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L’ostéopathie (enfin) expliquée scientifiquement

Pierre Renaudeau Ostéopathe D.O. - 2019
Créé le : samedi 14 décembre 2019 par Pierre Renaudeau

Dernière modificaton le : samedi 14 décembre 2019

Depuis la première journée de la première session de première année d’ostéopathie, après avoir fait connaissance spontanément avec le MRP, contesté, mais si utile, ressenti au niveau du pied entre cuboïde et scaphoïde, nous fut présentée la lésion ostéopathique. Fort bien présentée, d’ailleurs, avec ses paramètres que nous connaissons tous, asymétriques dans l’élasticité aux tests. Mais ensuite, fort de ces deux éléments majeurs, je n’eus de cesse que de trouver les réponses aux questions : Mais comment ça fonctionne ? Pourquoi il y a restriction ? Pourquoi ça se corrige ? Pourquoi de plusieurs façons différentes ? Pourquoi plusieurs écoles ?

Autant de questions fondamentales car l’incompréhension des mécanismes de base de la lésion ostéopathique a toujours joué un mauvais tour à l’ostéopathie, elle s’est divisée, fonctionnelle par ci, structurelle par là...

Ce n’est qu’en 2004 qu’un chercheur en biologie, Robert Schleip (université d’Ulm), viendra éclairer notre lanterne par ses découvertes. Il a changé radicalement ma façon de voir mon métier, l’ostéopathie.

Et si, au final, tout le monde avait raison ? A condition de tourner un peu son regard là où porte la lumière de ce chercheur, ce rêve n’en est peut-être pas un.

 Définitions

En 2019 la profession ostéopathe bute toujours sur un problème de statut. Ce n’est pas une profession médicale. Pourtant elle soigne des patients et prend en charge leur santé. Elle s’est d’ailleurs dotée d’un code de déontologie.

D’après le Larousse, déontologie médicale, puisque tel est le but, comprend l’ensemble des règles qui régissent la conduite du médecin à l’égard de ses malades, de ses confrères ou de la société. Parmi ces règles, l’une souvent évoquée dans les affaires de justice est « l’obligation de procurer aux patients les meilleurs soins en conformité avec les données actuelles de la science. »

Or l’ostéopathie, construite sur des constatations empiriques, ne sait toujours pas en 2018 expliquer la nature biologique exacte de la lésion ostéopathique, transformée au passage par des tractations professionnelles de circonstance en dysfonction somatique. Si la lésion ostéopathique a le mérite de se référer à quelque chose de précis, elle reste une dénomination non scientifique, empirique, l’ostéopathie, médicalement parlant (source Dictionnaire médical Masson 6° édition 2009), étant une pathologie de l’os : (Sens 1 :Terme générique désignant toute affection des os. Source Dictionnaire médical Masson 6° édition 2009). Le concept doit donc être exploré et éclairé, approfondi, nous verrons plus loin que c’est possible. Quant à la dysfonction somatique, c’est un terme à l’allure scientifique mais signifiant tout, aussi bien une grippe, qui est une dysfonction du corps à cause d’un virus, qu’une fracture du fémur, qui est un dysfonctionnement (porter le poids du corps) de l’os après un traumatisme. D’après le Dictionnaire médical Masson 6° édition 2009 Dysfonction : Toute anomalie ou perturbation d’un organe et somatique : Qui se rapporte ou qui appartient au corps. Ce qui signifie tout ne signifie rien. Avec cette expression, l’ostéopathie s’est éloignée du statut médical.

Par contre, si un scientifique nous apporte sur un plateau l’explication physiologique et biologique de ce phénomène que nous traitons tous les jours, la lésion ostéopathique, alors le sens déontologique nous contraint par nature à intégrer ces données dans notre pratique et nos conceptions pour nous acheminer vers le statut médical.

Or, en 2003, un scientifique publie des résultats surprenants sur les fascias, terme englobant tous les tissus conjonctifs de liaison : (définition adoptée par https://www.revue.sdo.osteo4pattes.eu/spip.php?article2317 article Wiley Online Library - Nomenclature fasciale : Mise à jour sur le processus de consensus connexe, traduit par JL Boutin sous le vocable système fascial).

Robert Schleip est un chercheur en biologie, dirigeant un projet de recherche sur les fascias au sein de l’université d’Ulm. Ce projet développé sur quinze ans voit ses résultats publiés sous la forme d’un pdf intitulé : « Plasticité fasciale, une nouvelle explication neuro biologique », en deux parties.

