviennent insensibles à la douleur. (Survie) Une fois en fuite, ils restent dans cet état longtemps car ils ne recherchent pas la communication, ni le calme, ni la sécurité du dresseur ou d’un autre cheval car ces chevaux imprégnés peuvent ne plus percevoir les sensations de fatigue corporelle, de douleur. Ils peuvent rester dans leur partie de cerveau reptilien jusqu’à épuisement sans s’en rendre compte.

      Le cheval, "ou n’importe quel être vivant", utilise le cerveau reptilien pour la fuite, l’attaque, la défense ! Dès qu’il fuit, il ne peut apprendre. Difficile alors de leur désapprendre les mauvaises habitudes ou de soigner leurs traumatismes. Étant toujours dans cet état, la défense ou l’absence (regard perdu dans le vide), il reste dans son cerveau reptilien. Je précise que la fuite est "un état d’être". La fuite peut se manifester par un cheval au grand galop avec la peur dans les yeux écarquillés, ou simplement " immobilisé en étant au galop intérieurement". (Attitude que l’on pourrait considérée comme plus saine).

      La fuite est un état d’esprit, autant pour le cheval que pour l’humain. Vous vous êtes tous un jour retrouver face à quelqu’un avec qui vous vouliez clarifier une situation, au regard fuyant, ayant des mouvements compulsifs d’une partie du corps, déplaçant nerveusement des objets... Au moment de lui retourner une question, les mouvements de fuite s’arrêtent pour laisser place au cerveau limbique au détriment du cerveau reptilien. Comme il est en fuite, il y a blocage au niveau du système reptilien et donc, impossiblité pour lui de répondre. La liste des réactions est longue et personnelle... Ces exemples sont de la fuite. Qui dit fuite, dit stress, dit peur irraisonnée donc absence de lucidité de réflexion. Et pourtant ces humains ne sont pas forcément tous partis au grand galop !

      Un cheval qui n’est pas en fuite sera dans la mobilisation ce qui se traduit par une décontraction de la mâchoire, un relâchement de la nuque et du dos avec bien sûr de la communication, de l’attention. Pour faire cette différence entre un cheval en fuite et un cheval dans la mobilisation, il m’a fallu quelques années de travail. En les faisant travailler dans la mobilisation, ils bougeront, comme les chevaux font entre eux. Ce mode de mouvement se fait dans le système limbique.

      Voici quelques histoires dans lesquelles, vous vous retrouverez peut-être, qui m’ont marquée et qui ont validé ma pensée :

      Une histoire que m’a racontée Virginie Bernhard qui démontre la non conscience du corps du cheval.

      "J’étais à l’autre bout du champ où était mon troupeau de chevaux. Je venais d’y ajouter une jument Quarter horse imprégnée avec manipulations précoces. Je l’aimais beaucoup. Je faisais toujours plusieurs tas de foin suffisamment éloignés pour que tout le monde ait sa place. Et je vois ma jument aller sans grande réflexion et ignorant totalement les menaces du dominant vers son tas de foin. Après qu’il ait tenté de la chasser à distance, il attaqua en la mordant fort, la jument fuit, à peine, fit demi tours et retourna sur le même tas. Cette fois ci je vois le dominant lui mettre un coup de pied directement dans la mâchoire qu’il fractura. A ce moment je me mets à courir pour aller sauver ma jument avec la mâchoire cassée qui retournait encore une fois sur le même tas de foin... Heureusement elle prit le coup de pied cette fois-ci dans une épaule et non dans la tête ! Je l’ai séparée du troupeau et plus jamais laisser avec d’autres chevaux ..."

      Sans l’imprégnation, dès le 1er avertissement du dominant , elle se serait méfiée et pris un autre tas de foin. De plus, avec une mâchoire cassée, n’aurait-elle pas dû fuir ?

      Une expérience vécue m’a confirmé que les chevaux touchés à la naissance ont moins ou pas du tout conscience de leur corps. :

      "J’observe une jument dans le manège qui renifle le sol, le vent souffle, et fait bouger sa queue. Surprise, elle rue à la vue de sa queue s’envoler. Je ne m’en étonne pas car je sais que la jument est imprégnée. Plus tard, je constate cette même réaction de l’absence de conscience sur la queue de deux autres jeunes entiers et qui sont réceptifs à mon travail dans le langage du cheval. Je ne comprends pas cette réaction, entre leurs manières de communiquer et cette inconscience de cette zone du corps. L’année suivante, il y a eu des naissances que j’ai pu observer de loin, dissimulée dans les hautes herbes pour ne pas déranger la mère qui s’éloignait du troupeau. Elle met bas, lèche son petit et le laisse prendre son colostrum. Au moment où la mère et le petit repartent avec les autres juments et poulains, je décide moi aussi de partir pour continuer à travailler. Quelques heures plus tard je croise la propriétaire des lieux bien consciente de la problématique de l’imprégnation et en toute bonne volonté, elle va au parc lui lever la queue pour y découvrir le sexe de la progéniture. C’est à ce moment précis que j’ai compris d’où venait cette non conscience de cette zone ci. Je demande à l’éleveuse si elle a fait ce geste avec les précédents poulains et si ce sont les seuls contacts physiques qu’elle a avec eux. Elle me répond que oui... Par ce simple geste, provoque la non conscience de la queue chez ces poulains pourtant non imprégnés ni manipulés avant le débourrage.".

