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Contexte historique et courants de pensée ayant pu influencer l’œuvre d’Andrew Taylor Still

C. Duren - Y. Lepers
 
Créé le : dimanche 28 février 2010 par C. Duren, Yves Lepers

Dernière modificaton le : lundi 1er novembre 2021

Contexte historique et courants de pensée ayant pu influencer l’œuvre d’Andrew Taylor Still

Auteurs : C. Duren (1), Y. Lepers (1, 2).
Article paru dans Apostill n° 19 - Automne 2008, Le journal de l’Académie d’Ostéopathie - www.academie-osteopathie.fr
(1) Ostéopathe, Bruxelles
(2) Maître de conférences à l’Université Libre de Bruxelles. Directeur des études au SCOM, 6043 Ransart (Belgique)
Cet article est le compte-rendu d’une recherche réalisée dans le cadre d’un mémoire de fin d’études pour l’obtention du diplôme d’ostéopathe au SCOM, 52, rue César De Paepe. 6043 Ransart (Belgique).

[Crédits photographiques : les photos que nous présentons pour illustrer cet article sont libres de droit. Leur source est : les livres de A.T. Still Autobiography, Kirksville 1897, Philosophy of Osteopathy, Kirksville 1899 et l’encyclopédie Wikipédia. Note du Webmestre]


 Introduction


Andrew Taylor Still,
fondateur de l’ostéopathie
.

Au cours de nos études d’ostéopathie, ce personnage mythique nous intrigue.
Qui est-il ?
Quels sont ses écrits ?
Comment a-t-il élaboré sa théorie « ostéopathique » ? Découvrir les courants de pensée ayant pu influencer l’œuvre d’Andrew Taylor Still à travers le contexte historique des États-Unis au XIXe siècle ; voilà le but de notre « enquête ». Les « suspects » sont nombreux : méthodisme, Frontière, abolitionnisme, franc-maçonnerie, évolutionnisme, créationnisme, mesmérisme, phrénologie, scientisme chrétien, homéopathie, éclectisme...

Tous ces courants ont-ils réellement influencé Andrew Taylor Still ?

Pour rester le plus fidèle à ses pensées, nous avons choisi de ne prendre en références que les livres qu’il a écrit lui-même, quatre livres tous traduits en français. Nous avons commencé nos recherches par la bibliothèque personnelle d’Andrew Taylor Still (ATS) en vue d’y trouver des ouvrages concernant les mouvements de pensée les plus prégnants à l’époque.

Tous les ouvrages de la bibliothèque personnelle d’ATS, répertoriés par le Still National Osteopathic Museum and National Center for Osteopathic History de Kirksville, sont à caractère médical.
Pour déceler ses influences, nous puiserons donc les éléments de notre recherche au sein de ses quatre ouvrages et cela, au fil du déroulement de la vie d’ATS.
Cette étude sera présentée en deux parties, dans les numéros 19 et 20 du Journal de l’Académie d’Ostéopathie de France, ApoStill
La vie d’ATS commence aux États-Unis d’Amérique, au XIXe siècle... 


 Contexte historique et familial


Contexte historique

Deux siècles de colonisation européenne émaillée de plusieurs guerres précèdent la déclaration d’indépendance des États-Unis, le 4 juillet 1776. Après de nombreuses batailles entre Anglais et Français sur le territoire américain, l’Angleterre reconnaît l’indépendance des colonies américaines au « Traité de Versailles » en 1783. La constitution entre en vigueur en 1789, année de l’élection de Georges Washington comme président des États-Unis. En 1803, le président Jefferson achète la Louisiane à Bonaparte et entend faire de l’Ouest le « Jardin du monde ». Cette conquête des grands espaces s’effectue sur des territoires hostiles et sauvages, peuplés alors de tribus d’Indiens nomades, de troupeaux de bisons et d’animaux sauvages. Au début du XIXe siècle, la Fédération des Etats-Unis d’Amérique est en plein essor. En effet, de 1789 à 1860, son territoire passe de deux millions de kilomètres carrés à huit millions de kilomètres carrés. La croissance démographique est spectaculaire : de quatre millions d’Américains à trente et un millions. Cinq millions d’émigrés européens, principalement des Irlandais et des Allemands ont traversé l’Atlantique pour rejoindre le « Nouveau Monde » et y trouver pain, paix et liberté. Dans les grandes villes du nord-est, ils forment un prolétariat urbain surexploité et miséreux. Le « Nord », le « Sud »,1’« Ouest ». Au début du XIXe siècle, le sentiment national américain est encore embryonnaire et leur union encore fragile [1].

Contexte familial

Abram et Martha Still, les parents de Andrew Taylor Still

ATS est né le 6 août 1828 à Jonesboro, Virginie. Il est le troisième enfant d’Abram et Martha Still. Son père est pasteur méthodiste, missionnaire, prédicateur, mais aussi docteur, fermier et meunier. Martha, mère attentive et attentionnée, est aussi « [...] un mécanicien né [...] » [2].
Peut-être est elle l’initiatrice de la passion de son fils Andrew pour la mécanique.
L’enfance scolaire d’ATS au Tennessee s’effectue tout d’abord dans une école tenue par un professeur tortionnaire qui « [...] pardonnait nos nombreux péchés avec la baguette de châtiment [...] » [2]. Ensuite, ATS poursuit ses études dans un collège dirigé par l’Église méthodiste.
Dès son plus jeune âge, ATS participe aux travaux de la ferme et des champs [1]. Abram Still fait réciter à son fils d’interminables prières. « Mon père était pasteur, en un sens, un missionnaire et j’ai dit d’interminables prières (aussi longues que le plus long des chapitres de la Bible), ces prières, je les disais en marchant entre les bras de la charrue pour qu’un trou de mémoire dans cette direction ne se traduise pas par quelque coup de ceinturon administré par mon père. » [2].
La forte personnalité d’Abram Still, homme religieux déterminé, « [...] aux fortes convictions, soutenues en tout lieux et en tout temps. »[1] et surtout son éducation religieuse rigoureuse marquent profondément son fils « Drew ».
Abram Still est un missionnaire et un prédicateur méthodiste très engagé. La passion du salut des âmes est la base de l’esprit missionnaire du prêcheur méthodiste.


 Influence de l’éducation méthodiste


John Wesley (1703-1791,
prêtre anglican créateur du Méthodisme

Le Méthodisme est un mouvement religieux créé en Angleterre en 1729 par John Wesley, prêtre anglican. Selon la doctrine de John Wesley, l’homme est totalement corrompu et ne mérite que la damnation. En effet, suite au péché originel d’Adam, l’homme est enclin à faire le mal continuellement et subit les maladies et la mort comme punition de Dieu. L’homme est donc mauvais mais libre de sauver son âme. S’il prend conscience de ses fautes et s’en repent, il reçoit alors une « grâce prévenante » qui le rend capable d’atteindre le pardon et accéder ainsi à la renaissance (new birth). La bible est l’unique référence de John Wesley. Elle contient tout l’enseignement nécessaire au Salut [3].

John Wesley a également une influence déterminante sur l’art de guérir au XVIIIe siècle. A cette époque, la majeure partie des maladies survient par manque d’hygiène et de propreté. Ayant suivi des cours d’anatomie et de médecine, John Wesley désire améliorer les conditions sociales et médicales des pauvres. Il préconise dans son livre Primitive Physic une médecine préventive, des traitements médicaux simples, peu onéreux et à la portée de tous. Son credo est : médications simples et naturelles, foi et prières [3].