Que nous apprend ce chercheur ?

1 Le tissu conjonctif, fascia, est parsemé de capteurs mécano sensibles, en faisant un permanent et efficace vigile de la forme du corps.

2 Le tissu conjonctif est innervé par le système nerveux sympathique. Peu connu ou considéré, ce système gère les « états d’urgence » du corps, La déformation violente des accidents en faisant partie.

3 La cerise sur le gâteau est que le tissu conjonctif est implanté de cellules musculaires lisses de petite taille qui n’avaient jamais été répertoriées auparavant eu égard à leur faible dimension. Activées elles aussi par le système nerveux sympathique. Le tissu conjonctif est donc contractile.

À la première lecture de ce travail très précis, la lésion ostéopathique cesse d’être un mystère, tel la « dysfonction somatique », notion vague et non scientifique. Notons également que ces données nouvelles ont été publiées 4 ans avant l’officialisation de l’ostéopathie en France, qui a jusqu’ici « choisi » de ne pas s’en servir. Et ce malgré la publication en aout 2012 de la première tentative de définition scientifique et médicale de la lésion ostéopathique, par l’auteur, sur le Site de l’Ostéopathie aujourd’hui fermé.

Maintien conjonctif

Par ailleurs, si nous nous penchons sur l’outil quotidien des ostéopathes, l’articulation, un fait important et purement physiologique est à souligner, c’est le tissu conjonctif qui solidarise les pièces osseuses entre elles, tout en intégrant en leur centre les surfaces de glissement articulaire, le tout permettant la liaison dans la mobilité. Le genou par exemple, est maintenu par un pont périphérique fémoro-tibial et fémoro-fibulaire fibreux. Sans son appareil fascial de maintien, notre poignet serait en perpétuelle dislocation. Le tissu conjonctif est donc incontournable dès qu’on parle d’articulation.

Les conséquences des découvertes de Robert Schleip, partant du constat que le tissu conjonctif est omniprésent dans le maintien articulé du corps, sont très importantes. En effet, le tissu conjonctif, fibreux, nous le savons maintenant, est sensible à la pression, à l’étirement et à la vitesse de déformation. C’est le rôle des capteurs mécano-sensibles. L’information est relayée par le système nerveux sympathique vers le cerveau primaire dont les zones concernées restent à découvrir, et qui renvoie vers le tissu conjonctif et ses cellules musculaires lisses des commandes de contraction. A quoi serviraient sinon des cellules musculaires ? Le tissu fascial est donc potentiellement un tissu actif, contractile, en réaction à un traumatisme, une contraction différente de celle des muscles... Ce sont deux systèmes neuro-moteurs différents. Le système forme un ensemble fonctionnel de gestion des déformations accidentelles plus que plausible. Ce serait donc selon ce modèle un tissu dynamique, actif et même réactif en permanence dans le maintien et la sauvegarde du corps. Nous verrons d’ailleurs plus loin comment il protège le corps de certains accidents.

Dans la fameuse situation de lésion ostéopathique vertébrale que nous connaissons tous, sur la photo, c’est l’opérateur qui maintient artificiellement L2 et L3 en position de latéroflexion droite, mais dans le corps, le seul tissu qui peut maintenir obstinément cette anomalie de façon active et permanente ce sont les fascias, les tissus fibreux y compris ceux des muscles , le filet fibreux (épipysium et périmysium, peut-être l’endomysium) qui parcourt l’intégralité des masses musculaires.

On peut considérer par corrélation des faits que c’est probablement le tissu fibreux qui assure le maintien entêté de la lésion ostéopathique.

Évolution éthique

Il est donc évident, selon le sens déontologique adopté par la profession, qu’après des découvertes scientifiques comme celles de R Schleip, il n’est plus possible de parler de dysfonction somatique, ni d’ostéopathie (pathologie de l’os), notions obsolètes au regard de la science, mais dont l’action, certaine, doit être redéfinie scientifiquement, donnant ainsi un accès potentiel à la qualité de profession médicale et scientifique.

 La constitution de la ...lésion ?

Une redéfinition s’impose au regard de ces nouveaux critères scientifiques.
La lésion ostéopathique n’est pas une lésion. En effet ce qui la constitue est réversible sous nos mains en quelques instants, ce qui ne répond pas aux critères médicaux d’une lésion, ou dommage tissulaire. Ce que nous soignons est un état d’un tissu actif, état réversible.

Ostéopathique ?

