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Thure Brandt (1819-1895)

Créé le : mardi 10 mars 2015 par Jean Louis Boutin

Dernière modificaton le : mardi 2 novembre 2021

Thure Brandt (1819-1895)

Thure Brandt (1819-1895)

« Il faut réhabiliter Thure Brandt en relisant et en dépouillant les centaines d’écrits le concernant, publiés de son temps dans toutes les langues par les plus grands noms de la médecine. Chargés de mission très officiellement par leur pays, ils se rendaient à Stockholm auprès de Brandt pour y étudier et y apprendre son “système” ». - JM Lehmans

Nous suivons la biographie de P. Peltier avec quelques ajouts dus au Dr A. Jentzer :

La méthode de Thure Brandt et son application au traitement des maladies des femmes. P. Peltier, née Goussakoff, ancienne externe des hôpitaux, docteur en médecine de la Faculté de Paris) - Paris Battaille 1895, p. 10-16.
- Traitement manuel des maladies de l’utérus et de ses annexes (méthode de Thure Brandt) par le Dr A. Jentzer (ancien assistant à la clinique d’accouchements et de gynécologie du professeur Breisky ; ancien professeur de gynécologie opératoire à la Faculté de médecine de Genève, etc., etc.) et M. Bourcart (médecin diplômé de la Confédération suisse, ancien prosecteur d’anatomie normale à l’Université de Genève ; ancien assistant privée de MM. les professeurs Jentzer et Vulliet). Illustré de 90 gravures originales. Genève - Paris 1891, p.16.

Biographie

Marten Thure Emil Brandt est né le 6 février 1819 en Suède à Rävshult, canton de Svenstorps, de Ture Gustav Brandt et Beate Sophie von Siettman. Il est décédé le 5 août 1895 à Södertälje.

Il s’engage à l’armée et est nommé sous-lieutenant le 1 septembre 1837. Nommé Major le 5 septembre 1865, il quittera l’armée en 1873.

De 1839 à 1843, il étudie à l’Institut central de gymnastique de Stockholm sous la direction de Branting et comme sous directeur Georgii.

« Disons aussi quelques mots sur Brandt lui-même, qui, soit dit en passant, joue en gynécologie le même rôle que Prisnitz en médecine. Au début de son activité, Brandt, quoique laïque, possédait pourtant quelques notions superficielles de science médicale. Il était du nombre de ces officiers suédois qui, chaque année, doivent suivre un cours de gymnastique à T’Institut royal de gymnastique à Stockholm, où on leur enseigne l’anatomie avec la dissection, la physiologie, l’hygiène, la pathologie, la mécanique et la gymnastique théorique. Ils traitent aussi, sous la surveillance de médecins, les maladies les plus variées. Après avoir terminé ses études en 1842, sous la direction de Branting et de Georgy, il fonctionna à l’Institut comme répétiteur de 1843-1844. Puis, âgé alors de 23 ans, il fut nommé professeur de gymnastique à Norrköping où, tout de suite, il eut à traiter beaucoup de femmes par la gymnastique.

En 1847, survint un évènement qui devait exercer une influence très importante sur la carrière de Brandt et devait le pousser indirectement, comme nous le verrons, aux études gynécologiques. Un jeune soldat, souffrant d’un prolapsus du rectum, vint le consulter. Comme il n’avait pas de médecin sous la main, Brandt supposa qu’en exerçant de l’extérieur une traction sur l’intestin il ferait remonter le rectum. Il plaça son malade dans la position de la taille, puis, enfonçant sa main dans l’hypochondre gauche, de façon à pouvoir atteindre le repli de l’S iliaque, il attira en haut et légèrement en dedans l’intestin, tout en lui donnant de légers mouvements de trépidation qui devaient agir sur la musculature et l’innervation. L’intestin fut réduit et le malade guérit » [Dr A. Jentzer].

En sortant de l’école, Thure Brandt se plaça comme gymnaste à Norköping, où il resta cinq ans, pendant lesquels il a eu l’occasion de soigner des nombreux malades. Entre autres il guérit d’une chute du rectum un soldat, qui ne trouvant pas un médecin tout près, a bien voulu se soumettre à ses manipulations gymnastiques. Brandt a eu l’idée d’enfoncer ses doigts dans la fosse iliaque gauche et par des tractions modérées, mais soutenues de l’S-iliaque [sic] en haut et en dedans, réduire le prolapsus, qui ne se reproduit plus.

Brandt thure 57bLa chose se passa en 1847. Le grain a été semé et germait lentement, pendant que Brandt s’occupait à traiter des nombreux malades par des mouvements de gymnastique générale, fidèle aux principes de la méthode de Ling.

Ce n’est qu’en 1859 que l’idée est venue à Brandt, en parcourant l’ouvrage du docteur Lidbeck, son compatriote, sur les prolapsus utérins et leur fréquence excessive dans son pays.