[Photo de John Wesley http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Wesley Outre l’article sur John Wesley dans Wikipédia on pourra également consulter l’ouvrage de Agnès de La Gorce, Wesley, Maître d’un Peuple (1703-1791). Albin Michel Paris 1940 ainsi que l’article John Wesley (1703-1791), LE TISON ARRACHE DU FEU, par Orlando Boyer Note du Webmestre]

La croyance en Dieu d’Andrew Taylor Still

Abram Still a imprégné son fils de sa croyance religieuse méthodiste en tant que DD (Doctor of Divinity) ainsi que sa connaissance médicale en tant que MD (Medical Doctor) [1].
« […] nous autres méthodistes [...] » [2] est la seule allusion à l’appartenance religieuse d’ATS.
Dieu est omniprésent dans tous ses écrits et surtout dans son autobiographie. ATS semble résolument théiste [Théiste : Adepte de la doctrine du théisme, qui affirme l’existence personnelle de Dieu et son action providentielle dans le monde.], un théiste rationnel [Théisme rationnel : « où l’idée de l’être divin se confond avec la suprême raison de toutes choses » A Lalande. Vocabulaire technique et critique de la philosophie. Paris : Quadrige/Presses Universitaires de France ; 1993]. Il évoque Dieu par différents noms :
« Dieu », « Divin », « Dieu, Auteur et Constructeur de tous les mondes », « Dieu, esprit de la Nature », « Nature »,
« Architecte infaillible », « Grand Architecte », « Architecte Universel », « Maître Architecte de l’univers »... Toutes ces appellations forment les différentes facettes du « Dieu de perfection » d’ATS. Son « Dieu » est intelligent et aimant et toutes ses œuvres sont parfaites.
« […] je vénère un Dieu respectable, intelligent et mathématique. » [2].
« [...] les œuvres de Dieu prouvent bien Sa perfection » [2].
« Parce qu’imperfection est un mot qu’Il ne connaît pas dans n’importe quelle partie de l’habile mécanique, Son œuvre n’a jamais présenté une imperfection ni une malfaçon. » [2].
On ne retrouve nulle part dans ses livres le Dieu sévère de John Wesley. Le « Dieu » décrit dans les livres d’ATS est plutôt un Dieu ingénieur, mécanicien et non pas un Dieu exécuteur de châtiment.
« Voyez l’esprit laborieux de Dieu se réjouissant à la merveilleuse activité de sa mécanique, coupant et dessinant des formes pour les oiseaux du ciel et les poissons de la mer. »[2].

 « [...] l’Architecte omniscient a taillé et numéroté chaque partie pour qu’elle s’ajuste à sa place et accomplisse ses fonctions dans chaque édifice au sein de la forme animale, tout comme les soleils, les étoiles, les lunes et les comètes obéissent tous à une loi éternelle de vie et de mouvement. » [2].
« [...] j’ai pris pour fondement la vérité selon laquelle l’univers entier avec ses mondes, ses hommes, ses femmes, ses poissons, ses oiseaux, ses animaux sous toutes leurs formes et principes de vie, ont été formulés par l’esprit d’un Architecte infaillible. » [2].
« À un moment donné, Dieu a dit : « Créons l’homme ». Après l’avoir créé, Il l’examina et le déclara bon, pas seulement bon mais très bon […] Depuis que l’Architecte, ce mécanicien habile, a achevé l’homme et lui a donné le pouvoir de contrôler les oiseaux dans l’air, les bêtes dans les champs et les poissons dans la mer [...] » [4].

Dans ce dernier extrait, on retrouve quasiment à la lettre le texte de la création de l’homme par Dieu dans la Genèse :
« Dieu dit “Faisons l’Homme à notre image et à notre ressemblance. Qu’il ait autorité sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les animaux des champs et toutes les bêtes sauvages et les reptiles qui rampent sur la terre ! Dieu créa Homme à son image […] Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon”. » [5].

Il est intéressant de souligner qu’ATS rédige ses quatre livres après l’âge de 65 ans. Sa croyance au Dieu créateur de l’univers n’est donc pas la croyance d’un enfant soumis à l’autorité religieuse de son père, pasteur méthodiste.
ATS est manifestement créationniste.

L’origine de la maladie selon Andrew Taylor Still

Pour ATS, l’origine de la maladie n’est absolument pas la punition de Dieu, conséquence du péché originel d’Adam, comme le décrit John Wesley.
« L’ostéopathie ne doit pas regarder un homme comme un criminel devant Dieu, devant vomir, être purgé et être rendu malade ou fou. L’ostéopathie est une science qui analyse l’homme et découvre en quoi il participe de l’intelligence divine. [...] Dieu se manifeste dans la matière, le mouvement et l’esprit. » [2].
D’après les éléments repris dans ses quatre livres, la maladie est avant tout une perturbation anatomique, mécanique et/ou fluidique, au sein d’un corps initialement parfait.
« L’ostéopathe, dans sa recherche de la cause de la maladie, essaie tout d’abord de trouver la cause mécanique. » [4].
« La maladie est un effet provoqué par l’interruption de quelque approvisionnement en fluide ou en qualité de vie » [2].
« Le devoir du praticien n’est pas de guérir le malade mais j’ajuster une partie ou l’ensemble du système afin que les preuves de la vie puissent s’écouler et irriguer les champs assoiffés. »[2].
« Cause et effet sont sans fin ; la cause débutant certains cas peut être plus ou moins importante, mais le temps s ajoute à l’effet jusqu’à ce que l’effet devienne plus important que la cause, avec à la fin, la mort. La mort est la fin ou l’addition de tous les effets. » [2].
« Nous disons "maladie" quand nous devrions dire “effet” car la maladie est l’effet d’un changement dans les parties du corps physique. » [4].

Contrairement à la médecine de l’époque qui ne soigne que les symptômes par des saignées, amputations, injections hypodermiques, poisons et drogues et qui raisonne avec l’idée que le corps a en lui des produits chimiques que l’on doit confronter à d’autres produits chimiques ou poisons, ATS propose une méthode de recherche et de traitement révolutionnaire : « Trouvez et supprimez la cause, l’effet disparaîtra. » [4].
Selon ATS, s’appuyant sur la loi de cause à effet, les causes mécaniques et fluidiques de la maladie sont l’origine du dérèglement de cette machine parfaite qu’est l’homme. Cette « révélation » trouve ses origines dans l’instruction religieuse et les savoirs acquis pendant sa jeunesse. Néanmoins, elle se distingue des pensées wesleyenne et médicale de l’époque. Les nombreuses années d’observations et de recherches d’ATS aboutissent au fameux 22 juin 1874, évènement que nous aborderons dans le n° 20 du Journal de l’Académie d’Ostéopathie de France, ApoStill


 Influence de la « frontière »


Départ pour le Missouri

En 1837, Abram Still est nommé par la Conférence de l’Église méthodiste du Tennessee comme missionnaire dans le Missouri et devient circuit rider [2].
« [...] enfourchant son cheval, il partait dans la prairie sauvage pour prêcher l’Evangile aux pionniers. Ses voyages de missionnaire duraient en général six semaines […] Papa fut le premier pasteur de l’Église méthodiste dans le nord Missouri, assurant la permanence, prêchant, établissant les premières Églises et classes méthodistes et le méthodisme dans le nord du Missouri. » [2].
La famille Still vit aux abords de la « Frontière ». ATS, âgé alors de 9 ans, suit les cours de l’école de La Plata tenue par un révérend presbytérien.

La vie de frontalier d’Andrew Taylor Still.

À cette époque, ATS entame sa vie de frontalier. Dans ces grands espaces du Missouri, il observe et étudie les animaux sauvages. Il chasse l’ours, le renard, la panthère, le cerf avec ses chiens. Il dépèce, sale et sèche la viande et développe ainsi une connaissance pratique des sciences naturelles et de l’anatomie [2].

Observation de la nature

ATS écrit le mot « nature » de deux manières différentes. Le mot « Nature » orthographié avec une majuscule, fait sans doute référence au Dieu de la Nature, Dieu créateur de la Nature divine parfaite. Le mot « nature » orthographié avec une minuscule fait plutôt référence à la nature et à ses lois naturelles et mécaniques, observées dans les grands espaces sauvages par ATS ; Dieu est le grand mécanicien de la nature. Et ATS a acquis un savoir à « l’université de la nature » [2].
« L’être humain est la machine, l’ingénieur est la Nature, et vous le chef-mécanicien. » [4].
« Le Dieu de la Nature est source de savoir-faire et de sagesse, et le travail mécanique qui s’effectue dans tous les corps naturels résulte d’un savoir absolu. » [6].
« Dans la nature, nous nous attendons à trouver des machines qui réagissent parfaitement puisque nous savons que la nature ne fait pas de travail imparfait, mais qu’elle fait par contre un travail parfait ; son mot d’ordre est “perfection” de toutes les parties et de leurs fonctions. ».