Et elle est encore moins ostéopathique, médicalement parlant, car il n’y a aucune lésion ni pathologie de l’os.
La notion ostéopathique nous vient d’Andrew Taylor Still, qui décrivait, aux temps de ses découvertes, « des os que nous voulons ajuster ».
Still Andrew Taylor. Ostéopathie. Recherche et pratique. Éditions Sully. 2001, p 35.

Ajuster (À Taylor Still)

Dans l’expression de Still, l’essentiel est en fait caché dans le mot ajuster.
C’est cet ajustement que nous testons, et qui se relâche entre nos mains.
Mais les os ne sont que les poignées pour le praticien, pour exécuter sa manœuvre.
Le « ajustement », ce qui relie, conjugue les organes entre eux, c’est le tissu conjonctif.

Les succursales du cerveau

D’ailleurs, Still, notre bon génie, décrira dans ses écrits plus tardifs, montrant par là sa pensée anticipative : « Quand nous traitons avec les fascias, nous sommes en liaison avec les succursales du cerveau ».
Still Andrew Taylor. Ostéopathie. Recherche et pratique. Éditions Sully. 2001.

Ou encore...

Le fascia [...] est l’homme matériel, et le lieu de résidence de son être spirituel. (Philosophy of Ostéopathy, 1899) http://osteo-chatelet.blogspot.com/2014/03/citations-dandrew-t-still-fondateur-de.html

Il exprime ainsi les découvertes et les liens fascias-cerveau-articulation de R Schleip plus d’un siècle auparavant.

Quant à la dysfonction somatique, ce n’est pas une dysfonction. Elle a été nommée ainsi à tort car elle gêne la physiologie normale du sujet. Ce n’est qu’une observation de surface. Somatique, enfin, concerne tout le corps et définit tous les troubles de la médecine. Ce qui définit tout ne définit rien. Impossible d’atteindre le niveau médical ainsi.

 Histoire de la lésion.

Maintenant, si vous voulez bien me suivre, permettez-moi de vous raconter une histoire, celle par laquelle commencent beaucoup de Troubles Musculo-squelettiques. Elle se produit en marchant, ce qui est pourtant une bonne idée, et nous prend toujours par surprise, c’est une clé importante. Observons donc ce qui arrive lorsque nous nous tordons la cheville...

Le temps du traumatisme

1 Dans cette entorse de la cheville, le sujet marche d’abord sur un caillou, un morceau de bois, dans un trou. L’effort rapide, forcé, accidentel provoque un étirement surprise pour une zone conjonctive, menacée.
2 Le plan fascial externe de la cheville est étiré violemment et envoie un influx nociceptif, un influx de douleur et de danger.

3 L’influx remonte le système nerveux. Le phénomène entre alors dans la phase neurologique de la lésion ostéopathique. Les afférences neurologiques informent dans l’instant la substance réticulée du danger.
4 La substance réticulée filtre effectivement le message comme « danger ». Elle a pour rôle d’éveiller et faire réagir l’organisme en cas de danger soudain, même en plein sommeil.
5 Le cerveau archaïque enregistre danger et déformation. Dans l’amygdale du cerveau.

Vient alors LA RÉPONSE NEUROLOGIQUE

Le système nerveux archaïque répond au danger par un ensemble de réactions concernant la zone étirée/menacée.

6 Le cerveau archaïque envoie un message à destination des fascias de la région en danger.
7 Le système sympathique achemine l’information de modification de forme.
8 Tout le système jambier modifie par relâchement et/ou contraction la forme de la cheville afin de la préserver d’une rupture ligamentaire. C’est là le rôle essentiel de la lésion ostéopathique.

Temps de contraction = La lésion ostéopathique

Le système neurologique sympathique relâche le ligament étiré, le ligament collatéral latéral de la cheville ou ligament latéral externe, diminuant son risque de rupture, mais contracte la région antagoniste (Ligament collatéral médial de la cheville dans ce cas).
LA LÉSION EST CONSTITUÉE, devient chronique, activée par le système nerveux sympathique, ET DEVIENT UNE CCCP. En termes médicaux et scientifiques : Contraction Conjonctive Chronique Post-traumatique (CCCP)

La notion d’AGONISME – ANTAGONISME mérite un temps de définition, car elle semble à priori s’appliquer au tissu conjonctif contractile, comme l’auteur a pu le constater sur plus de 13 000 patients, et comme l’évoque R Schleip dans ses travaux.
Bien connu en kinésithérapie, l’antagonisme décrit l’action de deux muscles ou groupes musculaires dont la contraction réalise l’action opposée l’un de l’autre (ex les fléchisseurs et les extenseurs du coude), et dont l’antagonisme actif est contrôlé par le système nerveux.