« Puisque j’ai guéri le prolapsus du rectum, la chose me sera-t-elle possible avec les prolapsus des organes génitaux de la femme, pensa Brandt ? Si l’on prend l’utérus à travers la paroi abdominale et si on le tire en haut jusqu’à tendre ses attaches naturelles, ne restera-t-il pas en place, comme est resté le rectum ? »

Brandt se mit à l’ouvrage, étudia l’anatomie des organes génitaux de la femme, s’initia aux travaux gynécologiques de son temps et trouva la chose possible. Le cas se présenta bientôt et Brandt a mis à l’épreuve le fruit de ses longues méditations ; c’était en 1861, le 10 août.

Une femme âgée de 47 ans, atteinte d’un prolapsus total de l’utérus depuis déjà 27 ans et arrivée à ne pouvoir plus travailler, se présenta chez Brandt, cherchant un soulagement au-delà de la science officielle, se confiant à un guérisseur, essayant l’impossible. Deux semaines avaient suffi pour mettre et maintenir l’utérus en place. Brandt n’a pas perdu sa malade de vue et vingt ans après en 1881 la femme n’a pas eu encore de rechute. Bientôt après deux nouveaux cas se sont présentés et la guérison a été aussi prompte et définitive. La vogue se répandit alors et les malades affluaient chez Brandt, atteintes des maux dont la médecine tentait en vain la guérison. Brandt traitait tout le monde indistinctement, observant les maladies, perfectionnant sa méthode et la modifiant au fur et à mesure que des nouvelles difficultés surgissaient devant lui.

Le tapotement sur la région sacrée, la réduction et l’élévation de l’utérus en le saisissant à travers la paroi abdominale, avec deux mains — telle était la méthode à son origine.

Bientôt Brandt, ajouta le massage, pratiqué à travers la paroi abdominale, il modifia en même temps l’élévation en s’adjoignant un aide qui a été chargé depuis (1868) de l’exécution de l’élévation, pendant que Brandt lui-même avec l’index de la main gauche introduit dans le vagin, contrôle et guide l’exécution de cette manipulation. Le doigt introduit dans le vagin pouvait soutenir l’utérus et ses annexes, tout en offrant un plan résistant aux doigts de la main droite, qui massait à travers la paroi abdominale : la double pression, comme Brandt a surnommé cette manipulation était trouvée, et Brandt la pratique depuis malgré les hauts cris qui n’ont pas encore cessé de retentir, soulevés par la pudibonderie effarouchée. Cette trouvaille a permis bientôt de traiter avec succès les exsudais pelviens, de diminuer l’utérus congestionné, de guérir la métrite chronique (1871) .

En 1877 il ajoute encore la gymnastique des adducteurs et abducteurs des membres inférieurs et du releveur de l’anus, quand il a compris toute l’importance du plancher pelvien pour le maintien de l’utérus et du vagin dans leurs positions naturelles.

L’application de la méthode au traitement du rein mobile (1872) n’a été qu’une extension de son idée primordiale.

Telle est la naissance et le développement de la méthode que nous n’avons qu’esquissé rapidement pour arriver plus vite à la description des manipulations qui la composent aujourd’hui, et qui sera le sujet du chapitre suivant.

Brandt demeura longtemps dans une petite ville, nommée Skövde et ce n’est qu’en 1872, que sur les conseils d’un de ses amis, docteur en médecine, il s’installa à Stockholm, ou bientôt un décret royal lui accorda la permission de traiter ses malades et l’a mis à l’abri des attaques acharnées des médecins qui ne voulaient voir en lui qu’un vulgaire charlatan. Cependant Brandt ne se cachait pas avec sa méthode, il la mettait au grand jour, demandait la vérification des cas guéris, faisait des rapports aux sociétés médicales, mais on ne voulait pas l’écouler.

Des rares médecins l’ont encouragé, lui ont donné des conseils, mais pour ne pas soulever contre eux-mêmes leurs confrères, n’osaient pas trop s’aventurer ; et la méthode décriée, bafouée, ridiculisée continuait quand même d’exister et de guérir, répandant par le monde des malades, guéries ou soulagées, ses meilleurs apôtres.

Ce qui a encore beaucoup nui à la propagation de la méthode c’est la forme même, sous laquelle Brandt la représentait : malgré ses études anatomiques et gynécologiques, que tout le monde lui reconnaît, il n’est pas un écrivain, il lui manque des connaissances générales, une culture intellectuelle, qui seule permet déjuger les faits à leur juste valeur ; il notait ses impressions du jour au jour en les accompagnant des notations et des explications qui faisaient sourire les médecins, ses compatriotes.

Cependant quelques-uns d’entre eux, pénétrés de l’importance de la méthode et convaincus par la vue des guérisons incontestables, ont bien voulu se constituer ses défenseurs. C’est ainsi que le docteur Levin, un des premiers, a fait un rapport à la Société médicale de Stockholm sur le traitement gymnastique de Thure Brandt dans les affections utérines en 1868 (1). Le rapport contenant un court résumé de la méthode, exposée déjà dans une petite brochure par Brandt (2), traitement de prolapsus utérin, accompagné de seize observations bien authentiques et contrôlées par lui-même et par d’autres médecins. Pendant la discussion qui a été soulevée à la suite de ce rapport le docteur Hartelius, professeur à l’Institut central, se prononça pour la méthode et présenta lui-même quatre malades traitées selon cette méthode (3).