Louis Agassiz (1807-1873) est un zoologiste américain d’origine suisse ; il est le premier à proposer scientifiquement l’existence de l’ère glaciaire dans le passé de la terre. Il a écrit plusieurs ouvrages dont Histoire naturelle des États-Unis, Étude sur les glaciers. Il est élu à la chaire de géologie et de zoologie d’Harvard en 1847. Il est également un des derniers zoologistes créationnistes.
Photo de Louis Agassis : http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Agassiz

« Le grand livre de la nature se trouve à la Frontière. Elle est la source première de la connaissance et l’on y apprend les premiers principes de science naturelle. […] Le vieux frontalier en sait plus sur les coutumes et les habitudes des animaux sauvages que le scientifique n’en découvrira jamais. Agassiz (c), malgré tout son savoir sur l’histoire naturelle, n’en connaissait pas autant sur le vison et le castor que le trappeur dont le travail, toute la vie, a été de les capturer. » [2].
« Le Divin, le plus grand de tous les créateurs, a conçu ce majestueux univers avec une telle exactitude, une telle beauté et une telle harmonie, qu’aucune ingéniosité mécanique humaine ne peut égaler celle de cette première grande création. La botanique, l’astronomie, la zoologie, la philosophie, l’anatomie, toutes les sciences naturelles révèlent à l’homme ces plus hautes, plus nobles, plus grandes lois et leur perfection absolue. » [2].
Selon ATS, la nature et les sciences naturelles qui en dérivent sont l’œuvre de Dieu et, par conséquent, parfaites. L’ostéopathe doit en tenir compte et « [...] s’y conformer sinon il n’obtiendra jamais de guérison. » [4].
« Votre travail sera complété quand vous aurez réajusté le corps comme la Nature l’avait conçu, c’est-à-dire dans son état de perfection. » [4].
« Un ostéopathe intelligent doit accepter d’être gouverné par les lois immuables de la nature [...] » [4].
« L’ostéopathie se fonde sur la perfection de l’ouvrage de la Nature. » [4].

Étude de l’anatomie

Pour ATS, l’étude de l’anatomie est primordiale et essentielle pour la compréhension du corps humain et pour pouvoir pratiquer l’art de guérir. La connaissance parfaite de l’anatomie est une des pierres angulaires de l’enseignement de l’ostéopathie.
« Mon expérience de frontalier fut pour moi d’une valeur que je ne pourrai jamais dire. Elle fut inestimable pour ma recherche scientifique. Avant d’étudier l’anatomie dans les livres, j’avais déjà perfectionné mon savoir grâce au grand livre de la nature. Le dépeçage des écureuils m’avait mis en contact avec les muscles, les veines. Les os, grande fondation de la merveilleuse demeure dans laquelle nous vivons, furent pour moi un sujet d’étude constant, bien avant d’apprendre les noms compliqués donnés par le monde scientifique. » [2]. Ce sont ses premiers cours de dissection et d’’anatomie. Plus tard, il dissèquera des corps humains : « Tant que je ne fus pas satisfait, j’exhumai et disséquai Indien après Indien. Je fis des centaines d’expériences avec des os, jusqu’’à devenir très familier de leur structure. » [2].
« […] je déterrai les squelettes l’un près l’autre du sable des tumulus indiens et les étudiai jusqu’à devenir familier avec l’usage et la structure de chaque os du système humain. À partir de là, je me lançai dans l’étude des muscles, ligaments, tissus, artères, etc. c’est l’œuvre de ma vie et j’ai encore des choses à apprendre. » [2].
« La première leçon de l’ostéopathe a pour sujet l’anatomie, la dernière aussi, et toutes les autres leçons aussi. » [4].
« Je désire graver dans vos esprits que vous commencez avec l’anatomie et terminez avec l’anatomie. Tout ce que vous désirez et ce dont vous avez besoin, c’est une connaissance de l’anatomie, et c’est la seule chose que vous pourrez ou désirerez utiliser dans votre pratique, même si vous vivez cent ans. ».
« Avant de gagner les salles de pratique, vous devez avoir suivi 90% du cours d’anatomie. »[2].
« L’ostéopathe moderne doit avoir une connaissance parfaite de l’anatomie et de la physiologie. » [4].

Étude de la mécanique

Dès son enfance, ATS est passionné par la mécanique. Il est fasciné par les nouvelles découvertes comme la machine à coudre, la cuisinière, le bateau à vapeur [2].
Fin des années soixante (du XIXesiècle...), il inventera même une « moissonneuse avec des doigts pour attraper le grain qui tombait » ainsi qu’une machine à « baratter le lait » [2].

Il transpose ses observations et ses découvertes sur le corps humain.
« L’ostéopathie étant une science fondée sur le principe que l’homme est une machine, je me dois d’attirer votre attention sur le fait que j’ai commencé l’étude de ma mécanique dès 1855 et l’ai poursuivie jusqu’en 1870. » [2].
« Je commençai à examiner l’homme. Que trouvais-je ? Je me trouvais en présence d’une mécanique, la plus grande mécanique que l’esprit puisse concevoir. Après sept ou huit années passées avec une mécanique inerte, me familiarisant avec toutes les parties, de la chaudière à la scie, je commençai à examiner l’homme comme une machine. » [2].
« Pendant vingt-deux ans, j’ai examiné les parties de la mécanique humaine, et j’ai trouvé qu’il s’agit de la plus merveilleuse mécanique jamais construite, par l’intelligence de la pensée et l’esprit de Dieu, depuis le sommet de la tête jusqu’à la plante des pieds. Je crois que la mécanique humaine est la pharmacie de Dieu et que tous les remèdes de la nature sont dans le corps. » [2].
« Il agit en mécanicien. » [4].
« Un ostéopathe n’est qu’un ingénieur humain, devant comprendre toutes les lois régissant sa machine et ainsi maîtriser la maladie. »[2].

Ces extraits des livres d’ATS mettent en évidence que l’étude de la mécanique, de la physiologie et de l’anatomie forment les connaissances essentielles et obligatoires de l’ostéopathe. Héritée du cartésianisme, cette conception mécaniste du corps humain est très répandue au XVIIIe siècle. En effet, suite aux observations nées de l’étude clinique des malades et de la dissection des cadavres, l’homme est considéré comme une machine obéissant à des principes mécaniques précis, dont le dérèglement crée la maladie.

Les premières expériences de « poison »

Dès son plus jeune âge, ATS a une répulsion pour les médicaments.
« J’étais né pour connaître quelque chose aux drogues. Je savais qu’elles avaient un goût désagréable ; je savais qu’elles me rendaient malade, très malade, même ; je savais que je ne les aimais pas. Dès que je fus suffisamment âgé pour raisonner, je grandis avec cette question : Dieu a-t-il oui ou non accrédité d’une manière ou d’une autre l’idée selon laquelle un homme pourrait se soulager d’un poison en en utilisant un autre ? » [2].
« Lorsque j’étais enfant, j’ai reçu du poison dans le bras - ils l’appelaient virus. Combien de temps est-ce demeuré dans mon corps ? C’est resté à travers plusieurs épidémies de variole ; l’effet est donc sans fin. Lorsque j’avais à peu près quatorze ans, j’eus une crise de sialorrhée. Je pris plusieurs doses de calomel. Cela me fit tomber les dents. Aujourd’hui, j’utilise un appareil partiel parce que j’ai vécu une époque et une génération où les gens ne surent faire de plus intelligent que transformer ma mâchoire en cinabre. » [2].

Dans cette dernière citation, ATS fait référence au vaccin ; vaccin qu’il qualifie de « virus pourri de Jenner »[1, 2] ou encore « pourriture de vache ou de cheval » [4].
« Je ne veux pas m’opposer à l’effort de Jenner. Je pense qu’il fut louable, mais je suis certain qu’on peut utiliser des substances plus efficaces et moins dangereuses que ces composés putrides de la variole. » [4].
Dans son « programme ostéopathique », ATS énonce le troisième article comme ceci : « Nous sommes opposés aux vaccinations. ».
Pas de doute, ATS s’oppose à l’utilisation des vaccins qu’il considère comme un poison.

La vie d’Andrew Taylor Still auprès des Shawnees

Fin des années quarante, ATS pense « qu’il n’est pas bon d’être seul et [commence] à parader pour voir comment les fil1es apprécieraient l’allure d’un jeune soldat. » [2].
Il rencontre Mary M. Vaughn et ils se marient en janvier 1849. En 1853, ils quittent le Missouri pour la mission de Wakarusa dans le Kansas et rejoignent la famille Still. En effet, Abram Still y est nommé missionnaire auprès des indiens Shawnees suite à une décision de l’Église méthodiste.

Andrew Taylor Still et les Shawnees.