Lors d’un mouvement, qu’il soit d’extension ou de flexion, les deux groupes musculaires antagonistes sont contractés, activés par le système nerveux, le niveau le plus contracté activant le mouvement.

Les antagonistes du coude :

 Le biceps brachial fléchit le coude. Le triceps brachial étend le coude.

Anatomie : Tiré de Atlas De Antomia Humana Sobotta Vol 1 E Vol 2 https://archive.org/details/AtlasDeAntomiaHumanaSobottaVol1EVol2_201710/page/n187

Antagonistes au poignet.

Le brachio-radial (ancien long supinateur) est fléchisseur radial de l’articulation radio-carpienne et le muscle fléchisseur ulnaire du carpe (ancien cubital antérieur) est fléchisseur ulnaire (cubital) de la même articulation. La radio-carpienne, le poignet.
Ils sont antagonistes.
L’un crée l’abduction du poignet, l’autre l’adduction.

Antagonisme conjonctif

La notion d’antagonisme conjonctif est nouvelle et découle de l’innervation, motrice, du tissu conjonctif par le système nerveux sympathique.
Les tissus conjonctifs étant capables de se contracter, les groupes opposés (versus une articulation) ont donc vraisemblablement dans ce modèle une commande neurologique antagoniste, tels les ligaments latéraux médiaux (lat int) et latéraux(lat ext) de la cheville. Leur comportement est à priori neurologiquement couplé. Cette hypothèse est d’ailleurs évoquée par R Schleip et son équipe dans le pdF « Plasticité fasciale, nouvelle explication neuro biologique ».

Dans notre exemple de la cheville, La tension de contraction conjonctive des ligaments latéraux de la cheville maintient un centrage élastique (et dynamique) de l’articulation, centrage aux paramètres habituels connus, en l’absence de lésion ostéopathique ou CCCP.

Voyons maintenant quelles sont les conséquences mécaniques fonctionnelles de la lésion ou contraction conjonctive chronique post traumatique. CCCP.

Les effets dynamiques de la lésion ostéopathique sur l’articulation de la cheville, ici une cheville gauche vue de l’arrière en coupe frontale, sont liés à un resserrage actif du ligament collatéral médial (ligament latéral interne) associé à un relâchement actif du ligament collatéral latéral, lui permettant de s’étirer lors de l’accident.

La dynamique est modifiée vers un décentrage interne, en varus, entraînant par sa fréquence une descente traction plus fréquente sur la fibula (péroné) venant tirer régulièrement sur le ligament collatéral latéral du genou. Nous verrons plus loin comment se colporte ainsi la lésion.

La disparité

Une fois constituée, cette CCCP ou Contraction Conjonctive Chronique Post traumatique va enfin permettre de comprendre l’apparition de cette disparité mentionnée par les praticiens manuels, toujours base de référence mais jamais expliquée scientifiquement.

La différence de contraction des ligaments latéraux de la cheville va être ressentie à l’étirement par le praticien (au moment du test ostéopathique) comme une différence d’élasticité entre les mains du thérapeute. Mais c’est en fait, scientifiquement parlant, une différence de contraction réactive au test. Il n’y a aucun changement de substance ou de nature du tissu fibreux. La densification évoquée fréquemment, n’existe pas en tant que changement physique, c’est un réflexe neurologique, asymétrique, une réaction de protection réitérée à l’infini par le système nerveux sympathique en guise de réponse face à ce qui est ressenti par le cerveau comme une énième répétition de l’accident initial à l’origine de la lésion ou CCCP.

Contrairement aux modèles classiques de l’ostéopathie, ce modèle neuro-réactif explique parfaitement les constatations de R Schleip selon lequel les lésions disparaissent sur le sujet anesthésié, de par l’inactivation du système nerveux périphérique.

Conséquences loco-régionales

Dans la lésion ostéopathique ou CCCP consécutive à une entorse de la cheville, la disparité, réflexe répété par le système nerveux à chaque mouvement de l’articulation, va se répéter. Dans le cas de la cheville, ici gauche vue de l’arrière, le calcanéum embarque plus fréquemment par sa bascule le ligament collatéral latéral de la cheville vers le bas (1), tirant la fibula vers le bas (2), celle-ci tirant le ligament collatéral latéral du genou vers le bas (3), obligeant le genou à pivoter plus fréquemment sur son compartiment externe et à user de glissement sur le compartiment interne, perturbant à la longue le ménisque interne, qui est plus fragile aux glissements.