      Cela m’amène à valider que le simple touché précoce sur un poulain perturbe leur sensibilité sur la zone précise

      Pour ce qui est de la fuite en introspection :
      En ce moment, Je travaille à Martigny en Suisse avec Virginie Bernhard, un cheval traumatisé au débourrage, imprégné avec manipulations précoces. Il est au travail depuis 2 mois pour le re-débourrer, et pour y travailler ses peurs. Ses peurs le tétanisent au point de bloquer sa respiration. Une bonne partie des peurs et des réactions violentes se sont calmées, mais cela a laissé place à de l’insensibilité, à une non réflexion et un total irrespect pour lui-même. Une jeune fille prend un cours avec lui, lui demande de reculer gentiment avec sa badine en touchant légèrement le poitrail. Elle augmente, comme il se doit en dressage, crescendo sa pression jusqu’à avoir l’impression de le malmener. Ce jeune cheval reste immobile, les yeux perdus dans le vide à subir les "coups". La jeune fille n’est pas en cause, impuissante devant ce cheval perdu, qui ne se respecte plus, qui fait presque une sortie de corps pour fuir la douleur et tout supporter.... Pas de système limbique, pas de réflexion, donc pas de dialogue et pas de relations inter-espèces…

      J’ai eu cette chance de rencontrer professeurs et chevaux qui m’ont enseignée et montrer cette différence, entre ces chevaux manipulés et ces chevaux non manipulés. Il y a une réelle facilité de dialogue inter-espèce avec ces chevaux non manipulés par l’homme avant le débourrage. Autant dans la communication comportementale que dans un soin ostéopathique, la communication cellulaire et verbale est la même, n’oublions pas que nous ne sommes qu’un amas de cellules qui tentent de communiquer avec un autre amas de cellules. Si la communication ne passe plus cela fait une dysfonction...

      Et pourtant les propriétaires de ces poulains souhaitent faire au mieux, et veulent entourer leurs nouveaux amis en leur manifestant leur affection avec des câlins et gratouilles. Même les ostéopathes peuvent vouloir redonner du bien-être à ce tout jeune poulain, tombé maladroitement lors de la mise bas, qui a des mauvais aplombs !

      Mais l’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions ?

      J’ajouterais que des mauvais aplombs viennent souvent d’une alimentation trop riche donné à la mère, mais cela sera pour un autre chapitre… J’entends encore mes collègues ostéopathes parler de tensions intra-utérines ainsi que la mise bas qui est rude pour le corps, de torsion physiologique, de l’axe crânio-sacré etc... Je partage bien entendu leur perfectionnisme de l’équilibre du corps ! Mais un corps peut-il être équilibré sans son âme ? Vous serez en accord avec moi sur le fait de ne pas monter les chevaux précocement par rapport au développement de leur squelette ? Alors je vous parle de ne pas les manipuler précocement pour les laisser développer ce qu’ils sont ! des chevaux !

      Comme toute espèce vivante, humaine et animal, le fondement de l’être est primordial, c’est la base de ce qu’il est. Je sais par expérience que le corps s’adapte, et qu’il peut attendre, il compensera, peut se soigner et se régénérer, il n’est pas à quelques années près ! Alors que le fondement de leur être n’est pas récupérable…

      Pour moi à ce jour, je considère l’imprégnation comme la plus grande violence malgré la bonne intention de départ que l’on y met.

      Alors faites vos jeux et expériences.

      J’espère alors, à toi qui lis ceci, que tu sois de près ou de loin en contact avec des chevaux, que cela t’éclairera d’une autre possibilité, d’un nouveau paradigme, d’un changement d’approche...

    Marine Flipo
    Ostéopathe Animalier en Suisse
    Entraîneuse de chevaux
    [->https://marineflipo.ch/

Voici le lien de la méthode Miller sur l’imprégnation qui dans l’intention est pour moi un viol cellulaire et moral : https://horse-village.com/la-methode-dr-miller-impregnation-poulain/

[1Définition du mot Imprégnation par le petit Larousse (https://www.larousse.fr/dictionnair...)



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