« Tout était indien dans cet endroit. On ne parlait anglais qu’à l’école de la mission. Cet été-là, mon épouse enseigna les papooses... Ensuite, au cours de l’’automne, je consultai les Indiens avec mon père. Érysipèles, fièvres, dysenteries, pneumonies et choléra étaient fréquents. Le traitement des Indiens pour le choléra n’était pas plus ridicule que certains traitements soi-disant scientifiques utilisés par les docteurs en médecine. Les Indiens creusaient deux trous dans le sol, séparés approximativement par soixante-dix centimètres. Le patient reposait étendu entre les deux trous, vomissant dans l’un et se purgeant dans l’autre, et mourait ainsi, étendu par terre, une couverture jetée sur lui [... ] Comme curatifs, ils donnaient des thés fabriqués avec des racines noires, du gombo, sagatee, muckquaw, chenee olachee. Ainsi ils étaient soignés, mouraient et partaient pour Illinoywa Tapamalaqua, “la maison de Dieu” » [2].
« J’appris vite à parler leur langue et leur donnai des drogues utilisées par les Hommes blancs, guéris la majorité des cas que je rencontrai, et fus bien accueilli par les shawnees. J’étais à la mission shawnee de l’Élise méthodiste [...] » [2]. ATS est visiblement intéressé par la culture, les croyances et la médecine des Indiens Shawnees. Il parle leur langue, connaît le nom du « Grand Esprit » des Indiens, observe et analyse leurs médecines, dissèque leurs cadavres. Il ne parle pas de l’impact des pratiques religieuses et médicales de cette population indienne sur ses observations. Pourtant, il écrit : « C’est en avril 1855 que j’ai commencé à croire aux lois de la vie telles que le Dieu de la Nature les a données à l’homme, au monde et aux êtres. » [4].
En présence des Indiens Shawnees, ATS commence à élaborer la croyance selon laquelle le Dieu de la Nature a déposé tous les remèdes à l’intérieur de l’homme, dès sa création. Pour les Indiens, la maladie est une rupture au sein de l’harmonie cosmique et les traitements aident au rétablissement de cet équilibre [7]. La pensée d’ATS est similaire mais transposée au niveau du corps humain. La maladie est une perturbation au niveau de l’harmonie parfaite initiale du corps et le traitement ostéopathique vise à retrouver cette harmonie en s’appuyant sur les lois de la Nature.
Les croyances et les pratiques des Indiens Shawnees ont donc influencé ATS.
Par contre, aucun élément ne nous permet d’affirmer que les mobilisations et manipulations pratiquées par les Indiens ont influencé l’élaboration des techniques ostéopathiques par ATS.

Schisme de l’Église Méthodiste

Au début du XIXe siècle, la vague du « second grand réveil » déferle sur les États-Unis. Les réveils religieux surviennent souvent au cours des périodes troublées et se caractérisent par des conversions spectaculaires et émotives.
Les prédicateurs « revivalistes » (méthodistes, baptistes (Les baptistes prônent le baptême à l’âge adulte après un repentir et une profession de foi publics.), presbytériens) veulent éveiller chez les croyants une foi affaiblie et routinière et leur faire prendre conscience des maux de la société dans laquelle ils vivent.
Le premier de ces maux est l’esclavage considéré, par John Wesley, comme « la somme exécrable de tous les maux ». Dans la « Discipline » de 1784, la Methodist Episcopal Church affirme qu’il est de son devoir le plus absolu de prendre immédiatement des mesures efficaces pour extirper de l’Église cette abomination qu’est l’esclavage [8].

Les presbytériens sont les premiers à condamner officiellement l’esclavage en 1818 lors d’une Assemblée Générale des Eglises Presbytériennes. Les méthodistes qui se définissent comme « an anti-slavey slave holding Church » adoptent une position plus modérée vis -à-vis des propriétaires d’esclaves. Mais les Sudistes sont tant déterminés à se séparer de leurs frères du Nord que même le schisme au sein de l’Église Méthodiste est inévitable. La rupture entre Églises du Nord et Églises du Sud se fait lors de la Conférence Générale de 1844. Massivement, dans chaque église méthodiste du Sud, les fidèles approuvent la rupture avec l’Église nationale et fondent la Methodist Episcopal Church South [3]. Abram Still prend fermement position pour l’abolitionnisme et se trouve confronté à l’opposition farouche des pros esclavagistes locaux. Pour se débarrasser de son influence, il est alors envoyé en 1850 comme missionnaire auprès des indiens Shawnees dans le Kansas [2].

Andrew Taylor Still, homme politique engagé

À partir de 1820, les États du Kansas et du Nebraska connaissent une situation particulière. En effet, à l’ouest du Mississipi, l’esclavage est interdit au nord d’une ligne que délimite le 36°30’ de latitude Nord à l’exception du Missouri, bien qu’il se trouve au nord de cette limite. Cette ligne du Compromis de 1820 est appelée « ligne Mason Dixon ». Le Kansas et le Nebraska sont situés au nord de cette ligne. Ils devraient donc former des états libres. Mais, en 1820, une loi stipule que les habitants du Kansas et du Nebraska peuvent choisir eux-mêmes d’autoriser ou d’interdire l’esclavage. Au Kansas, cette loi provoque de violents combats opposant pro-et anti-esclavagistes à partir de 1856 d’où l’appellation Bloody Kansas [1]. À cette époque, la famille Still habite à Palmyra. La ville de Lawrence (à seulement 20 kilomètres de Palmyra) est mise à sac par les esclavagistes et un groupe d’abolitionnistes dirigés par John Brown commet en représailles un massacre à Osowatomie. Dans le Kansas, les heurts sont de plus en plus violents. En 1857, ATS est « […] choisi par le peuple pour représenter le comté de Douglas dans le Kansas au corps législatif. » [2]. Il est un ardent défenseur des États libres et s’oppose à la majorité du corps législatif par ses idées anti-esclavagistes [2]. La guerre civile fera irruption dans ce contexte politique et social déjà très difficile.


 Andrew Taylor Still
pendant la guerre de sécession


ATS a manifestement été influencé par les prises de position anti-esclavagistes de son père Abram Still. Au chapitre III de son Autobiographie, Andrew parle explicitement des idées abolitionnistes de son père.
« Il prit fermement position pour l’abolition et la maintint jusqu’à ce que l’esclavage humain, qu’il soit d’origine divine ou diabolique, soit balayé de chaque arpent d’Amérique du Nord. » [2].
ATS, abolitionniste lui aussi, s’implique totalement dans la guerre de Sécession.
« Je choisis le côté de la liberté. Je ne pouvais pas faire autrement, car aucun homme ne peut se voir déléguer par statut un droit sur la liberté de n’importe qui, même pour une question de race ou de couleur. Fort de ces vérités, je joignis tous les combats pour l’abolition de l’esclavage au pays et à l’étranger. » [2].
L’épouse d’ATS décède en 1859 le laissant seul avec leurs trois enfants. Il se remarie avec Mary E. Turner en 1860.
En septembre 1861, il s’engage dans le 9e de cavalerie du Kansas. Il désire se battre. Mais ses connaissances en médecine le font travailler comme chirurgien sous les ordres du général Frémont dans les quartiers d’hiver d’Harrisonville (ville située sur la frontière entre le Missouri et le Kansas).
« En parlant de l’armée, laissez- moi vous dire que j’ai servi en tant que chirurgien sous les ordres de Frémont et que je sais de quoi je parle lorsque je dis que l’équipement de la trousse du chirurgien était complet lorsqu’elle contenait du calomel, de la quinine, du whisky, de l’opium, des chiffons et un scalpel. » [2].
Ensuite, il est soldat dans la compagnie F, commandée par le capitaine T.J. Mewhinne.
En mai 1862, il est capitaine puis commandant de la compagnie D de la XVIIIe milice du Kansas et cela jusqu’en octobre 1864.


 Questionnements sur l’efficacité de la médecine et des médicaments de l’époque


Pendant la guerre de Sécession, Andrew Taylor Still (ATS) s’interroge sur l’efficacité de la médecine.

« J’ai eu la chance, bonne ou mauvaise, de naître dans une maison à drogues. Papa était MD, et également DD [Doctor of Divinity : docteur en théologie.]. A l’âge de trente-cinq ans, je commençai à me demander comment un docteur en théologie pouvait mélanger ses enseignements avec les enseignements insensés de la médecine. Les questions jaillirent ainsi : comment l’homme peut-il concilier l’idée que l’œuvre de Dieu est parfaite et pourtant jamais en ordre de marche ? Sa machine la plus parfaite, l’homme, jamais en condition de marche ? Le Dieu de la sagesse aurait-il pu échouer dans cette superstructure-là, l’homme, et la prétendre valable, tout en sachant qu’elle ne peut fonctionner comme prévu lors de sa conception ? Et pourquoi un DD qui dit les mains levées “Son œuvre prouve Sa perfection”, prend-il une dose de quinine et du whisky pour aider la machine de la nature à fonctionner et accomplir les devoirs de la vie ? S’il fait ainsi, où se trouve la preuve de sa foi dans la perfection de Dieu et pourquoi doit-il absorber ou boire ces choses qui ont un effet mortel » [1].

Dans cette guerre civile, 620 000 Américains ont péri dont 400 000 non pas sur les champs de bataille mais bien dans les hôpitaux suite à la dysenterie, la fièvre typhoïde, la pneumonie, la malaria ou suite à des causes accidentelles [2].