Le 5 avril 1866, dans une séance de la Société médicale de Westrogothie, Brandt lui-même fit un exposé de sa méthode et de son application au traitement : « de prolapsus utérin, des ploiements de la matrice, des endurcissements et tuméfactions, des ulcérations et des écoulements de diverses natures ».

Tous ces documents et observations, Th. Brandt a les réunis de nouveau en un volume qui a paru en suédois et en français en 1868 (4), sous une forme rappelant trop un prospectus de réclame, ce qui a été probablement la cause que cet opuscule a passé inaperçu.

D’autres élèves ont publié leurs observations et aidé au maître à la propagation de la méthode. Ainsi le docteur L. Faye (5) vante les effets de la méthode dans le traitement du prolapsus, des changements des positions et des inflammations chroniques de l’utérus, en rapportant plusieurs observations personnelles, dont deux cas de prolapsus parfaitement guéris.

Le docteur Hartelius (6), défenseur très fervent de la méthode depuis son origine, publia en 1875, 24 cas des maladies des femmes traitées avantageusement par la méthode ; il avait 7 cas de prolapsus utérins, dont 5 guérisons. Ces malades examinées quelques années plus tard n’ont pas présenté des rechutes. D’autres malades étaient atteintes de descente de l’utérus (5 cas dont 1 guérison), de rétroversion (5 cas dont 1 guérison et 4 améliorations) et enfin 7 cas de métrite, dont 4 n’ont pas donné des résultats satisfaisants.

Mais un des propagateurs les plus convaincus, qui vit et enseigne encore aujourd’hui la méthode de Brandt, c’est le professeur de gynécologie à Christiania, le docteur Nissen. Après avoir étudié la méthode chez Brandt en 1873, il a pris fait et cause pour la méthode et depuis a soutenu et encouragé son inventeur de ses conseils et de ses connaissances. Il a fait un rapport détaillé de la méthode en 1875 à la Société médicale de Christiania (7) et ne cessa pas depuis de l’enseigner dans sa clinique. Nous regrettons qu’il n’ait pas encore réunis et publiés les fruits de sa longue expérience, car depuis 1875 il n’a plus rien paru de lui dans la littérature. C’est lui qui accompagna Brandt en Allemagne en 1886 et lui aida à remporter la victoire devant les représentants de la science gynécologique allemande.

Citons encore le docteur Ocrum (8) et le docteur Asp (9) de Helsingfors, qui publia en 1878 les résultats de quatre années d’application de la méthode en rapportant 72 observations à l’appui de ses conclusions.

Malgré tous ces praticiens, la méthode se répandait difficilement, ce qui décida Brandt à publier de nouveau un traité de sa méthode, modifiée par les changements que l’expérience lui a fait faire et des nouvelles observations. Ce livre a paru en 1880 et fut traduit en allemand dans la même année, en anglais en 1882 par le docteur Roth (10).

En 1884, Brandt fit paraître une nouvelle édition de son livre, qui fut traduit en allemand en 1888 par le docteur Resch, et en français par le docteur Stas en 1891 (11).

Ces ouvrages répandus un peu partout provoquaient des essais du massage gynécologique et préparaient la voie à l’acception définitive de la méthode.

Notes

1. Dr Levin . Hygiaea 1868, fév. Ce rapport se trouve in-extenso dans ’ouvrage de Brandt de 1868, en Français.
2. Thure Brandt : Om uterinlidanden och Prolapser, Stockholm, 1864.
3. Hygiaea 1865. p. 53.
4. Th. Brandt : Nouvelle méthode gymnastique et magnétique pour le traitement des maladies des organes du bassin et principalement des affections utérines. Paris 1868.
5. Lud. Faye : Major Th. Brandt’s Behandling of utérin liderser ved médical gymnastik. Norsk. Mag. f. Laegevid. R. 3, Bd. 4, p. 25. — Virchow’s Jahresb, 1874, II, p. 731.
6. Hartelius : Hygiaea XXXVII, 3, 4, p. 56. - Virchow’s Jahresb 1874, II, p. 563.
7. Nissen : Th. Brand’s uterin gymnastik, etc. Norsk. mag. f. Laegev. R. 3, B. 4-3. p. 243-292 ; - Virchow’s Jahresb, 1875, II, p. 563.
8. Ocrum : Virchow’s Jahresb 1877, I, p. 568, Centralblatt. f. gynécol. 1878 n° 9.
9. Asp : Of lifmoder massage in Nordisk. med. arch. 1878 Pd x-22 ; — Virchow’s Jahresb 1878.
10. Th. Brandt : Die Bewegungscur, als Heilmittel gegen weibliche Sogen. Unterleibsleiden und prolap. Stockh. 1880 ; Roth : Brandt’s treatement of femel deseases by the movement cure London 1882.
11. Th. Brandt : Gymnastiken, etc., 1884 ; — Resch : Thure Brandt’s Heil gymnastiken Behandlung, etc. Wien, 1888 ; — J. Stas : Traitement gymnastique médical de Th. Brandt des affections du bas ventre de la femme, Anvers 1891.



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