C’est tout l’appareil fascial jambier tibio-fibularien (4) qui maintient dynamiquement l’ensemble du complexe lésionnel.

 La chaine lésionnelle

Les tissus fibreux au-dessus du ligament collatéral latéral du genou vont également répondre par des contractions fibreuses aux modifications dynamiques sous-jacentes et créer des tensions quasi permanentes sur les points d’ancrage de la bandelette de Maissiat, externe à la cuisse et la partie fibreuse du long biceps, les deux paramètres associés assurant une quasi permanente rotation postérieure de l’iliaque de par l’insertion de ces deux nappes fibreuses sur l’aile iliaque, bascule externe, et l’ischion, bascule postérieure.

C’est ainsi que la cheville et son entorse vont engendrer une gêne à la sacro-iliaque, entrainant elle-même une gêne du sacrum, et des disques L5-S1 et L4-L5, nous entrainant déjà dans l’histoire des TMS et des rachialgies.

C’est ce type de modification fonctionnelle loco-régionale qui initie ce que nous appelons en jargon ostéopathique la chaine lésionnelle.

Le fonctionnement régional est sans arrêt modifié et, le tissu conjonctif étant gouverné par le système nerveux sympathique, il s’agit en fait d’une chaine réactionnelle pour adapter le reste du corps dans les besoins incompressibles de la posture, de la marche, de la course... et du sport.

 Le rôle méconnu de la lésion

Mais, me direz-vous, car je me suis aussi posé la question, à quoi ça sert de se faire des lésions ostéopathiques ou Contraction chronique conjonctive post traumatique ?

Tout tient au traumatisme, et à la survie, depuis des millions d’années. Lorsque les amphibiens sont sortis de l’eau pour marcher sur la terre, des contraintes mécaniques inédites se sont exercées sur leurs membres. Que ce soit en marchant en terrain inégal ou en courant pour échapper à un danger, il y a toujours possibilité de se tordre la cheville.

Lorsqu’un membre d’un animal se tord, il y a un risque de rupture des ligaments concernés si l’effort est supérieur à la résistance mécanique des tissus fibreux malmenés. La composition du tissu fibreux, mieux connue aujourd’hui, en fait un tissu composite à l’élasticité variable en fonction du degré de contraction de ses fibres, contraction commandée par le système nerveux sympathique.

Lors d’un traumatisme étirant, le système neuro sympathique adapte le niveau de contraction des ligaments à la puissance de l’accident, permettant aux ligaments de s’étirer plus loin sans se rompre, cela élargit la plage sans dégâts qui permet au sujet, animal de survivre, humain, de ne pas se blesser.

Pour l’animal, la rupture d’un ligament de la cheville signifie en général la mort par impossibilité de fuir pour échapper aux prédateurs ou de courir pour chasser et se nourrir. Pour l’humain, avec un système social qui fonctionne, c’est une blessure qui peut être soignée, grâce à la présence des autres et à la sollicitude des soignants. La mise en mémoire du traumatisme et du changement contractile devient ensuite la lésion ostéopathique ou CCCP.
Dans les degrés supérieurs aux capacités de la CCCP, ce sont les accidents plus graves. Après le « ça tire » de la CCCP, il y a le « ça déchire », « ça casse » puis « ça fracasse ».
La lésion ostéopathique augmente le taux de survie des mammifères face aux accidents, et est donc un mécanisme d’adaptation dans l’évolution.

La nature insaisissable radiologiquement de la lésion est due au fait que celle-ci ne s’exprime que dans le cadre du mouvement articulaire, mais ne se contracte pas au repos, donc à la radio.
La lésion est donc scientifiquement parlant :
Une Contraction Conjonctive Chronique Post-traumatique.

 Et l’ostéopathie alors ?

La lésion ostéopathique que nous traitons donc tous les jours est finalement une contraction réflexe conjonctive localisée post traumatique pilotée par le système nerveux sympathique. Parfois des « lésions secondaires » sont commandées par les exigences du système postural et ses adaptations pour toujours maintenir les yeux à l’horizontale. Elles sont là encore neurologiques.
Suivant les découvertes de R Schleip, et souhaitant nous hisser au niveau d’une profession médicale, les os et articulations n’ayant aucune responsabilité dans l’affaire, mais n’étant que les planches du théâtre, les mains corrigeant un réflexe de contraction conjonctivo-sympathique à l’aide de manœuvres mécaniques entrainant une réponse neurologique, l’ostéopathie est scientifiquement parlant la conjonctivo-thérapie.

