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Compte rendu : Table ronde - ostéopathie humaine et communication interdisciplinaire

Créé le : mercredi 7 septembre 2022 par Don Maïté, Jean Louis Boutin, Michel Chêne, Philippe Prat

Dernière modificaton le : jeudi 8 septembre 2022

Il s’agit là du compte rendu du débat autour du thème ostéopathie humaine et communication interdisciplinaire. Il s’agit d’idées échangées, de propositions et de contradictions rencontrées... n’hésitez pas à donner vos avis sur ces sujets et sur les propositions... Nous avons volontairement décidé de ne pas nommer les auteurs et autrices des citations, en effet les tables rondes ont pour but de faire réfléchir en groupe, et non individuellement.

Il s’agit la plupart du temps d’un langage oral non-modifié ou peu modifié, pour garder l’essence de ce qu’a voulu transmettre la personne. Cela peut expliquer certaines redites ou certaines tournures de phrase...


  L’Ostéo4pattes-SDO existe depuis bientôt 20 ans. Notre objectif est de communiquer autour de l’ostéopathie humaine et animale ainsi que de créer des liens autour de la santé et du monde ostéopathique. Ces réunions sont organisées autour de problématiques que rencontrent les ostéopathes et pour échanger autour de ces problématiques.


Introduction


Nous ferons ici une petite introduction afin d’étalonner notre sémantique et de permettre à tous d’avoir le minimum de connaissance en termes de législation.

  Dans le milieu médical quand on parle de “Communication” entre les différents professionnels et différentes équipes de soin, on parle surtout de “Transmission” qui est la passation, d’une équipe de soignants à une autre, d’informations et d’observations concernant l’état des patients. C’est le terme de transmission que nous voudrions retenir.


  Nous allons également parler d’interdisciplinarité.
  • Relevons d’abord qu’il peut y avoir la mono-disciplinarité, chacun travaille de son côté sans penser aux autres ;
  • Ensuite, la pluridisciplinarité, c’est quand plusieurs professions travaillent avec le patient sans qu’il n’y ait de communications entre elles ;
  • Notre but, et la discussion de cette table ronde, est d’avoir un échange entre les professions qui travaillent avec les mêmes patients. C’est l’interdisciplinarité.

  L’arrêté du 12 décembre 2014 relatif à la formation en ostéopathie [1] donne une définition de l’ostéopathie et de ce qui est attendu par un ostéopathe dans sa pratique. Nous devons réaliser un diagnostic ostéopathique permettant de dire que l’état de santé du patient permet la prise en charge ostéopathique. Nous devons ainsi exclure les pathologies organiques nécessitant une autre prise en charge médicale. C’est dans le cadre des exclusions citées dans cet arrêté que l’intervention d’autres professions s’inscrit et que le patient doit être, obligatoirement, réorienté de façon efficace avec les informations adéquates vers le professionnel le plus compétent pour la prise en charge du patient (médecin, urgence, psychologue, nutritionniste, et bien d’autres…).

Quelles sont les compétences nécessaires aux ostéopathes selon les textes législatifs ? [1]

  1. Accueil et information de la personne.
  2. Recueil d’informations nécessaires à l’élaboration du projet d’intervention de l’ostéopathe.
    • Établissement du diagnostic d’opportunité et orientation de la personne vers un médecin ou un autre professionnel médical, en cas de nécessité.
      Diagnostic d’opportunité : démarche de l’ostéopathe qui consiste à identifier les symptômes et signes d’alerte justifiant un avis médical préalable à une prise en charge ostéopathique. [1]
  3. Intervention ostéopathique.
    • Transmettre les informations nécessaires dans le cadre d’une prise en charge pluriprofessionnelle
  4. Organisation des activités et gestion de l’information.
    • Enregistrement et suivi des données permettant la traçabilité des interventions ostéopathiques.
    • Échanges avec les professionnels de santé par les moyens adaptés.
    • Rédaction de courriers et de comptes-rendus
  5. Gestion d’un cabinet.
  6. Veille professionnelle et formation continue

  Il semble important à la fois de connaître notre champ de compétences, en acceptant d’avoir des limites sur ses capacités. Mais aussi, connaître le champ de compétences des autres pour orienter le patient vers le professionnel le plus adapté car nous ne sommes pas toujours les mieux placés pour intervenir. Pour finir, il est important d’apprendre à réaliser cette transmission en ayant connaissance de ce que les autres professions attendent en termes d’informations pertinentes, ce qui va faire l’objet de notre discussion ce soir.