Durant la guerre de Sécession, ATS est confronté à cette sanglante réalité lors des attaques incessantes des francs-tireurs, des batailles militaires, des massacres de civils. En tant que médecin, il pratique la médecine et la chirurgie de guerre et utilise les médicaments très toxiques de l’époque dont voici quelques exemples : belladone, calomel, digitale, hydrate de chloral, morphine, opium, poudre de Dover, [Poudre de Dover : stupéfiant. Composition de 1733 : Opium, 1 once ; sulfate de K, 4 onces ; salpêtre, 4 onces ; ipéca, 1 once.] quinine, strychnine, vératrine...

 « Pour soulager et guérir son patient, le médecin fait uniquement confiance aux médicaments. Et pourtant ces médicaments ont souvent été la cause de la mort du patient et bien souvent d’une mort plus rapide que si le patient ne les avait pas ingérés. » [3].
Dès lors, il prend de plus en plus conscience de la haute toxicité de tous ces médicaments et s’oppose totalement à la prescription des poisons sans dénigrer les médecins eux-mêmes.
« […] les drogues et moi sommes aussi éloignés les uns des autres que l’ouest l’est de l’est ; maintenant et pour toujours. » [4].
« Je ne désire aucunement guerroyer contre les docteurs eux-mêmes ; je lutte seulement contre leurs théories fallacieuses. Que fait la médecine pour vous ? Pour apaiser la détresse, elle engendre souvent du mauvais et abreuve le système de poisons. En administrant des drogues, le médecin n’est jamais certain des résultats, et doit se contenter d’attendre, inutile, le développement du mal, essayant un autre remède lorsque l’un échoue ; Ils bataillent avec la mort même au chevet des êtres qui leur sont chers, et pleurent dans l’angoisse du cœur. « Dieu, donne-moi l’intelligence et la capacité de sauver les proches de ma famille ! Dieu, aide-moi ! » [1].
ATS fait ici allusion au drame qu’il va vivre au printemps 1864, dès son retour de la guerre.


 Printemps 1864


L’épidémie

Au printemps 1864, de retour de la guerre de Sécession, ATS vit une des expériences les plus douloureuses de sa vie. « Tant que mon cœur n’a pas été tordu et lacéré par la douleur et l’affliction, je n’ai pas pu me rendre compte de l’inefficacité des drogues. » [1].
Une épidémie de méningite infectieuse cérébro-spinale touche sa famille. Les médecins viennent jour et nuit et les soignent avec « [...] des remèdes dignes de confiance. » [1]. Le pasteur évoque l’aide divine, mais prières et pilules restent vaines... [1]
« La lutte entre vie et mort fut sans merci, mais, à son terme, trois corps sans vie gisaient au foyer désolé. » [1] Abram, 12 ans, Susan,11 ans, Marcia Ione, 1 an ainsi qu’une petite fille adoptée, meurent de méningite infectieuse.
« […] la mort revendiqua quatre victimes, accablant notre foyer. Alors, dans mon chagrin, la pensée me vint qu’au lieu de demander à Dieu de bénir les moyens utilisés, il serait bien meilleur de chercher les moyens corrects, sachant qu’une fois trouvés, le résultat serait correct. » [1].

La remise en question

Sous le choc de la mort de ses enfants, ATS se pose de « [...] sérieuses questions […] » [1] :
« Avec la maladie, Dieu a-t-il abandonné l’homme dans un monde d’incertitude ? L’incertitude, qu’est ce que c’est ? Que donner et pour quel résultat ? Et une fois mort, savons-nous où il va ? » [1].
« L’homme désire prendre entre ses mains les rênes de l’univers. Il dit qu’en cas de fièvre, il faut aider la nature en administrant de l’ipéca et autres fébrifuges. Mais en agissant ainsi, il accuse Dieu d’incompétence. Vous pouvez être certains que l’intelligence Divine n’a pas manqué de placer au sein de la machine humaine une manette permettant de contrôler la fièvre. Le Seigneur n’a pas manqué de matériaux ; Il a conçu des hommes de loi, des musiciens, des mécaniciens, des artistes, et tous les hommes utiles, alors que les idiots sont, je suppose, conçus avec les restes. » [1].
« Dans mon chagrin me vint la pensée que Dieu ne donne pas la vie dans le simple but de rapidement la détruire - un tel Dieu ne serait rien d’autre qu’un meurtrier. C’est à ce moment-là que je me convainquis de l’existence d’autre chose, plus sûr et plus fort que les drogues, pour vaincre la maladie, et que je jurai de le chercher jusqu’’à ce que je le trouve. » [1].
Ce questionnement essentiel permet à ATS de se détacher nettement de la croyance wesleyenne de châtiment divin. Il recherche, en l’homme, la preuve de la bonté de Dieu. Il est persuadé de l’existence de quelque chose de bien plus puissant pour vaincre la maladie que les drogues et les poisons.

Postulat d’Andrew Taylor Still

« Je décidai alors que Dieu n’était pas un Dieu d’incertitude, mais bien un Dieu de vérité. Et toutes Ses œuvres, spirituelles et matérielles, sont harmonieuses. Sa loi de vie animale est absolue. Un Dieu si avisé a certainement placé le remède au sein même de la demeure matérielle dans laquelle habite l’esprit de vie. » [1].
En prenant cette décision, ATS donne un nouvel espace au Divin et conforte définitivement son orientation médicale et spirituelle. Ce Dieu, intelligent et aimant, a placé les remèdes thérapeutiques au sein même du corps humain [1]. Tel est le postulat d’ATS.
« Je commençai à étudier l’homme et ne découvris aucune imperfection dans l’œuvre de Dieu. L’intelligence du Divin est incontestable ; sa loi, inaltérable. C’est sur cette loi qu’est fondée la science ostéopathique. » [1].
Selon ATS, l’œuvre de Dieu est parfaite.
« On m’a dit : - N’avez-vous pas peur de perdre votre âme à courir après cette nouvelle idée, cette étrange philosophie ? - Je ne crains pas que suivre une loi conçue par Dieu m’éloigne de lui. Chaque avancée en ostéopathie nous conduit à une plus grande vénération du Divin Souverain de cet univers. » [1].
Le 31 décembre 1867, Abram Still décède d’une grave attaque de congestion pulmonaire.


 Andrew Taylor Still et la franc-maçonnerie


ATS est initié à la franc-maçonnerie à la loge Palmyra n°23 au Kansas en 1868.
Malgré les nombreuses recherches effectuées à la Grande Loge du Kansas, nous n’avons pas pu obtenir de réponses quant aux motivations d’entrée en maçonnerie d’ATS ni d’une manière plus générale, celles des initiés dans les états du Kansas et du Missouri au XIXe siècle.
L’évaluation du candidat maçon pour son admission en Loge s’effectue selon sa capacité à la tolérance, à la réflexion et selon « […] des critères de conformité intellectuelle ou politique ([...] opinion sur la peine de mort, etc.) des critères subjectifs de — sincérité de la démarche —, — recherche de sens — ou — volonté de s’améliorer soi-même —. » [5]
À l’époque de la Révolution américaine, le développement et le fonctionnement des loges maçonniques répondent au désir d’un rapprochement social, intellectuel, scientifique et religieux entre les hommes de la société américaine tout en restant fidèle à l’obligation de croyance en Dieu. Les deux singularités de la franc-maçonnerie des États-Unis sont l’absence de « Grande Loge Nationale », chaque état possédant une Grande Loge souveraine indépendante édictant chacune ses propres règles et l’existence parallèle de deux systèmes indépendants, l’un pour les Blancs et l’autre pour les Noirs [5].
Les « ateliers symboliques » américains, issus des différentes Grandes Loges européennes, héritent de leurs rituels maçonniques. Contrairement aux Loges Européennes, les délais entre l’initiation et la maîtrise sont rapides, quelques mois seulement. Les loges états-uniennes se réunissent une fois par mois [5].
Aux États-Unis, « L’essentiel des séances, ou « tenues », était consacré aux tâches rituelles : votes concernant l’admission de nouveaux candidats ; présentation des visiteurs ; punitions à infliger aux contrevenants ; secours à apporter aux frères dans le besoin, aux veuves et aux orphelins ; passage des degrés et récitation des catéchismes maçonniques. Cependant, il arrivait aussi qu’on débatte de grandes questions et les minutes font souvent état de conférences mais sans jamais en indiquer le thème. Les discussions politiques étaient, en principe, interdites et l’on ne pouvait aborder dans les loges que des sujets d’ordre scientifique, philosophique ou éthique... Dans toutes les loges, de quelque obédience qu’elles fussent, régnait une grande liberté d’expression et de discussion ; cette liberté était ordonnée et ritualisée et avait pour corollaires la tolérance et l’ouverture aux autres. » [6]