La dénomination de l’ostéopathie devra évoluer.

La conjonctivo-thérapie sera un moyen de communication beaucoup plus efficace et explicite auprès du corps médical. Ses bases désormais explicables sont la passerelle vers une profession médicale stricto sensu.

La correction

Maintenant, la grande question : COMMENT CA MARCHE ? Ou pourquoi et comment les mains des ostéopathes, chiropracteurs, étiopathes corrigent-elles ces contractions gênantes du tissu conjonctif depuis plus d’un siècle ?
C’est du en fait à LA NATURE NEUROLOGIQUE DE LA LÉSION sur laquelle il nous faut faire un petit arrêt.
La mémoire neurologique des êtres humains associe à chaque instant mémorisé de notre vie un élément physiologique et un élément émotionnel. Par exemple, nous nous souvenons beaucoup plus d’un évènement qui nous a fait peur, même s’il s’agit d’une simple marche ratée, mais au bord d’une falaise (la peur de ma vie).
Le danger fait classer les souvenirs dans l’amygdale du cerveau (évènement + émotion liée). C’est la base de travail de l’EMDR (eye movement desensitization and reprocessing).

La déprogrammation thérapeutique

Basé sur ces mécanismes, l’EMDR déprogramme des traumatismes psychiques ayant comme corollaire des réactions physiologiques épuisant le sujet, le confinant à la dépression. Par exemple, un sujet qui fait des palpitations à chaque grincement de porte entendu, même des années après, parce que ce bruit précédait toujours des agressions vécues dans l’enfance.
Elle agit en dé-fusionnant des souvenirs, remémorés pour la séance (travail mémoire), en y couplant un mouvement de base rassurant pour tout le règne animal (travail émotion), le balayage horizontal oculaire (Eyes Mouvement), mouvement qui permet de s’assurer, dans la nature, de l’absence de danger dans toute la zone.

Si vous parcourez la ligne de fond du paysage, vous vous apercevrez que ce mouvement est spontanément apaisant pour notre cerveau animal. Rien de dangereux ne sort de cet horizon. Vous pourrez trouver plus d’infos sur http://www.emdr-france.org/ 

L’AMYGDALE DU CERVEAU EST DONC UN ORGANE CENTRALISANT LES DANGERS ET LEUR MÉMORISATION ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Amygdale_(cerveau)

Suite à un traumatisme, dans le cas de la lésion ostéopathique ou CCCP, le cerveau ayant engrammé le danger ET le mouvement dans l’amygdale, reproduit, à chaque mouvement lui rappelant celui du traumatisme, la contraction conjonctive de la CCCP désormais liée, comme un corollaire au mouvement.
L’ensemble de ce mécanisme est prouvé par les travaux de R Schleip.
En effet, avec son équipe, il a compilé le fait observé par des praticiens manuels que lorsque l’on anesthésie un.e patient.e, les lésions ostéopathiques décelées auparavant disparaissent. Le Système Nerveux Central étant endormi, il ne peut commander le tissu conjonctif qui est donc inactif.
« Sans une connexion nerveuse appropriée, le tissu ne répond pas comme il le fait dans des circonstances normales (Schleip 1989). » page 29 de Plasticité fasciale, nouvelle explication neuro biologique 1° partie. https://docplayer.fr/9900594-Plasticite-fasciale-une-nouvelle-explication-neurobiologique-1-e-partie-robert-schleip.html 
La correction des lésions ostéopathiques ou CCCP est donc, comme l’EMDR, un acte neurologique, ou à effet neurologique de découplage de la contraction conjonctive par rapport au mouvement initial du traumatisme.

Un acte neurologique, ou à effet neurologique, soit. Mais pratiquement, comment ça marche ? Que fait le praticien ostéopathe, chiropracteur, étiopathe ? Beaucoup de ces praticiens utilisent des techniques HVBA, Haute Vélocité Basse Amplitude, nous y reviendrons juste après, car, bien que techniques de très grande qualité entre leurs mains, elles n’ont pas leur place en conjonctivothérapie, car n’ayant jamais justifié leur fondement scientifique.

 L’action des mains, la correction de la CCCP

Reprenons l’exemple de la cheville qui est le plus courant, ceci parce qu’il s’agit de la partie de notre corps la plus exposée aux rencontres avec le sol, prise en tenaille entre le poids du corps et la résistance de notre planète.
Après son test de différence d’élasticité Varus/valgus, associé à une descente accrue en facilité du (péroné) fibula, l’ostéopathe fonctionnel ou le conjonctivo-thérapeute va mettre en tension en douceur l’articulation pivot de la lésion ou CCCP.