  Le maître mot dans tout ça c’est : L’humilité.

. . .

Lors de cette table ronde, sont présents différents représentants ostéopathiques (syndicat, association, regroupement, ostéopathe D.O., etc...). Mais aussi radiologue, sage-femme, étudiant kiné, médecin devenu ostéopathe exclusif… ils parlerons évidement en leurs noms, et pas au nom de leurs professions (bien que nous les désignerons par leur étiquette professionnelle). L’objectif de cette table ronde et de ce compte rendu est de donner un aperçu d’attente réelle de ce genre de professionnel et d’apporter, si possible, des clés pour réussir une communication.


Autres professions de santé : réorientation et transmission d’informations


  Qu’attendent-elles en termes de transmission de la part des ostéopathes, quel sera l’apport de cette transmission pour elles ? mais aussi pourquoi réorientent-elles, réfèrent-elles, vers l’ostéopathie ?

Radiologue

  Notre problème est d’avoir une ordonnance pour pratiquer tel ou tel examen sans avoir de discussion, sans avoir un petit mot présentant le patient ou pour savoir ce que l’on recherche. La question est de savoir comment le faire de manière facile, sans perdre de temps.

  C’est important pour le patient sinon on est obligé de refaire soi-même l’examen, refaire l’interrogatoire et, par souci de rapidité, passer à côté de certaines choses. Il est important que la communication se fasse soit par l’ordonnance, soit par un petit mot rapide, qui donne l’orientation à l’autre intervenant de ce que l’on cherche.

Question : “Si tu reçois un courrier d’un ostéopathe t’expliquant le cas clinique, peux-tu faire toi en tant que médecin/radiologue une prescription pour la radio, une échographie… ?

  Ce n’est plus possible depuis 2004 [2]. On est obligé de passer par un généraliste, par son médecin traitant. Il n’y a que quelques professions, dentiste, ophtalmo, sage-femme qui peuvent faire des prescriptions pour des actes d’imagerie et encore pas tous les actes d’imagerie sinon le patient n’est pas remboursé.
  Depuis l’apparition du parcours de soins coordonné [3], le médecin traitant référent est mis au centre de cette communication, par la loi.

Sage-femme

  Pour nous, sage-femmes, c’est à double sens car on renvoie aux ostéopathes beaucoup de patientes, pendant la grossesse et après pour les femmes et nouveau-nés. C’est intéressant de communiquer avec vous (ostéopathes) car vous avez un gros rôle de prévention pendant la grossesse.

  Et quand vous allez voir dans vos cabinets des femmes qui présentent de nombreux symptômes pendant leurs grossesses, certains vont vous paraître anodins et peuvent néanmoins signaler des pathologies importantes. En vous expliquant ce qu’elles ont, vous pouvez avoir un rôle important de dépistage et de prévention pour certaines maladies, et donc nous appeler pour nous adresser ces patientes, pour savoir à qui il faut les adresser ou vérifier certaines choses.

Question : Sur quels critères toi, en tant que sage-femme, tu réfères à un ostéo, à quel moment, pour quelles problématiques ? où as-tu été cherché ton information ? Est-ce que ça fait partie de ton cursus initial ?

  Malheureusement ça ne fait pas partie de notre cursus scolaire. On ne nous parle pas des ostéopathes et de ce qu’ils font. On le découvre avec l’expérience selon :

  • les impasses qu’on rencontre avec les patientes qui ont des maux pendant la grossesse, des douleurs qu’on n’arrivera pas forcément à soulager,
  • les retours des patientes,
  • les autres professionnels,
  • etc…

  On est informé sur des choses que vous arrivez effectivement à traiter et donc à aider les patientes par rapport à ça.
  On a l’habitude de travailler de façon pluridisciplinaire : médecin généralistes, gynécos, anesthésistes, diététiciens, psychologues, kinés et du coup aussi avec les ostéopathes. Lors de mes études, on ne nous parlait pas du tout des ostéopathes pendant la formation.