Les recherches effectuées aux États-Unis ont permis d’établir qu’Andrew Taylor Still fut initié dans la loge N° 23 de Palmyra le 12 février 1868 comme Apprenti. Le 18 mars 1868, il devient Compagnon et le 1er juillet 1868, Maître.
Il est « en sommeil »  [Sommeil : ce terme s’emploie d’une façon traditionnelle pour designer un maçon désireux de renoncer à son activité pour des raisons quelconques, mais qui ne désire pas rompre avec l’Ordre ou son bédience. Un maçon peut également être mis en sommeil par son atelier ou son obédience.] le 10 août 1875.
Son déménagement à Kirksville avec sa famille en est sans doute la cause. De plus, durant la période de septembre 1876 à juin 1877, ATS souffre d’une sévère attaque de fièvre typhoïde l’empêchant de travailler : « Pendant ce temps, mes finances étaient au plus bas. Les temps devinrent très durs et il devint très difficile pour mes garçons et moi de satisfaire même les demandes familiales. » [1].
Selon Raynesford, diplômé en ostéopathie et membre de la Tyrian Lodge #246, AF&AM [Ancient Free and Accepted Masons] du Kansas, « L’histoire raconte aussi que les concepts radicalement nouveaux du Dr Still surent largement rejetés par les dirigeants et membres de sa communauté, à tel point qu’il fut même évincé de l’Église Méthodiste et de la Loge maçonnique dont il était membre. L’ostracisme dont il était victime devint si sévère qu’il décida de quitter Baldwin pour Kirksville, la ville de son enfance. ››. En 1878, il retourne au Kansas pour soigner quelqu’un dont il s’était occupé dix ans plus tôt.

Il est à nouveau inscrit à la Loge Maçonnique de Palmyra le 4 juin 1879.
Dès 1880, il voyage au Missouri : « En 1880, j’allai à Wadesburgh, dans le comté d’Henry, dans le Missouri. Je commençai alors à prouver mon travail. Je traitai à Clinton, Holden, Harrisonville et autres endroits jusqu’à peu près 1886. Cette année-là, je visitai Hannibal, Palmyra, Rich Hill, Kansas City et autres endroits. Finalement il y eût tellement de travail que je décidai de demeurer dans un seul endroit et de laisser les patients venir à moi. Ainsi, j’abandonnai le voyage et demeurerai à Kirksville, comté d’Adair, dans le Missouri, pour enseigner, traiter et construire une institution [...] » [1].
Il se met à nouveau en « sommeil maçonnique » le 20 janvier 1886.

Il n’y a aucune trace d’Andrew Taylor Still dans les Loges du Missouri, ni même dans les deux Loges actives à Kirksville de 1880 à 1920. (Kirksville Lodge n° 105, chartered le 26 mai 1864 et Adair Lodge n° 336, chartered le 13 octobre 1881) Selon Raynesford, les comptes-rendus des séances de la Loge Palmyra ont brûlé lors de l’incendie du bâtiment qui l’abritait. Nous n’avons donc aucune indication quant à l’objet de ces réunions. Les séances maçonniques s’effectuaient une fois par mois et si l’on retire les réunions purement rituellistes comme celles des solstices, des initiations, des ouverture et fermeture ainsi que les congés des mois de juillet et d’août, il reste environ cinq séances potentielles où il y aurait eu partages et discussions. Nous ne pouvons donc pas affirmer que l’appartenance d’ATS à la franc-maçonnerie lui a donné la possibilité d’être en contact avec d’autres mouvements de pensées. Par contre, il est possible que la croyance au Grand Architecte de l’Univers lui ait permis d’évoluer dans un espace moins dogmatique et moins puritain que le méthodisme. Cet espace de liberté a peut-être été un élément déterminant dans sa réflexion intellectuelle et scientifique. Les discussions, en salle humide [Salle humide : Lieu convivial où se retrouvent les Frères maçons après leurs tenues.], lui ont sans doute donné la possibilité d’exprimer ses nouvelles idées qui, selon Raynesford, furent très critiquées même au sein de la franc-maçonnerie.

ATS mentionne fréquemment dans ses quatre livres « L’Architecte de l’Univers » terme maçonnique par excellence, avec ses qualités de mécanicien et de mathématicien, si chères à ATS.
« Je fais cette affirmation à partir de ma confiance en l’absolu pouvoir mathématique de l’Architecte Universel. J’ai la même confiance en Son exactitude et en Son aptitude à créer, armer et équiper la machine humaine pour qu’elle puisse fonctionner du berceau à la tombe. Il l’a armée et équipée de tout ce qui est nécessaire pour le voyage d’une vie entière, de l’enfant au septuagénaire. » [1].
« Chaque trait du Maître Architecte de l’univers, montre une preuve d’intelligence et Son œuvre est absolue. » [1].
« […] le Grand Architecte a placé en l’homme tous les procédés de la vie, à leur emplacement correct. Au sein du corps, il a placé la force motrice avec tous les pouvoirs de la vie. La nature a été suffisamment clairvoyante pour placer en l’homme tout ce que désigne le mot remède. » [1].


 Le 22 juin 1874


Le 22 juin 1874 représente, pour ATS, le jour de la révélation du principe ostéopathique. Après toutes ces années de questionnements et de recherches, « Le 22 juin 1874, à dix heures, pour la première fois, je découvris le bouillon de la liberté [...] » [1].
« Il en résulta qu’en 1874, je hissai le drapeau de l’ostéopathie, proclamant que “Dieu est Dieu et la machinerie qu’Il a placée en l’homme est parfaite” » [1].
« […] qui a découvert l’ostéopathie ? Il y a vingt-quatre ans, le vingt-deuxième jour de juin, à dix heures, je vis une petite lumière à l’horizon de la vérité. D’après ce que j’ai compris, elle fut placée dans ma main par le Dieu de la nature. » [1].
« En l’année 1874, j’ai proclamé qu’une artère perturbée marquait le commencement permettant tôt ou tard à la maladie de semer ses germes de destruction dans le corps humain. » [1].
Pour ATS, l’origine du disfonctionnement créant la maladie est « l’artère perturbée ».
« Le souci de l’ostéopathe est de savoir comment trouver les causes des maladies et où est situé l’obstacle qui empêche le sang de circuler normalement. » [3].
Cette théorie nouvelle est très critiquée par son entourage.
« On m’a traité de cinglé [...] On m’a traité d’impie. » [1].
« Vous auriez été honteux du genre humain ou de tout autre animal à deux jambes si vous aviez entendu les prières envoyées par les hommes et les femmes pour sauver mon âme de l’enfer. Lorsque je sollicitai le privilège d’expliquer l’ostéopathie à l’université de Baldwin, les portes de la structure que j’avais aidée à construire se fermèrent devant moi. » [1]
ATS décide alors de quitter le Kansas pour Kirksville dans le Missouri. Il voyage beaucoup dans le nord-est de cet État [Comté d’Henry, Hannibal, Macon, Warrensburg, Rich Hill, Nevada, Palmyra au Missouri.] et y développe « une belle clientèle » [1]. Grâce à ses pratiques, sa théorie mûrit progressivement. Le premier cours d’ostéopathie est donné le premier novembre 1892. Sur la charte de l’école, on peut lire : « […] surpassez les vielles théories. » [3].


 Influences des différents mouvements de pensées
cités par Andrew Taylor Still


Le mesmérisme

Définition

Franz-Anton Mesmer
(1734-1815)

[Photo de Franz-Anton Mesmer (1734-1815), source Wikipédia. - Note du Wegmestre]

Mesmer est né près de Vienne en 1734. Docteur en philosophie, en théologie, ayant fait des études de droit, il est promu docteur en médecine en 1766. Il découvre les effets curatifs de l’aimant en 1774 et grâce à ce qu’il appelle le « magnétisme minéral » obtient des guérisons inouïes. Rapidement, il s’aperçoit que l’aimant est complètement superflu et magnétise ses patients sans aucun instrument : le soulagement est identique. Il explique ce phénomène par le « magnétisme animal ». En 1784, une commission extraordinaire critique sévèrement cette pratique et la dénonce comme charlatanisme. En 1841, James Braid, chirurgien écossais, découvre le magnétisme animal et pose les bases scientifiques de ce qu’il nommera l’« Hypnose » [7].