En ostéopathie fonctionnelle (ancienne terminologie) ou conjonctivothérapie (nouvelle terminologie), après tests, bien connus, le conjonctivothérapeute applique des forces reproduisant le traumatisme, mais dans la lenteur, la douceur.

Temps neurologique 1

Les afférences de la correction permettent en quelques secondes au système nerveux archaïque, dont probablement l’amygdale du cerveau, de déprogrammer la contraction, qui était un réflexe de protection, dans le contexte rassurant du cabinet de soins.

Temps neurologique 2. Correction neurologique de la CCCP.

Le système nerveux envoie la commande de retour à la forme initiale du tissu conjonctif, le traumatisme étant désormais mémorisé sans danger, reclassé.

La dynamique neurologique de cette articulation et ses tissus fibreux est désormais redevenue normale, le sujet n’ayant plus une contraction asymétrique des ses ligaments latéraux lorsqu’il bouge la cheville, ce qui annule au passage l’action perpétuelle sur le genou et ses ménisques via la fibula.

La CORRECTION est ACHEVÉE en un temps moyen de 5 secondes, en général plus rapide qu’avec les techniques structurelles et leur mise en place. La physiologie de ce mode d’action est exactement la même et superposable pour toutes les articulations du corps, y compris celles du rachis. Un rachis entier peut ainsi être corrigé en quelques minutes seulement.

La mise en tension est suivie immédiatement du relâchement, puis l’on reteste pour vérifier, les chevilles étant souvent porteuses de plusieurs contractions conjonctives réflexes, reflets de plusieurs accidents, sans oublier les articulations de l’avant-pied.

Pourquoi plusieurs méthodes ?

Maintenant, la grande question, posée par de nombreuses personnes et à laquelle on ne répond jamais, parce qu’on ignorait pourquoi jusqu’à aujourd’hui :
Pourquoi y a-t-il plusieurs méthodes, fortes, douces, structurelles, fonctionnelles, pour corriger la même chose ? Pourquoi des techniques HVBA, vite et fort ? Pourquoi du fonctionnel, doux et lent ?

Si l’on reprend le modèle scientifique de la lésion ostéopathique ou CCCP, il s’agit pour le thérapeute d’annuler un réflexe de contraction sympathique qui gène le fonctionnement d’une zone articulaire et provoque des adaptations posturales sus ou sous-jacentes.

Dans ce modèle, on peut corriger le problème si :

1 On ne stresse pas le patient, ce qui renforcerait le côté « réflexe de défense », non négligeable dans ce cas. Donc Basse Amplitude pour ne pas atteindre les zones d’étirement provocatrices.

2 On va plus vite que le système nerveux sympathique pour atteindre la zone de correction sans que la contraction ait eu le temps de se produire, ce qui propose un nouveau schéma pour le cerveau concernant cette articulation. Donc Haute Vélocité pour l’effet de surprise.

C’est ce mélange subtil et long à apprendre qui fait l’efficacité et l’innocuité des techniques HVBA, qui poussent l’articulation du côté « dur », pour la « faire céder ». Mais on impose.

Souvent, face à ce forcing, le cerveau, dupé, conserve son réflexe de défense et la lésion revient quelques jours après. Et le patient revient. Et on recommence. Mais lors des séances suivantes, le patient, sachant ce qui va se passer, anticipe, se contracte, et l’effet de surprise s’érode. La correction devient de plus en plus difficile.

C’est ainsi qu’en 2019 dans un numéro de « 6 millions de consommateurs » (n° 201 de décembre 2019-janvier 2020) un dossier de 104 pages sur le MAL DE DOS ne comporte que 1,5 pages sur l’ostéopathie !!! La profession est en retard, un retard d’un siècle dans l’explication, la rationalisation, la vulgarisation. L’on y apprend par ailleurs que sont souvent nécessaires 3 à 5 séances espacées de 15 jours, et l’ostéopathe interviewé ne parle que d’équilibre du corps, pas de disparition des douleurs !!! (budget jusqu’à 250 euros et temps de soin presque 4 heures !!!) Tout cela est dû à l’absence de protocoles de soins, due elle-même à l’absence de définition rationnelle….