Remarque :
  Un médecin ostéopathe abonde dans le sens des 2 interventions précédentes.

  Que le patient vienne spontanément consulter l’ostéopathe, que le patient soit adressé par un professionnel de la santé, ou que le patient soit dans un suivi de soins ostéopathique, il est très important de trouver un moyen de communication le plus simple et le plus clair possible avec le médecin référent.

  Le radiologue l’a souligné justement, le point central du parcours de soin, c’est le médecin référent. C’est lui le chef d’orchestre de l’ensemble des soins qui sont donnés à son patient. C’est là où ça devient plus difficile, car dans la communication il faut savoir s’adapter avec l’interlocuteur. Certains interlocuteurs ne veulent pas entendre parler d’ostéopathie. Il y a des professionnels de santé qui ne croient pas à l’ostéopathie. C’est un obstacle à la communication, mais on n’insiste pas. Il y a également tout un contingent de professionnels qui n’écouteront pas ou ne liront pas jusqu’au bout un courrier, ça ne les intéresse pas, ils ont autre chose à faire et à la limite ce qui les intéresse c’est que leur patient aille mieux. Lorsque la communication devient régulière, claire et importante, on arrive à intéresser l’interlocuteur.

  Ensuite il y a les interlocuteurs qui écoutent et qui lisent les courriers jusqu’au bout. C’est là où il faut trouver les mots simples, clairs, les mots qui peuvent être entendus. Dans une communication quand on veut remercier un collègue d’avoir adressé certaines personnes, lorsqu’on veut l’informer d’un diagnostic qui vient d’être fait, ou d’un traitement qui vient d’être effectué, ou qu’on vient l’informer que dans notre diagnostic ostéopathique, on a senti telle ou telle chose qui fait qu’on pense que…etc etc, le langage doit être très concret et très simple. L’idéal dans ces cas-là c’est d’apprendre presque le langage du médecin. Comme je suis médecin c’est un langage que je connais et c’est un langage qui est relativement formaté par des années d’études à l’université. Il faut essayer de traduire.
  Je pense par exemple au diagnostic ostéopathique, où il y a un langage particulier, qui est plus un langage qui diffère parfois d’un ostéopathe à l’autre pour dire la même chose, mais il y a un langage particulier d’ostéopathe qui n’est pas le langage des autres professionnels de santé et du médecin. Entrer dans une communication avec un médecin ça doit vouloir dire que l’ostéopathe est capable de parler, d’écrire au médecin en ayant un langage compréhensible par ce dernier de façon que l’intercommunication débute, s’entretienne et qu’une certaine confiance ensuite se mette en place.

Etudiante en Ostéopathie

  L’intercommunication est primordiale. Je trouve que dans notre formation les 4 premières années nous préparent à ça. Nous avons des examens sur comment s’adresser aux médecins, comment transmettre les informations et transposer les diagnostics ostéopathiques en utilisant un langage médical, et nous pensons qu’aujourd’hui il faut que nous soyons acceptés et reconnus par le monde médical et surtout que nous soyons pris au sérieux.
  Il est certain que si nous nous adressons au monde médical avec le “langage ostéo”, d’une part il ne comprendra pas et d’autre part, il ne nous prendra pas au sérieux.
  Par exemple, remettre un courrier où nous parlons d’une dysfonction sur un viscère, cela peut paraître inadapté pour un médecin.
  Adapter son vocabulaire fait partie de la formation ; ça l’est de plus en plus et nous espérons que c’est le cas dans toutes les écoles car c’est important.