Andrew Taylor Still et le mesmérisme

James Braid (1795-1860),
inventeur de l’hypnose

[Photo de James Braid (1795-1860), source Wikipédia - Note du Webmestre]

« [...] certaines personnes pensent que je suis mécréant, une sorte d’hypnotiseur, de mesmériste ou quelque chose du genre. Ôtez ce fatras de votre esprit maintenant et pour toujours. » [1].

« D’autres pensent qu’il s’agit [l’ostéopathie] d’une sorte de chamanisme magnétique. Elle n’est rien de tout cela ; elle est fondée sur des principes scientifiques. » [1].

« Si vous me considérez comme mesmériste, une grande dose d’anatomie pourrait chasser cette pensée. » [1]. Pour ATS, l’ostéopathie est scientifique et requiert la connaissance de l’anatomie. Elle n’a rien à voir avec le magnétisme.

Le Scientisme Chrétien

Mary Baker Eddy
(1821-1910)

[Photo de Mary Baker Eddy (1821-1910), source Wikipédia. Note du Webmestre]

Mary Baker Eddy naît en 1821 dans le New Hampshire aux États-Unis. Sa santé est très fragile et les différentes méthodes de guérison de l’époque ne lui sont d’aucun soulagement.

À 41 ans, elle rencontre un grand disciple de Mesmer qui pratique sa propre méthode, Mind Cure, basée sur la suggestion et l’autosuggestion. En une seule séance, Mary Baker est guérie !
En 1870, elle découvre sa mission : évangéliser et enseigner sa doctrine de « l’inexistence de la maladie ».

Le raisonnement de Mary Baker Eddy est le suivant : l’homme est divin ; Dieu est le bien ; Dieu n’est lui-même jamais malade ; comment son image, miroir vivant de la bonté divine, pourrait-elle être souffrante ? Par conséquent, le mal ne peut pas réellement exister ; tout ce qui est maladie, vieillesse et mort, n’est pas une réalité, mais bien une apparence trompeuse, une représentation mentale ; celui qui a reconnu cela ne peut plus être atteint d’aucune maladie ni être tourmenté par aucune souffrance. [20]
Toute science terrestre (médecine, physique, pharmacologie) est considérée par Mary Baker Eddy comme une erreur et une « absurdité inutile ». Le seul médecin dont elle reconnaît la méthode est le Christ ; les autres médecins, par le fait d’exister, engendrent la maladie au lieu de la guérir. Elle fonde la Christian Science avec un succès retentissant dans le monde entier [7].

Andrew Taylor Still et le scientisme chrétien

« Si, parce que je dénonce les drogues, vous me prenez pour un scientiste chrétien, retournez chez vous, prenez une dose de raison et débarrassez-vous de telles notions. » [1].
« [...] d’autres qu’il s’agit de — guérison par la foi —. Pour ma part, je n’ai aucune — foi —, je désire seulement que le fondement soit la vérité. » [1].
ATS ne s’oppose pas aux médicaments car il adopte la pensée du scientisme chrétien, mais bien parce qu’il a observé les effets désastreux de ceux-ci. Il estime que leur usage n’a pas de fondement scientifique au sens théorique du terme car les drogues ne soignent que les symptômes. L’usage des médicaments ne correspond pas à sa croyance de perfection originelle du corps par Dieu : au sein de ce corps parfait se trouvent tous les éléments chimiques utiles au rétablissement de l’harmonie.
[...] je souhaite dire que j’ai abandonné la médication en tant que guérison, parce que j’ai trouvé, à partir d’une longue expérience et à ma propre satisfaction, que l’homme médical ne saurait prétendre au titre de scientifique. » [3].

L’homéopathie

Christian Frédéric
Samuel Hahnemann

(1755-1843)

[Photo de Christian Frédéric Samuel Hahnemann (1755-1843), source Wikipédia. Note du Webmestre]

Christian Frédéric Samuel Hahnemann naît en 1755 à Meissen en Saxe. Il étudie la médecine à Leipzig et devient docteur en 1779. Déçu par la médecine de l’époque, il se retire de la pratique médicale pour chercher une nouvelle approche. Il élabore alors le principe de « guérison par les semblables », base de la pratique homéopathique.

Pour Samuel Hahnemann, la maladie résulte d’une altération de la « dynamis » c’est à dire « du principe vital ». Ce déséquilibre de « l’énergie vitale » se manifeste par des symptômes et des signes constituant le « tableau symptomatologique » du malade. Les drogues, elles aussi, perturbent l’énergie vitale et sont ressenties par l’organisme comme des poisons. L’intoxication médicamenteuse produit donc elle aussi un tableau symptomatologique. En comparant les tableaux des intoxications à ceux des maladies, Samuel Hahnemann établit son principe de similitude : « Toute substance, capable de provoquer chez l’homme sain un ensemble de symptômes, guérira, s’il y est sensible, le malade affligé du même ensemble de symptômes. » [8].

Andrew Taylor Still et l’homéopathie

ATS considère chaque médicament, même à dose infinitésimale, comme une drogue. Il fait confiance au Dieu de perfection ayant placé tous les remèdes en l’homme et rejette donc toute ingestion médicamenteuse, y compris homéopathique.
« L’homéopathie a réduit les doses de drogues et, de la même manière, l’allopathie a trouvé possible de continuer avec moins de ces produits de mort. Chaque étape qui marque l’abandon ne serait-ce que d’un grain de drogues, développe l’esprit qui voit plus de Divinité et moins de drogues. » [1].
« L’ostéopathie n’a aucun besoin d’être aidée par l’allopathie, l’homéopathie, l’éclectisme ou tout autre système. » [3].
« Aucune pratique homéopathique avec ses pilules dragéifiées ne devrait être autorisée à salir ou polluer notre nom. » [1].

L’éclectisme

[Photo de Wooster Beach. Source : Southwest School of Botanical Medicine (format pdf) - Note du Webmestre].

L’éclectisme est une médecine fondée par Wooster Beach en 1830. Il associe la médecine traditionnelle amérindienne, basée sur les bains de vapeur, plantes purgatives, émétiques et stimulantes, avec les connaissances physiopathologiques de l’époque.

Andrew Taylor Still et l’éclectisme

« Pendant trente ans, j’ai vu à l’œuvre des systèmes longtemps protégés, d’une ignorance stupéfiante, criminelle, appelés allopathie, homéopathie, éclectisme, tous, sans exception, utilisant les drogues. Pourquoi sont-ils criminels ? Une fois que j’étais absent de la maison, un de mes fils eut un accès de fièvre. Un allopathe vint avec ses médicaments. Il croyait en les toniques, sédatifs, et beaucoup d’autres petites choses. Que fait l’éclectisme ? Il croit en ses purgatifs, ses transpirations, ses vomissements et ses brûlures ; il croit en ses seringues hypodermiques. Il les utilise et ainsi fait l’homéopathie. » [1].
Dès qu’il y a apport de drogues, ATS considère cette médecine comme ignorante et criminelle. ATS méprise toutes les autres médecines. Il respecte le médecin, mais condamne sévèrement sa thérapeutique.
« Les médecins ont traité la maladie du mieux qu’ils ont pu, avec des méthodes que l’usage de l’époque voulait les meilleures, malgré les échecs et la grande mortalité dus à leurs systèmes de traitement. » [3].

Le Darwinisme

Charles Robert Darwin
(1809-1882)

[Photo de Charles Robert Darwin (1809-1882), source Wikipédia. Note du Webmestre]

Dans ses quatre livres, ATS ne parle pas de Darwin lui-même. Il cite à deux reprises l’expression « protoplasme darwinien ». Le protoplasme est la substance vivante se trouvant à l’intérieur de la cellule, c’est-à-dire le cytoplasme et le nucléoplasme. Charles Darwin et ses contemporains voyaient le protoplasme comme l’unique contenu de la cellule. En d’autres termes, les cellules n’étaient rien d’autre que des « gouttes composées de protoplasme ».
« Nous le découvrons travailleur habile et non — atome de vie, germe vivant de protoplasme. — » [3].
« Il est un homme adroit et non — un atome de vie, un germe vivant de protoplasme —. L’homme ; Mais qui le fit ? Certains diront — Dieu —. D’autres penseront que si Dieu a quelque chose à voir dans la création de l’homme — lui ou la loi générale par laquelle l’homme fut créé — il plaça dans son composé vital, l’essence d’une construction parfaite, celle-ci envahissant l’univers entier des mondes et des êtres. » [3]. Selon ATS, l’homme n’est pas que du protoplasme car Dieu y « plaça son composé vital, l’essence d’une construction parfaite ». Fidèle à son principe de perfection du corps humain, ATS n’abandonne pas sa croyance créationniste et ne parle même pas de la théorie de l’évolution et nous n’avons trouvé aucune trace du terme « vitalisme » [Vitalisme : doctrine d’après laquelle il existe en tout individu un « principe vital » distinct de l’âme pensante comme de la matière.] dans les quatre ouvrages de Still.