Dans la conjonctivothérapie, prolongement scientifique raisonné de l’ostéopathie fonctionnelle, l’on choisit un autre chemin :

1 On reproduit carrément le traumatisme, au lieu de chercher à le corriger. Si c’est un moyen de défense, ce n’est pas un ennemi, il est inutile de le provoquer. On propose, plutôt que d’imposer, un nouveau schéma neuro-conjonctivo-moteur instantané dans la zone de mémoire du traumatisme. Le cerveau est en éveil.

2 On ne stresse pas le sujet, grâce à la lenteur et la douceur, et c’est l’association traumatisme-douceur-sécurité du soin qui va permettre au cerveau de dé-fusionner accident et contraction réflexe. On déprogramme le cerveau avec des ingrédients précis. On ne force pas. Il n’y a en général pas besoin de recorriger, sauf s’il y a eu plusieurs traumatismes, dont l’enregistrement cérébral est alors superposé, comme sur un calque. D’où un gain de temps et de dépenses en moins, pour le.a patient.e.

Avantages de la conjonctivo-thérapie

La douceur du traitement est très appréciée des patients, surtout lorsqu’ils le découvrent.

La rapidité de correction est largement supérieure au structurel et ses positionnements, de par l’enchainement immédiat de la correction sur la position de test, et la réponse quasi instantanée du système neuro-conjonctif (quelques secondes).

L’absence de risques, par la simple mise en tension des tissus dans leur zone de fonctionnement normale.

L’absence de « prise en otage » d’autres zones articulaires, par l’absence de bras de levier cervicaux, ou lombaires par exemple.

POURQUOI L’ASPECT SCIENTIFIQUE EST-IL IMPORTANT ?
LES MOINS. LES POINTS FAIBLES DE L’OSTÉOPATHIE

- L’ostéopathie n’a actuellement pas de levier scientifique pour devenir une profession de santé.
- Ni l’expérience, ni la « dysfonction somatique » ne permettent de convaincre les médicaux.
- Si seuls les ostéopathes disent que l’ostéopathie, ça marche, ça ne convainc pas le corps médical.
- Si les patients disent que ça marche, ça ne donne qu’une mode, pas une base scientifique.
- Une mode sans bases scientifiques peut être rayée d’un trait de plume par un décret (herboristes 1946).

Dans la Nouvelle République du Centre Ouest, Mercredi 9 janvier 2019, sur plainte de 124 professionnels de santé (Le Figaro mars 2017), sur saisine de la Ministre, considérée comme Irrationnelle et dangereuse, l’homéopathie est sur la sellette. Une évaluation de son efficacité est attendue pour le printemps 2019.
Déjà, Australie (2015), USA, inefficacité (2016), Royaume Uni (2017), Espagne (2018), renoncent à l’homéopathie.

Décret, évaluation ... LES DANGERS CACHÉS. L’homéopathie disparait dans l’indifférence générale, sur plainte des professionnels de santé. L’industrie pharmaceutique a déjà vu disparaître l’herboristerie.

LE PLUS GRAND DANGER EST L’IMMOBILITÉ

Sans preuves scientifiques, l’ostéopathie est à la merci du corps médical, d’un décret, d’une plainte... Sans représentants forts et décidés, avec des arguments scientifiques, pas de répondant face aux détracteurs.

Le soutien du public ne pèse rien face à une détermination politique ou lobbyiste.

Ce que nous apporte R Schleip. les plus.

- La lésion ostéopathique est désormais parfaitement explicable aux scientifiques avec le modèle du fascia à plasticité neuro-biologique, modèle scientifique révélé par l’ université d’Ulm.
- Elle devient la CCCP ou Contraction Conjonctive Chronique Post traumatique, notions toutes compréhensibles par le corps médical sans avoir besoin d’un filtre explicatif.
- Elle colle avec tous les modèles de correction de plusieurs professions.
- Devenus ainsi les soignants du tissu conjonctif, nous sommes les conjonctivo thérapeutes, terme scientifique très clair.

Évolution

L’ostéopathie, actuellement surchargée de praticiens, présente des dangers inhérents à sa propre structuration. Saura-t-elle s’envoler vers son statut médical ?

Retrouvez l’intégralité de cet article en vidéo (payante 3,70 euros) sur Viméo :

=> En français sous-titrée en français https://vimeo.com/ondemand/203451/366287718 ou avec le titre : L’ostéopathie (enfin) expliquée scientifiquement
=> En français sous-titrée en anglais : Osteopathy (finally) scientifically explained :
https://vimeo.com/search?q=Osteopathy+finally+scientifically+explained 

Nous remercions Pierre Renaudeau, Ostéopathe DO, de nous avoir autorisé à présenter son article.



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