 Pour ce qui concerne la réorientation, je pense qu’il est important d’être au courant des compétences des différentes disciplines, afin de réorienter au mieux. Par exemple, en ostéo on est vraiment au fait de la complémentarité de notre pratique avec celle des kinés, et on va plus facilement penser à réorienter vers eux. La formation aux compétences d’un maximum d’autres professions devrait être prévue dans la scolarité.
  Actuellement, c’est ce qui manque le plus dans la formation, mais c’est vrai aussi pour les kinés qui ne savent pas exactement ce que font les ostéopathes et de fait il me semble que les ostéopathes réfèrent plus aux kinés que le contraire.

Étudiant kinésithérapeute

  Nous sommes beaucoup en compétition entre kinésithérapeutes et ostéopathes donc c’est plus difficile de réorienter. Ce n’est pas comme si on était réellement en collaboration. On a chacun notre patientèle type et notre façon de travailler. Quand on y regarde de près, chez les kinés, on a une partie de thérapie manuelle avec des techniques ayant des noms différents mais qui se rapprochent beaucoup de l’ostéopathie. Je me suis aperçu que dans les livres d’ostéopathie, en ce qui concerne les chevilles, les genoux, beaucoup de techniques portaient le même nom que chez nous.

  On a également beaucoup de kinés qui sont ostéo et quand on réoriente c’est vers nos confrères qui ont la double casquette. Quand on a des drapeaux rouges [4], on oriente au niveau médical. Quand on a un problème psychologique, on oriente vers un psychiatre et pas forcément vers un psychologue.

  Ce qui dessert également l’ostéo c’est qu’elle est moins présente, voire absente au niveau hospitalier donc moins présente dans la sphère pluridisciplinaire. Cela joue beaucoup.

Question : Certains ostéopathes réorientent vers le médecin pour qu’il prescrive des séances de rééducation chez le kiné. Dans ce cas-là, qu’est-ce qu’il serait important d’avoir comme information de la part de l’ostéopathe ?

  Les informations importantes, c’est ce que vous trouvez dans votre bilan. Les infos globales physiques sur le patient, le ressenti sur le plan psychologique. Nous (kinés) allons refaire un bilan et on va comparer les infos en concordance.

  Exemple au niveau lombaire : les tests faits, les résultats trouvés, pour comparer avec ce qu’on trouve au moment où on voit le patient ; pourquoi il a été réorienté, ce que vous pensez qu’on peut apporter de plus.

  En règle général :
  • Spécifier les tests orthopédiques réalisées et leurs résultats,
  • Identifier le tissu en souffrance,
  • Partager le travail qu’on a pu faire le jour même avec le patient, les zones travaillées.

  Ensuite le kiné peut appeler l’ostéo s’il souhaite en savoir davantage. Il est préférable de ne pas suggérer une zone à travailler.


Le dossier patient : informations internes / informations transmises


Note : sauf mention contraire, les échanges ci-dessous concernent les ostéopathes.

Il existe un mémoire fait sur le sujet. [5]. Les questions qui vont suivre ont été posées à l’auteur de ce mémoire

Comment faire les fiches des patients pour avoir un bon suivi ?

  L’important pour faire un dossier pour la transmission, c’est de savoir ce qu’on partage, comment on le partage. Faire une trame peut être intéressant si on partage souvent avec les mêmes professions.
Il faut savoir qu’à tout moment, le patient peut demander à avoir accès à son dossier.

Combien de temps cela prend pour faire un bon dossier ?

  Une ostéopathe nous mentionne : sur une séance qui fait entre 30 et 45 minutes, j’y consacre environ 8 à 10 minutes. Il peut être complété au fur et à mesure de la séance, en plus de la fin de la séance où j’indique le diagnostic ostéopathique. Il se fait au détour de la séance.

Que pensez-vous du dossier médical partagé [6] sur informatique ?

  A priori ce sera partagé entre les professionnels de santé ce que nous ne sommes pas encore. En mars 2022 [7], on a l’ajout des ostéopathes dans les numéros RPPS (numéro de professionnel de santé pour kinés, médecins) depuis nos numéros ADELI mais ceci ne nous ouvrira pas la porte du dossier médical partagé.