 Traits de caractère d’Andrew Taylor Still


Dans sa thèse de doctorat en médecine, Alain Abehsera définit ATS comme un « hyperrationaliste », « paraît être un panthéiste [Panthéiste : en philosophie, doctrine selon laquelle Dieu se confond avec la nature, divinisation de la nature.] assez résolu », « Still est iatrochimiste et vitaliste par démission », « Il sera donc de cœur et de pratique un iatromécaniste. » [9].
La tentation est toujours grande de vouloir cataloguer un individu dans certains mouvements de pensées. En faisant de la sorte, nous avons sans doute l’impression de mieux le définir, le cerner et le comprendre. Cette attitude limite pourtant l’individu à une quantité de termes en « iste » qui ne sont pas toujours le reflet de son individualité. Certains traits de son caractère vont influencer son œuvre. Les plus déterminants nous semblent être :

Persévérant

« Pendant vingt-deux ans, j’ai examiné les parties de la mécanique humaine […] » [1].

Déterminé :

« Je n’ai pas seulement œuvré à soulager et traiter le malade, j’ai également constamment gardé les yeux ouverts à la recherche de quelque défaut se manifestant dans l’œuvre de la nature, dans son objet, son plan, sa spécification, sa construction et son génie ; jusqu’à présent, je n’ai pas réussi à découvrir la moindre imperfection » [1].

Selon ses quatre livres, ATS nous apparaît plutôt comme un homme direct, authentique, un

Observateur :

« Pendant trente-cinq ans, j’ai peiné pour me familiariser avec la forme exacte de chaque os appartenant à la charpente de l’ensemble du corps. J’ai non seulement prêté attention à la forme de chaque os, mais également à la raison pour laquelle il diffère, dans sa forme et son action, de tous les autres os ; à ses exacts emplacements et articulations, de sorte que, lorsqu’il est déplacé, je sais exactement où est sa place, et comment le ramener à la position octroyée par le concepteur. Pendant des jours, des mois et des années, j’ai examiné et discriminé les positions normales et anormales de tous les os de l’ensemble du système. Grâce à cette étude détaillée, j’ai constitué dans mon esprit une image perpétuelle de chaque articulation au sein de la charpente du corps humain. » [3].

Critique :

« Pendant trente ans, j’ai vu à l’œuvre des systèmes longtemps protégés, d’une ignorance stupéfiante, criminelle, appelés allopathie, homéopathie, éclectisme, tous, sans exception, utilisant les drogues. » [1].

Il raisonne :

« Ma boussole, c’était la raison [...] » [1].

En tant que mécaniste :

« La pensée la plus sublime de ma vie concerne la mécanique et les œuvres telles que je les découvris dans l’édifice humain, accomplissant fidèlement toutes les fonctions connues […] » [1].

Il émet un postulat :

« Lorsque je brandissais ce petit drapeau (ostéopathie), il n’était pas bien grand, mais je décrétai [c’est nous qui soulignons] de ne jurer toute ma vie que par l’éternel Dieu et par Son œuvre. » [1].

Et recherche l’élément justifiant son postulat...

« C’est à ce moment-là que je me convainquis de l’existence d’autre chose, plus sûr et plus fort que les drogues, pour vaincre la maladie, et que je jurai de le chercher jusqu’à ce que je le trouve. » [1].

Et il le trouve !...

« En 1874, j’adoptai le point de vue selon lequel le sang vivant essaime des corpuscules vivants qui sont transportés vers toutes les parties du corps. En entravant ce courant de sang, on quitte la rivière de la vie pour entrer dans l’océan de la mort. Voilà ma découverte. » [1].

Cette démarche est loin d’être scientifique.

Quels sont les éléments majeurs ayant influencé sa démarche ?

  • Sa croyance en la perfection divine

« J’aime Dieu parce que Ses œuvres sont parfaites et dignes de confiance. » [1].

  • Ses observations de la nature

« J’ai acquis un savoir à l’université de la nature […] » [1].

  • De la haute toxicité des drogues de l’époque

« L’allopathie a ruiné des nations, elle a établi des bars à whisky, des fumoirs à opium, des asiles d’aliénés, elle a créé des mères dénudées et des enfants affamés, et elle ose encore crier bien fort : – Venez à moi et je vous donnerai la paix. J’ai de l’opium, de la morphine, et du whisky au tonneau. –. » [3].

La mort de ses enfants qui nous semble être l’élément clef de sa vie. Suite à cet événement dramatique, il pose son postulat.

Comment se place-t-il par rapport aux courants de pensée qu’il cite ?

Il les rejette

« Ôtez ce fatras de votre esprit maintenant et pour toujours. » [1].
« Je ne vous demande pas seulement, je vous ordonne de vous rappeler que l’ostéopathie, en tant que science, est complètement indépendante de toutes les autres théories. » [3]. « J’ai exploré en lisant et en décortiquant beaucoup d’écrits sur des sujets de même nature, espérant trouver quelque chose sur cette grande loi, écrit par des philosophes anciens, mais j’en suis revenu les mains aussi vides qu’au départ. » [1].

Quelles sont alors les sources qu’il reconnaît ?

  • Dieu
    « Dieu est le Père de l’ostéopathie et je n’ai pas honte de l’enfant de sa pensée. » [1].
  • et l’expérience
    « Je ne citerai aucun auteur, je me référerai seulement à Dieu et à l’expérience. » [3].

Selon ATS, qu’est-ce qu’un ostéopathe ?

« Un ostéopathe va, avec ses seules mains, solitaire. Et en quoi place-t-il sa confiance ? En premier, dans l’intelligence et l’immuabilité de Dieu. » [1].
« L’ostéopathe est un machiniste qui vérifie et qui ramène les parties endommagées dans leur condition première. La nature fait le reste. » [3].
« […] par l’ajustement normal de la charpente osseuse, l’ostéopathe recherche la perfection physiologique dans la forme, de sorte que les artères puissent délivrer le sang nécessaire à nourrir et construire toutes les parties ; également pour que les veines puissent emporter toutes les impuretés ce qui conditionne la rénovation ; également que les nerfs de toute sorte puissent être libres et non obstrués en appliquant les forces de la vie et du mouvement à toutes les divisions et à tout le système du laboratoire de la nature. » [4].

Ce développement schématique n’a pas l’intention d’être réducteur de la pensée ni de l’individualité d’ATS. Il nous semble être le reflet des fondamentaux de sa pensée.


 Conclusion


Par notre travail, nous avons voulu apporter un éclairage objectif sur le personnage d’ATS.

Il reste encore des zones d’ombres :

Quelle était la pratique médicale des Indiens Shawnees ? Pratiquaient-ils des manipulations articulaires et tissulaires ? Quel était l’impact réel de la franc-maçonnerie sur la pensée d’ATS ? La difficulté pour obtenir des informations à ce sujet requiert sans doute des recherches « sur place » par un franc-maçon.

L’enquête reste ouverte...


 Références


1. STILL AT. Autobiographie. Vannes (France) : Sully ;1998.
2. HEFFER J. L’union en péril : la démocratie et l’esclavage (1829-1865). Nancy (France) : Presses universitaires de Nancy ;1987.
3. STILL AT. La philosophie et les principes mécaniques de l’ostéopathie. Paris : Frison-Roche ;2001.
4. STILL AT. Ostéopathie recherche et pratique. Vannes (France) : Sully ;2001.
5. GALCERAN S. Les francs-maçonneries, repères. Paris : Editions La Découverte ;2004.
6. VINCENT B, MARIENSTRAS E. Les oubliés de la Révolution américaine ; Femmes, Indiens, Noirs, Quakers, francs-maçons dans la guerre d’indépendance. Nancy (France) : Presses universitaires de Nancy ;1990
7. ZWEIG S. La guérison par l’esprit. Paris : Le livre de Poche ;2005.
8. BUSCHAUER W. Homéopathie, parachèvement de la médecine hippocratique. Sainte-Ruffine (France) : Maisonneuve ;1998.
9. ABEHSERA A. Andrew Taylor Still, l’Ostéopathie à ses débuts, histoire et principes [Thèse]. Université Paris Nord : Faculté de médecine de Bobigny ;1985.

Le Site de l’Ostéopathie remercie particulièrement les auteurs et la Rédaction d’ApoStill de nous avoir autorisé à publier cet article.



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