Vous trouverez ici sur le site de l’administration française ce qui est attendu dans un dossier médical ainsi que les droit et devoir de celui-ci : https://www.service-public.fr/parti...


Aspect juridique : le secret médical


 La transmission vers d’autres professionnels soulève également la notion de secret médical. Qu’en est-il pour les ostéopathes ?

Remarque de la Sage-femme : Nous, on n’a pas le droit de donner des infos médicales à des personnes autres que des professionnels de santé. Mais on peut les donner au patient qui peut les transférer directement (qu’il ait donné son accord).

  En effet, les ostéopathes ne partagent pas le secret médical, mais on est obligé de respecter le secret professionnel pour échanger des infos avec les autres professionnels de santé. On aurait légalement la possibilité de partager des infos avec d’autres professionnels de santé du moment qu’il y ait une nécessité pour le patient et qu’il soit au courant.

  Pour se protéger, le plus simple est de passer par le patient qui a le droit de lui-même partager ses informations médicales à qui il souhaite. Le patient qui va lui-même apporter le courrier par exemple. Cela ne viole pas le secret médical.


  En ce qui concerne les textes de loi : [8]

  Il est indiqué que les ostéopathes (et d’autres personnels) peuvent partager des informations avec d’autres professionnels de la santé (faisant partie du code de la santé 4ème partie) dans la mesure où ils partagent la prise en charge d’une même personne, dans la double limite :
  1. Des seules informations strictement nécessaires à la coordination ou à la continuité des soins, à la prévention, ou au suivi médico-social et social de ladite personne
  2. Du périmètre de leurs missions.
  Nous devons tout de même respecter quelques règles dans la communication :
  1. Informer préalablement la personne concernée, d’une part, de la nature des informations devant faire l’objet de l’échange, d’autre part, soit de l’identité du destinataire et de la catégorie dont il relève, soit de sa qualité au sein d’une structure précisément définie.
  2. Lorsque la personne est hors d’état d’exprimer sa volonté, seule l’urgence ou l’impossibilité d’informer cette personne peut dispenser le professionnel ou la personne participant à sa prise en charge de l’obligation d’information préalable. La personne concernée est toutefois informée, dès que son état de santé le permet, de l’échange ou du partage des informations auquel il a été procédé. Il en est fait mention dans le dossier médical.

Question : Pour les jeunes installés, est-ce que les échanges avec les autres professionnels sont compliqués ou fluides ? Et les étudiants, êtes-vous bien formés ?

Réponse d’un étudiant en ostéopathie : Nous avons des cours et un certain nombre de professeurs qui font partie de différentes professions de santé ; nous échangeons avec eux. C’est déjà une base intéressante, cependant, serais-je prêt quand il faudra aller vite devant le patient ?..

Intervention du radiologue :
Pour nous radiologues, il nous est interdit de communiquer par email non crypté ; Il faut passer par un système spécifique crypté et donc la plupart du temps on passe par le patient. C’est le patient qui porte ses comptes rendus, il devient dépositaire des informations.
  Quand c’est le patient qui décide de consulter avec ses propres documents, le secret médical est levé par le patient lui-même.
Intervention de la sage-femme :
  Si jamais vous n’êtes pas trop à l’aise avec un courrier, il y a quelque chose qui va bien, c’est le coup de téléphone. Aux urgences gynéco-obstétrique, on reçoit les appels des médecins, infirmiers qui veulent nous adresser des patientes ou qui veulent savoir s’ils doivent nous adresser des patientes. Il ne faut pas hésiter. A force de communiquer, les choses s’harmonisent.
Réflexion d’un médecin ostéopathe :
  Globalement beaucoup de choses ont été dites. Au niveau du langage on est dans une espèce de tour de Babel et je l’ai dit au début, j’insiste là-dessus, il faut trouver des mots simples, clairs, des phrases courtes et se dire qu’on fait une petite rédaction et pas un devoir de philo. Ensuite lorsqu’il y a une lettre à faire :
  • soit c’est dans le cas d’une urgence et il faut la rédiger tout de suite en disant je suspecte telle ou telle chose et c’est terminé.
  • soit c’est une lettre qui fait état d’un bilan plus complet, d’un diagnostic suite à une consultation et si l’on veut tenir au courant un collègue de ce qui a été fait, je crois qu’il ne faut jamais faire la lettre dans le temps de la consultation.. Être le plus factuel et le plus clair possible. Dans l’instant de la consultation, entre le patient qui est là, l’heure qui tourne, il y a toujours le risque d’un débordement de vocabulaire et on l’a tous compris depuis le début de nos échanges, certains mots parfois peuvent créer des réactions émotionnelles chez la personne qui le reçoit et couper la communication.

      Ensuite un appel direct est toujours important, mais si l’ostéopathe veut s’insérer un jour dans un parcours de soins dans le cadre de cet ensemble qu’on appelle professionnel de la santé, il faut s’astreindre à savoir lire des courriers et à apprendre à en faire. Un coup de fil oui, mais le coup de fil doit être suivi d’un petit mot, d’une explication, etc…et vraiment j’insiste, c’est très important. Tout à l’heure je ne sais plus qui a parlé du mot diagnostic qui a blessé un médecin, je dirais tant pis pour le médecin qui a été blessé, ça veut dire dans ces cas-là que le patient n’est pas au centre de ses préoccupations et que probablement ce n’est pas quelqu’un de très intéressant. Il faut savoir dire les bons mots, les vrais mots, savoir adjoindre le bon adjectif, dans notre cas adjoindre l’adjectif « diagnostic ostéopathique », mais vraiment aller dans le vocabulaire de la personne à qui on s’adresse et aussi, il faut vraiment être très factuel.

      Attention également à une chose qui a été dite, l’abord de l’aspect psychologique de la personne. L’ostéopathe n’est pas compétent du tout dans ce domaine à moins qu’il ne soit au préalable psychiatre ou psychologue, et qu’il ait fait des études d’ostéo après, mais la non-compétence de l’ostéo dans cet aspect-là, va automatiquement le piéger dans ce qu’il va dire ou écrire de ce patient. Il faut rester le plus large possible quand on aborde cet aspect des choses et référer systématiquement vers le médecin référent, vers le médecin traitant, ça c’est la meilleure chose à faire. Accompagner la lettre d’un petit coup de fil permettra de tâter le terrain, permettra de peut-être faire passer son propre message, son propre ressenti. Mais surtout ne pas l’écrire.

Intervention d’un ostéopathe en Allemagne :

  J’ai un tout autre environnement que vous et en fait la table ronde m’intéressait pour savoir comment cela se passe en France. Je suis surprise de la discussion. Oui il y a des lois, oui il faut savoir parler entre nous, mais il y a quelque chose qu’on oublie. Depuis 15 ans je travaille avec des médecins, des kinés, des orthoptistes, des dentistes, des orthodontistes, en fait c’est un milieu qui se crée au fur et à mesure. C’est quelque chose qui se crée de thérapeute à thérapeute. La personne principale, c’est toujours le patient. Si je m’oriente vers quelqu’un d’autre, c’est qu’en fonction des techniques que je fais ou que je connais, je n’avance pas. On a besoin alors d’un autre professionnel à nos côtés. J’explique au patient ce que je sens, ce que je vois ; il va me demander si j’ai de bonnes adresses pour le réorienter. J’ai un panel de thérapeutes que je connais personnellement (ou selon comment je ressens la personne), je vais donc réorienter vers untel ou unetelle. Si le patient ne se sent pas capable de parler au thérapeute du pourquoi je le réoriente, je demande tout simplement si je peux appeler le thérapeute et en parler ou alors, je dis si vous avez pris un RDV, dite au thérapeute de m’appeler, on peut tout simplement parler ensemble. Je suis un peu loin de toutes les théories qu’on apprend à l’école, je pense que c’est quelque chose qui se crée au fur et à mesure parce qu’on est des être humains.
  Tout ce qui a été dit par ailleurs depuis le début je n’ai rien contre, mais il y a cette humanité qui se crée aussi.

Intervention d’un ostéopathe :

  Je fais confiance au patient aussi, les patients savent où ils ont mal. Je les renvoie aux médecins ou autres professionnels. Je fais assez peu de courrier. En ce qui concerne la formation, je suis diplômé depuis 2016, il y a un peu plus de 5 ans donc je n’ai pas connu la formation qu’il y a aujourd’hui qui s’appuie plus sur la communication interprofessionnelle.
  Après je pense que ce sont des choses qui s’apprennent sur le tas à force d’en faire, peut être que je devrais en faire plus, mais souvent je passe par l’intermédiaire du patient. Pour les questions d’urgence en étant au fin fond de la Bretagne et n’ayant pas de médecin pouvant vous prendre rapidement, je peux renvoyer assez facilement vers les urgences. Typiquement pour des fractures par exemple, plutôt que d’envoyer vers le généraliste qui va faire une prescription pour une radio ou autre. Quelques fois j’ai bien fait car il y avait par exemple des métastases osseuses qui devaient être opérées assez vite et en France selon la région la santé c’est assez compliqué.


Réseaux interdisciplinaire


  Pour le jeune professionnel qui veut rencontrer les médecins autour de chez lui, il y a quelques années, l’association « Ostéopathe de France » avait créé un document [9] appelé ostéopathes et médecins œuvrez ensemble aux mieux être de nos patients. On avait beaucoup réfléchi au langage et là c’est nous qui nous adressons aux médecins. Ça se voulait être une carte de visite pour entamer le dialogue.

  Je vais au-delà de ce qui a déjà été dit, ne vous présentez pas comme des professionnels du mieux-être, présentez-vous comme des professionnels de santé. C’est la santé de nos patients qui est importante et les ostéopathes font partie de celles et ceux qui œuvrent à la santé des patients sous tous ses aspects donc c’est un mot qu’il faut mettre en avant, qu’il faut prononcer, les ostéopathes à notre manière, quelle que soit notre façon de pratiquer, nous œuvrons pour la santé des patients et donc nous devons participer à cela et, à la limite, imposer notre présence et le dialogue ; le courrier est très important. Le médecin va à un certain moment vous considérer comme une sorte de spécialiste dans votre domaine, domaine auquel il ne connait rien, mais si vous lui transmettez des mots simples qu’il va comprendre, il va sentir que vous avez une compétence, que nous avons une compétence qu’il n’a pas et que cette compétence aide les patients à aller vers cette santé. Alors oui il y a des cas de figure où on est isolé à la campagne, et on fait des choses dans l’urgence. Mais, vraiment, dans la communication interdisciplinaire pour que l’ostéopathe soit un professionnel de santé, le mot santé doit faire partie de son langage et de son courrier. L’outil de communication écrit est vraiment très important et si vous n’avez pas été formé pendant vos études, trouvez quelque chose pour vous aider car il y a une façon de faire le courrier, il y a une façon de se présenter, de s’adresser à la personne, d’écrire et de conclure. La personne qui vous lit doit accéder à des mots importants et il faut qu’elle ait l’impression de fluidité.

  En 1946, l’OMS a donné cette définition de la santé [10] : « un état complet de bien-être physique, mental et social et consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité… ». Avec cette définition l’ostéopathe a complètement sa place.

Avez-vous des idées pour créer le réseau interdisciplinaire quand on s’installe en dehors d’aller se présenter ?

  Il existe parfois des quiproquos entre les nouveaux ostéopathes qui s’installent et qui ne se présentent pas, souvent par timidité et l’ancien qui prend ça pour de l’arrogance. Il vaut mieux l’éviter.

  Cependant, d’après l’expérience des personnes présentes, on retrouve, malgré la bonne volonté de l’ostéopathe, des difficultés à prendre contact avec les autres professionnels de santé ou les autres ostéopathes.
  Malgré la bonne volonté des jeunes ostéopathes, très peu de tentatives de contact reviennent fructueuses.

Quelques chiffres :

  En m’installant à Lille j’ai contacté 10 ostéopathes autour, seuls 3 ont répondu et j’ai pu en voir seulement 2. Pour les médecins 1 seul sur 25 a répondu. Par contre il m’a reçu.

  Cette tentative de prise de contact est importante, cependant seul le temps crée un réel réseau interdisciplinaire.

  Il est Important de se présenter même si on trouve des portes closes, important de se positionner en tant que professionnel de santé et d’intégrer le tissu « local » du réseau de soin. Petit à petit les choses évolueront. Il est également important d’être soi-même, de ne pas jouer un personnage quand on veut s’installer ou créer un réseau ; et dernière petite remarque pour les jeunes qui veulent s’installer, aujourd’hui un peu partout en France se développe des maisons de santé et il faut vraiment se rapprocher de ce genre d’établissement car c’est là où l’intercommunication professionnelle se fait le plus rapidement et facilement. C’est le genre d’endroit où les présentations se font le plus naturellement.

Dès l’installation, le patient étant au centre de nos préoccupations, avoir un carnet d’adresse pour les référer suivant leurs besoins parait indispensable. Et pas uniquement médicale ! Par exemple, les numéros d’aide pour l’arrêt du tabac peuvent être utiles quand le patient nous confie vouloir arrêter de fumer, mais ne pas trouver la volonté.

  Pour finir nous dirons qu’une relation, même professionnelle, ça s’entretient et se travaille.

  Pour faire son réseau, le mieux, c’est de répondre et d’envoyer des courriers. La première fois qu’un médecin m’a envoyé un courrier j’ai tout de suite répondu pour le remercier et lui dire ce qu’il en était avec le patient et c’est comme ça qu’une confiance s’est installée.

  L’année dernière, Osteopathes.pro avait fait une enquête sur les erreurs d’installation [11] et sur 70 réponses, il y en a la moitié ou peut-être 30 à 40% qui regrettaient de ne pas avoir pu suffisamment communiquer avec les autres ostéopathes et les autres professions.


Pour aller plus loins


[1Arrêté du 12 décembre 2014 relatif à la formation en ostéopathie, Légifrance, JORF n°0289 du 14 décembre 2014, Disponible ici : www.legifrance.gouv.fr

[2LOI n° 2004-810 du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie, JORF n°0190 du 17 août 2004, disponible ici : legifrance.gouv.fr

[3Parcours de soins coordonnés, Ministère de la santé et des sport, sept. 2009, Disponible ici : solidarites-sante.gouv.fr

[4Un drapeau rouge dans la prise en charge d’un patient correspond à des signaux qui contre-indiquent la prise en charge ostéopathique (ou kinésithérapeute pour la phrase qui nous importe) et appellent à un diagnostic médical préalable.
Documentation intéressante : Kaufmann N, Paturel M, Waldburger Y (FSO-SVO). Contres-indications absolues et relatives à la prise en charge ostéopathique immédiate. 2007. 61p

[5Robine J. La tenue et le contenu du dossier patient en ostéopathie : Etat des lieux et recommandations. [Mémoire de fin d’étude]. Rennes : Institut de formation supérieure en Ostéopathie de Rennes. 2013.
Disponible ici : https://biblioboutik-osteo4pattes.eu/spip.php?article783

[6Le dossier médical partagé https://www.dmp.fr/

[8Légifrance. Décret n° 2016-994 du 20 juillet 2016 relatif aux conditions d’échange et de partage d’informations entre professionnels de santé et autres professionnels des champs social et médico-social et à l’accès aux informations de santé à caractère personnel. JORF n°0169 du 22 juillet 2016. Disponible ici : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFARTI000032922463

[9Ostéopathes de France. Ostéopathes et médecins : Œuvrer ensemble au mieux-être de nos patients.

[10OMS. Constitution de l’organisation mondiale de la santé https://apps.who.int/gb/bd/PDF/bd47/FR/constitution-fr.pdf

[11Florkow K, Sever K. [En ligne]. Les erreurs à éviter pour une installation réussie. Août 2021. disponible ici : https://publications.osteopathes.pro/fr/articles/2021/08/erreurs-a-eviter-pour-une-installation-reussie/



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